Préambule : Les trois articles qui paraitront progressivement sont une contribution du blog destinée aux militants de notre peuple qui résistent avec dignité et courage face à la dictature, à ceux qui ont payé de leur vie et de leur liberté. La répression féroce qui s’abat depuis plusieurs mois doit sérieusement nous faire réfléchir. Le but de cette série d’articles n’est pas de recenser les « violations des droits humains » ou de rappeler que la justice exécute les « ordres d’en haut ». Il s’agit plutôt de comprendre les raisons fondamentales de la généralisation de la répression dans le contexte actuel de la lutte de libération et des rapports de forces et d’en tirer un certain nombre de conséquences politiques que nous mettons en débat.
Contre la répression et la dictature : marcher sous le feu de l’ennemi
Ne rien céder. D’abord en revendiquant que la lutte contre la répression doit au-delà de la solidarité avec les victimes, être au cœur de le lutte politique pour l’émancipation sociale et démocratique. La question qui est concrètement posée n’est pas celle de faire pression pour arracher une signature de l’état des conventions internationale sur la torture, la peine de mort ou les droits des prisonniers et l’amener à respecter ses engagements ou le dénoncer quand il ne le fait pas. Ce n’est pas le combat de Sisyphe où l’on demande aux ennemis de la démocratie de devenir des démocrates. Il ne s’agit pas non de dénoncer la répression comme un simple effet naturel, logique de la nature antipopulaire et antidémocratique du régime mais bien d’avancer des revendications, des objectifs de luttes qui permettent aux secteurs populaires de réaliser que si elles veulent satisfaire leurs aspirations et revendications les plus immédiates, elles n’auront pas d’autre choix que de s’unir et de faire face à l’appareil gouvernemental répressif. La lutte pour le droit démocratique de manifester, de s’organiser, de s’exprimer n’est pas séparable de la lutte pour la satisfaction des revendications sociales. Tout comme la légitimité de résister par tous les moyens, y compris par l’autodéfense collective et la confrontation de masse face à l’Etat policier.
En réalité, la lutte démocratique de masse doit viser le démantèlement de l’ensemble des appareils de répression et des institutions du pouvoir, à réaliser l’unité organique de la lutte contre l’exploitation, la dépendance et le despotisme. Elle n’exclut pas des objectifs spécifiques plus immédiats qui est celle de l’amnistie générale des prisonniers politiques et du mouvement social, la fin de l’impunité des tortionnaires et des responsables des crimes économiques et politiques, mais nous devons intégrer ces objectifs immédiats à des objectifs plus larges visant à mettre fin à la répression globale et au système politique qui la nourrit. Dans cette perspective, ce qui importe est la capacité à donner un caractère populaire à la lutte contre la répression. C’est possible comme le montre, malgré des limites et difficultés, les initiatives de masses qu’ont pu prendre nos camardes étudiants de Fès au moment de la grève de la faim de Rouissi et de ses camarades. C’est possible comme en témoigne les résistances portées dans le Rif et à Taza. Mais l’enjeu est bien de donner un caractère national à cette dynamique, qui va bien au-delà des caravanes de solidarité ponctuelles ou des communiqués de soutien. C’est d’une manière consciente, prolongée, que la lutte contre la répression et pour la libération des détenus doit être au cœur des différents fronts de luttes. Y compris sur le terrain international. Une des faiblesses du régime tient à sa volonté de préserver son image extérieure qui lui donne l’illusion d’une exception marocaine. L’impérialisme, fidèle soutien est prêt d’une manière pragmatique à lâcher tout régime qui lui parait incapable de mater la rébellion et d’assurer ses intérêts fut-il son allié de toujours. La façade démocratique et l’intégration soumise à la mondialisation capitaliste a permis de renouveler des soutiens néocoloniaux mais une des tâches est justement de réduire ce soutien, de l’isoler sur le plan international, d’exiger l’arrêt des coopérations sécuritaires et militaires, de mettre fin au silence médiatique qui masque la réalité de l’autre Maroc. Travailler à l’émergence d’une solidarité internationale est d’une nécessité absolue pour l’obliger à reculer aujourd’hui et de le faire dégager demain.
La lutte pour la révolution populaire continue!