Taza, Tanger, Beni Mellal, Tinghir, Agadir, grève de la faim… : une lecture politique
Ce qui s’est passé à Taza a été largement commenté, les témoignages n’ont pas manqué, mais peu d’analyses ont insisté sur la portée politique générale de la résistance populaire. En étant schématique, plusieurs éléments peuvent être soulignés :
- La lutte contre le chômage des diplômés et la lutte contre la hausse des factures d’eau, d’électricité ont fusionné dans un même mouvement la contestation populaire, très large et déterminée. L’urgence sociale peut souder le camp populaire et ses mobilisations.
- Les formes prises par la répression visant à terroriser sans distinction toute la population témoignent à leur tour d’une double logique : l’incapacité du pouvoir à répondre aux aspirations les plus immédiates, les plus élémentaires des majorités populaires. Sur la question sociale, l’antagonisme politique est frontal. Il n’y a pas de façade démocratique capable de maquiller le chômage, la cherté de la vie, la survie. Sa crainte organique que se développent dans le pays des mobilisations populaires qui ont leurs racines dans le sous-sol de la société. Combien de kouacha au Maroc ? Et si tous les kouacha se mettaient en mouvement ?
- En quelques jours, les masques sont tombés : le Benkirane et sa clique sont les bouffons de l’ordre de Sidna. Le wali a déclaré la guerre aux pauvres et les forces de répression agissent au nom du Roi. Ces journées de luttes, et il suffit d’entendre les réactions à chaud des habitants, ont fait progressé la conscience politique, qu’élections ou pas, le système est en guerre contre les classes populaires
- Loin d’accepter la terreur, les mobilisations ont continué, mêlant étroitement revendications sociales et revendications démocratiques.
Nous pourrions dire les mêmes choses en ce qui concerne Tanger, cette ville vendue aux entreprises du CAC 40 et vitrine ouverte sur la mondialisation. Tout est permis pour satisfaire les intérêts des spéculateurs immobiliers, des grandes fortunes locales, des trafiquants en tout genre et des multinationales. Rien pour les pauvres et les pauvres des pauvres. Même pas le droit d’habiter, sans eau, ni électricité, dans la périphérie lointaine. Qu’importe, la répression indique là aussi qu’aucune jonction ne doit se faire entre les mobilisations sociales et la question démocratique, en écrasant les premières et en manœuvrant avec la seconde. Les habitants du quartier populaire d’El Ghorba, dans la ville d’El Jadida, ont répondu hier avec des pierres aux forces de l’ordre qui venaient pour déloger des familles de leurs maisons, construites sans permis. A Tinghir et Agadir, même schémas. faut-il la permission d’avoir un toit quand d’autres vivent dans des palais ? !. Les affrontements qui ont eu lieu témoignent d’un nouvel état d’esprit. Ne plus se laisser faire. La peur a foutu le camp. Et tant mieux !
Et que dire de ces étudiants en grève de la faim ? Qui revendiquent haut et fort que le peuple veut la chute du régime, que la lutte ne se passe pas dans les enceintes tranquilles où l’on palabre du soutien démocratique et des manifestations saisonnières, comme lorsqu’on se promène un dimanche. Condamnés à mourir parce que c’est ce peuple même qui n’a rien, est au cœur de leur engagement ?. Il y a ici un signal évident du pouvoir : manifestez si vous voulez mais laisser tranquille les kouacha, les dar mahrez, les pauvres et les pauvres des pauvres. Il faut faire taire ceux qui veulent militer pour l’insurrection sociale et démocratique. Quitte à faire planer l’ombre des années de plomb…
Il est temps que cette dictature dégage !