MAROC : LES RESSORTS DE LA MONARCHIE, LES CONDITIONS DE LA CONTESTATION #maroc

 
A L’occasion de l’Assemblée générale du Mouvement du 20 février qui a eu lieu le 6/7 juillet, nous publions un article de bilan du mouvement écrit en Mars/Avril et qui a été édité comme contribution  dans le dossier sur le printemps arabe fait par  la revue « Alternative Sud ». (voir le sommaire en bas de page

Jusqu’ici la monarchie a su imposer ses « reformes octroyées », constitutionnelles et gouvernementales, et éviter l’émergence d’un processus révolutionnaire massif. Le pouvoir prédateur est en réalité fort de nos faiblesses. Mais il n’y a ni exception marocaine, ni sursis historique. Au-delà des atouts et des limites de la gauche, la perspective d’un vaste mouvement populaire radical, social et démocratique, est forte.

Le « système makhzen » sur lequel s’appuie le pouvoir central est une forme « d’administration des choses et des hommes » qui a su combiner légitimité traditionnelle, patriarcale, religieuse et légitimité moderne, nationale, légale, et doser, en fonction des périodes, un éventail extraordinaire de ressources de domination allant de la répression la plus barbare, aux formes les plus subtiles de cooptation. Mais d’une manière plus vaste, il a su cristalliser des formes politiques, sociales, économiques, culturelles d’organisation des territoires et des populations, qui loin d’homogénéiser la formation sociale a entretenu son caractère « composite » pour reprendre l’expression de Paul Pascon.

Monarchie : une base sociale plus large

En façonnant des mécanismes d’allégeances sociales et matérielles, l’Etat Makhzen a enveloppé le corps social de multiples mécanismes de domination, bien plus amples, qu’un simple état policier. La base matérielle de sa légitimité sociale tient à sa capacité à être au centre de l’allocation des ressources. Derrière le cercle étroit du palais et des grandes familles, s’est constitué progressivement et d’une manière concentrique, un système de concessions économiques, de passes droits, dans une logique à la fois capitaliste et (néo) patrimoniale, qui a alimenté un vaste système de corruption organique en échange de la soumission politique et économique. Ce système de faveur qui dépend du caprice et des intérêts du prince a stabilisé une large hiérarchie et des dépendances complexes, individuelles, collectives, corporatistes, professionnelles. Le pouvoir s’est façonné, par ce biais, une base sociale d’appui  où les privilèges mêmes les plus dérisoires sont liés à la loyauté. Il a su, par ailleurs, jouer ce rôle de colonne vertébrale des intérêts de l’ensemble de la classe dominante et a su intégrer ses différentes factions sous son hégémonie. Il n’y a pas aujourd’hui de fractures potentielles au sommet : l’armée, la bureaucratie civile et sécuritaire, le patronat, les grands et moyens propriétaires, les fractions supérieures de la classe moyenne sont soudées derrière leur régime. A l’économie de rente qui permet à la monarchie, principal acteur économique, de se constituer comme fraction hégémonique, se combine l’usage du secteur public comme un patrimoine du pouvoir, et des procédures de libéralisation, comme un moyen de le renforcer. Cette structuration politique du champ économique lui a permis de maintenir des appuis sociaux traditionnels, enracinés dans l’univers rural des relations sociales, tout en développant des appuis sociaux modernes, imbriqués dans l’économie de marché. Plus larges que sa base directe, ces appuis sont nécessaires à sa domination. Nous sommes face à un système complexe où la concentration des richesses s’accompagne d’une politique de distribution de privilèges, durables ou momentanés, d’octroi de zones d’accumulation et de pouvoir, de nature variable, qui donne au système une assise relative dans les rapports sociaux.

La façade démocratique : un amortisseur de la crise politique

Le deuxième facteur de gestion de la crise politique repose sur les particularités de la façade démocratique qui enveloppe le pouvoir absolu. Le régime a été attentif aux conditions de sa propre survie, bien avant les soulèvements actuels. La façade démocratique a une fonction  très précise : au-delà de l’appui qu’elle procure de la part de l’impérialisme qui peut se targuer de soutenir un régime engagé dans la « modernité », elle vise à structurer le champ politique autour d’un multipartisme contrôlé qui sert de médiation à la contestation sociale. Le pouvoir s’est construit une base d’appui, par un jeu subtil d’équilibre et de partage des privilèges allant de la « gauche » à la «droite » en passant par les « islamistes », qui tous bénéficient d’une clientèle. Les partis apparaissent encastrés dans un espace permanent de soumission en échange d’un accès aux privilèges concédés. Les élites politiques et économiques, sont comme des vassaux auxquels le pouvoir accorde, en fonction des circonstances, des parcelles de terrains et l’accès à un statut d’impunité. Entre eux, la concurrence fait rage pour attirer la bienveillance du prince, mais tous sont là pour le servir. A la différence du régime de Ben Ali, la monarchie n’a pas fait le vide mais exactement l’inverse. Elle a su susciter/utiliser un « trop plein » d’acteurs : les partis, une large partie de la société civile, du mouvement syndical, des ONG et mettre en place un système de « pare feux » sur tous les champs possibles de contestation. Cela a aussi permis d’imposer une déconnection radicale entre la question sociale, démocratique et le champ politique institutionnel. Tout est organisé pour que n’émerge pas un espace politique, institutionnel et électoral relativement indépendant et conflictuel. En ce sens, il ne s’agit même pas d’une « démocrature ». Dans le prolongement de ce processus, ce « despotisme semi-libéral» a su ouvrir un espace partiel aux contestations sociales. Il a su combiner concessions formelles, stratégie d’isolement des mobilisations, répression ciblée. Cela a permis d’éviter que les contradictions sociales ne débouchent sur des formes de luttes incontrôlables et de les contenir dans la critique des politiques gouvernementales, même si le gouvernement ne gouverne rien. La pratique formelle du dialogue social vise à maintenir l’émiettement des dynamiques revendicatives, et plus largement à dépolitiser l’activité sociale et syndicale. Dit autrement, la façade démocratique met en œuvre un espace politique où les organisations civiles, sociales, syndicales et politiques ont  une capacité restreinte ou nulle d’existence autonome. La façade démocratique est d’abord l’exclusion institutionnalisée des classes populaires. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que les luttes qui débordent « le processus démocratique » sont celles qui sont le plus lourdement réprimées, soit parce qu’elles sont spontanées et échappent aux médiations façonnées ou contrôlées par le pouvoir, soit parce qu’elles mettent en avant l’urgence sociale et démocratique et dévoilent la faiblesse du pouvoir à contenir les contradictions sur ce terrain. De sidi Ifni en passant par les luttes des diplômés chômeurs, la liste est longue. L’appareil qui a imposé la longue nuit des années de plomb est non seulement intact mais a été en réalité restructuré pour garder son efficacité. Si durant toute la période de février à novembre 2011, le pouvoir a évité une escalade, ce n’est pas évidemment en raison de son prétendu engagement dans la transition démocratique, mais parce que les luttes dans la dernière décennie, n’ont pas été de nature à déstabiliser le pouvoir et que le mouvement actuel n’arrive pas à transformer les rapports de force et à précipiter la crise politique. Ce qui ne l’a pas empêché de faire des démonstrations de force. La quasi militarisation et mise en état de siège de Khouribga, ville phosphatière ou la lourde condamnation à des années de prison ferme des chômeurs qui ont osé bloquer l’acheminement du phosphate à Asfi sont un message explicite. Si le pouvoir a toléré  des manifestations classiques, la ligne rouge à ne pas dépasser concerne   les actions qui ont pour vocation de bloquer l’économie, ou qui cristallisent sur la durée une dynamique réellement populaire  (répression des militants syndicalistes d’un large mouvement de désobéissance civile contre le payement des factures d’eau et d’électricité à Bouarfa).Ou qui, encore participent à la désacralisation du pouvoir et déconstruisent ses symboles (l’affaire de alhaked).

Des adversaires sociaux fragmentés

La dialectique spécifique que l’on a vu émerger en Tunisie et en Egypte, où un large front multi classiste s’est trouvé dans le rang de la contestation, ne prend pas forme au Maroc. Pas seulement en raison des formes étendues du clientélisme d’Etat ou d’un « makhzen économique » support d’une légitimation sociale et pas seulement d’existence d’une économie de rente. L’élément essentiel est dans la fragmentation du bloc social potentiellement antagoniste. La monarchie conserve de solides appuis dans les classes moyennes et les couches profondes de la paysannerie, même si il y a des craquements. Quant aux forces sociales urbaines, populaires, prises dans une logique de concurrence pour la survie, elles sont restées dans leur grande majorité éloignées pendant une longue période des formes d’action collective et d’organisation qui vertèbrent une conscience politique, si ce n’est sous la forme partielle de l’attraction islamiste ou de mobilisations conjoncturelles. Entre un salariat du privé, sous syndicalisé et subissant des défaites sociales depuis plusieurs décennies et un salariat du public largement restructuré ; sous l’effet des politiques libérales de dérégulation et dont le bras syndical fait défaut, c’est à leur tour, les couches essentielles de la classe ouvrière qui ne trouvent pas de médiations vers la lutte politique de masse ou même vers les luttes revendicatives interprofessionnelles impliquant un haut niveau de confrontation collectif. La forme prise par le capitalisme dépendant au cours de ces trente dernières années, a cristallisé des fractures entre le Maroc utile et le Maroc inutile, les quartiers périphériques et les quartiers intermédiaires, le prolétariat informel et les salariés, les travailleurs du privé et du public, les couches profondes de la paysannerie et les populations urbaines, et même au sein de la jeunesse. S’il y a un processus très large d’alignement vers le bas des conditions de vie et de travail, les rythmes et les formes qu’ils prennent ne sont pas uniformes, et sont source de différenciations au sein même des classes populaires. Ces différenciations sont à leur tour accentuées en fonction des « territoires réels », de la carte économique et des investissements, de l’ancrage ou marginalité, qu’ils occupent dans l’espace de la mondialisation mais aussi des politiques du pouvoir. Ce sont ces éléments combinés  (base sociale du régime, allégeance démocratique, fragmentation sociale) qui expliquent en partie l’absence de processus rapide et cumulatif de la mobilisation. Générale, celle-ci n’est pas massive. Sans pour autant être marginale.

Des maillons faibles

Pour autant, les éléments d’une crise sociale et politique généralisée existent et tendent à se renforcer. Les contradictions sociales ne peuvent se réguler par une simple gestion d’en haut visant à les contenir. En réalité, une autre légitimité sociale, morale et politique, radicalement anti despotique, résumée dans le slogan « Vive le peuple » est en train de germer. Le maillon faible du pouvoir repose sur deux éléments dont la combinaison est potentiellement explosive pour lui. La façade démocratique avec son système de médiations est en crise. Suffisamment pour que certaines attributions du roi soient ouvertement contestées : son statut de « commandeur de croyant », son poids dans l’économie, sa place dans la constitution. Le «nouveau » gouvernement placé sous tutelle, ne mène rien d’autre qu’une politique d’adaptation aux intérêts des classes dominantes et de gestion de l’impact de la crise du capitalisme, sans rien faire de «neuf ». Le temps des reformes octroyées est clos. Sans que le pouvoir ait été en mesure d’opérer des réformes qui apparaitraient comme une ouverture réelle. Cette situation tend à exposer plus directement la monarchie à la contestation. Par ailleurs, le climat social représente l’autre talon d’Achille. Certaines manifestations comme à TAZA, avec une référence directe à la famille régnante, témoignent à leur tour que la question de l’emploi et du chômage, dans les conditions concrètes du Maroc agissent comme le vecteur de la contradiction centrale avec les tenants du pouvoir. Mais plus largement, le front social, au-delà de la dispersion des mobilisations, connait un processus singulier d’extension des domaines de la lutte. L’approfondissement des contradictions sociales cristallise un ras le bol général qui peut alimenter une contestation démocratique radicale.  Le pouvoir réagit depuis plusieurs mois par un tournant répressif sans précédent.

« Restaurer l’autorité de l’Etat »

Telle semble être la ligne directrice des pouvoirs publics  depuis l’avènement du « nouveau » gouvernement fin novembre. La répression s’abat sur toute forme de contestation populaire : expulsion sanglante des chômeurs diplômés à Nador, al Hoceima, Rabat au prix de dizaines de blessés, un tabassage en règle d’une manifestation de milliers de salariés des collectivités locales, la démolition des logements dits insalubres au prix d’expulsions massives à coup de bulldozer et de gaz lacrymogène dans plusieurs villes du royaume ( Tanger, Beni mellal, Tinghir, Agadir, el Jadida …),  des interventions sous forme de punition collective  à Taza et dans la région d’al Hoceima  (Ait bou ayach) en réponse à des mobilisations  sur les questions de l’emploi, de la hausse des factures d’eau, d’électricité et de la libération de militants détenus. Il y a une nette  volonté de briser le climat de revendications sociales et qui a le défaut pour le pouvoir de  se développer et de ne pas être solubles dans un  tour de passe-passe constitutionnel ( ou une quelconque alchimie électorale ). L’application intégrale des accords de libre-échange signé avec l’union européenne dans un contexte de récession généralisée et de  montée de la dette publique présage des politiques d’austérité d’ampleur  contradictoires avec une politique de concessions sociales même limitée.La crise financière de l’Etat est en réalité une véritable bombe à retardement  à plus forte raison, quand le pouvoir dans une logique de prédation inouïe,  accapare les ressources publiques. A cette répression des luttes sociales, se combine une volonté  d’affaiblir les organisations militantes. Ainsi le projet de la loi  organique des grèves qui devrait être finalisé en Avril revient à criminaliser l’action syndicale et à rendre son exercice quasi impossible. L’offensive actuelle aboutissant à la dissolution des fédérations entières de l’Union Marocaine du Travail où la gauche radicale a un rôle influent participe du même mouvement. A un autre niveau, le refus absolu du pouvoir de répondre aux revendications de plusieurs étudiants détenus en grève de la faim, notamment Azzedine Rouissi et ses camarades de Fès et Taza, témoigne par sa symbolique, d’un retour sans fard aux pratiques des années de plomb. Les nouvelles formes de gestion sécuritaire de l’espace public semblent traduire une volonté délibérée d’affrontement ainsi qu’un test des capacités d’intervention des forces de l’ordre entièrement rééquipées et réorganisées pour faire face aux « débordements sociaux ». Cette offensive globale vise à éviter la maturation d’un « lent embrasement » quitte à provoquer les conditions ultérieures d’une radicalisation sociale et politique majeure. Mais en cette matière, la capacité du régime à s’accorder un sursis dépend aussi des dynamiques portées par les résistances.

Des luttes sans convergence

Le M20F est né dans un contexte local qui pèse sur ses propres conditions de lutte. Durant la décennie précédente, le mouvement des diplômés chômeurs, les coordinations contre la vie chère, les luttes étudiantes, les révoltes populaires qui ont agité nombre de petites et moyennes villes dont sidi Ifni a été l’emblème, l’émergence de grèves très dures dans un certain nombre de secteurs, témoignent  d’une poussée de l’activité revendicative. Mais ce réveil social n’a pas tissé « d’histoire commune » entre les différentes forces engagées dans la résistance populaire ni une accumulation d’expériences significatives de lutte porteuses de victoires partielles, capables de faire référence. Avant l’éclosion du M20F, il n’existe pas de courants sociaux et populaires relativement stabilisés, qui revendiquent à la fois la nécessité de combiner les revendications sociales et démocratiques, et la nécessité d’une lutte globale pour obtenir leur satisfaction. Ou qui ont pu articuler leurs revendications spécifiques à des revendications plus larges, capables d’associer d’autres secteurs populaires. Ainsi, le mouvement des diplômés chômeurs, mouvement de jeunesse radicalisé, combatif, n’a pas su, ni réellement cherché un pont avec le M20F, au-delà de l’implication individuelle de certains de ses membres ou à des niveaux locaux. L’absence durant ces deux décennies d’expériences significatives et accumulées avec d’autres secteurs sociaux et d’une large politique d’unité d’action a sans doute pesé. De même, il n’y a pas eu de mobilisation de la jeunesse scolarisée que ce soit sous forme de cortèges spécifiques, de grève et d’occupation, irriguant le Mouvement d’une force supplémentaire et d’un nouveau front de lutte, malgré le fait que le M20F soit porté par des jeunes et que les militants de l’UNEM soit partie prenante des mobilisations. Quant au mouvement syndical, divisé et bureaucratisé, ligoté par les politiques de dialogue social, il n’a pas connu de réalignements internes, ni de combats majeurs pour la formation d’une opposition structurée, capables de porter une orientation de confrontation politique et sociale et de convergences de lutte. Nous ne sommes pas dans une configuration marquée par un mouvement ascendant des luttes ouvrières indépendantes des structures officielles ( Egypte ), ni dans une situation où comme en Tunisie, la gauche syndicale a pu impulser des mouvements de grèves générales régionales, s’insérant dans le soutien populaire et la contestation directe du pouvoir, l’organisant en partie, malgré et contre la bureaucratie.

Le M20F n’a pas de relais et d’appui pour promouvoir un processus réel de convergence des luttes. Il porte seul la contestation globale. Dans un contexte où le mouvement populaire ne connait pas de processus de massification rapide, ce sont les carences antérieures, tout ce qui n’a pas été accumulé comme pratiques de lutte, les faiblesses structurelles des organisations militantes, qui rejaillissent comme un obstacle objectif à l’approfondissement de la lutte. D’une manière plus large, la dynamique actuelle révèle la faiblesse de l’enracinement des organisations de luttes et d’une large articulation entre front social et front démocratique. La dialectique des luttes reste inégale, fragmentée sans qu’existent les éléments d’appui à leur combinaison. Elle renvoie aussi aux faiblesses stratégiques des oppositions constituées.

La gauche : Contestation du pouvoir ou pression sur le pouvoir ?

La gauche présente dans la « coalition pour une monarchie parlementaire maintenant »  surfe sur l’illusion qu’il est possible d’obtenir le changement sans que surgisse une crise politique ouverte. Son soutien au M20F se confond avec le fait qu’il ne dépasse pas les lignes rouges de la réforme sans confrontation directe avec le pouvoir personnel absolu. Cet objectif d’une « monarchie au service du peuple » occulte deux éléments : Le makhzen n’est rien d’autre que la forme concrète de l’appareil d’Etat qui structure la place spécifique de la monarchie comme pouvoir absolu, ce qui lui donne le monopole matériel de sa suprématie sur le terrain politique, social, économique et sécuritaire. Dissocier la monarchie du makhzen revient à démembrer le corps en sauvegardant la tête. Ce n’est possible ni en chirurgie, ni en politique. Le deuxième élément tient à l’incompréhension que la monarchie n’est pas qu’une forme de régime politique marquée par le déséquilibre des pouvoirs mais le garant d’un système de domination global. Qui ne sont pas seulement d’une mafia corrompue contrôlable par un gouvernement honnêtement élu, un parlement représentatif et une justice indépendante, mais d’une alliance entre des forces sociales qui tiennent les rênes de l’accumulation, de la propriété et dont la logique de profit repose structurellement sur la surexploitation et la dépossession. Le palais est la tête, le cœur et le bras armé de ce système. Souhaitant un compromis historique et pacifique avec le pouvoir réel, leur orientation s’attelle à la défense d’une «démocratisation politique » progressive en faisant l’économie d’une lutte de masse assumant une conflictualité ouverte avec la monarchie. Cette orientation est en décalage à la fois avec le pouvoir lui-même qui a clos l’agenda des « réformes » mais aussi avec les aspirations d’une démocratie réelle, non despotique, que porte le mouvement.

La gauche radicale : entre réforme et révolution ?

L’organisation « la Voie Démocratique », issue du mouvement révolutionnaire des années 70 a  recentré sa stratégie  politique  sur la conquête de l’Etat de droit et d’un espace de lutte. Il s’agit de constituer un « bloc démocratique radical » capable d’être le débouché politique de la « contradiction principale » entre les « classes compradores » et les « classes populaires ».Dans ce processus, l’axe principal est l’exigence de la constitution démocratique réalisée par une instance indépendante ou une assemblée constituante. Reste que les formes d’ouverture politique, contrôlées mais réelles, ont  consolidé une base sociale et politique d’appui au régime, mais aussi rendu plus difficile la perception que la revendication de la constitution démocratique pouvait être le support d’un changement politique et social. Ce n’est pas sous cette forme revendicative que les larges masses perçoivent la possibilité et la nécessité politique d’un changement de leurs conditions concrètes d’existence.  Du moins à une échelle autrement plus significative que la fraction mobilisée par le M20F. L’histoire des réformes constitutionnelles, nombreuses depuis l’indépendance, contribue aussi à ce que l’exigence de la constitution démocratique apparaisse comme une affaire des élites, des partis, du pouvoir et non pas la voie royale de l’autodétermination politique du peuple. Liée aux aspects institutionnels du régime politique, elle n’apparait pas comme une réponse à l’urgence sociale. Déconnectée d’une bataille centrale pour une autre répartition des richesses et sur le plan politique de l’exigence d’un gouvernement populaire indépendant du makhzen, elle ne peut être perçue comme un débouché politique logique des résistances populaires, nombreuses aujourd’hui, qui naissent du terrain social. Et si demain il y a un processus populaire de confrontation politique, le seul mot d’ordre qui s’exprimera, comme partout ailleurs, sera celui de l’exigence de la chute du régime.

La lutte politique : une affaire de partis ?

Cette orientation est aussi marquée par une conception restrictive de la lutte politique vue comme lutte concernant exclusivement les partis. La perception que le mouvement social au sens large peut  lier ses revendications propres à une contestation plus générale du pouvoir, ne pas s’inscrire uniquement dans une démarche défensive et catégorielle, est singulièrement absente.  Dans cette approche, les luttes syndicales et sociales sont réduites à la défense de revendications partielles. Ce ne sont pas des terrains où peut se jouer la  prise de conscience de l’impossibilité d’une satisfaction durable et réelle des revendications élémentaires dans le cadre du système existant. Non pas que « la lutte des masses organisées et conscientes » (du seul fait du parti ?) ne soit pas considérée comme le facteur décisif du changement, mais dans le sens où les mouvements de masse ne peuvent avoir de portée globale. La gauche radicale reproduit la dissociation imposée par le système entre le champ social et le terrain politique dans une sorte de division très mécanique des taches et des fonctions : au mouvement social et syndical, la contestation quotidienne, les revendications immédiates, la résistance et aux partis, la formulation de l’alternative, des alliances, la lutte contre le pouvoir, la mise en avant de revendications politiques. Elle relativise la centralité de la question sociale comme moteur fondamental d’une lutte démocratique de masse et non pas comme un simple support de la confrontation politique dirigée par des partis. Ce point de vue traverse tout l’échiquier politique de la gauche non gouvernementale. Le M20F lui a apporté un démenti cinglant en rejetant les cadres politiques existants en réalité dans une situation défensive, les contraignant à s’ériger comme simple force de soutien, tout en cherchant dans le cadre du comité national d’appui et des alliances affichées, à peser sur les dynamiques existantes.

La « Voie démocratique » a axé  ses alliances avec les courants de la « monarchie parlementaire » en vue d’un bloc politique capable d’incarner une alternative démocratique face au pouvoir makhzenien, sans faire la démonstration que ce type d’alliance peut effectivement modifier la situation. Cette approche surestime la place de ces courants qui ne sont pas liés organiquement aux classes populaires et sous-estime les entraves à leur radicalisation. Elle reflète  l’impossibilité d’imaginer « le nouveau » dans une période historique où les générations qui entrent dans les luttes sociales et politiques ne se retrouvent pas dans les oppositions institutionnelles, ni même dans les schémas classiques d’avant-garde. Le M20F n’est-il pas d’ailleurs à sa manière une réaction face à l’impuissance de partis, y compris progressistes, incapables depuis des décennies, de changer un tant soit peu la donne? La conception dominante du bloc démocratique radical est conçue comme une addition de courants hétéroclites de la gauche, nés dans un autre contexte historique, au lieu d’être un processus de refondation politique  d’un mouvement populaire, à partir du mouvement réel qui conteste l’ordre établi.

Du point de vue de la construction d’un rapport de force social et politique,  la lutte des secteurs majoritaires de la population  (qui ne sont organisés nulle part) se heurte à l’absence d’une  matrice des revendications et d’une stratégie de lutte qui peut unifier, organiser et ancrer sur la durée, les contestations. De même dans les organisations de masse et notamment syndicales, la pratique dominante a reposé sur des accords au sommet entre fractions politiques. Cette tactique, sur la base des rapports de forces existants, exclut toute médiation vers des luttes ouvrières indépendantes unitaires et ne cherche pas à nourrir des dynamiques interprofessionnelles. Elle épouse le fractionnement des luttes et des organisations et  reproduit des cadres organisationnels qui excluent toute initiative démocratique de la base. Elle ne permet pas à la gauche radicale d’avoir un ancrage politique spécifique et indépendant des sommets de la bureaucratie.  Le versant politique de cette contradiction, à un niveau plus général, est la construction d’alliances avec des courants politiques qui sont structurellement opposés à l’émergence de mouvements de masse autonomes et d’une dynamique de grève générale qui implique un blocage effectif de l’économie. Et qui sont très extérieurs aux couches les plus larges de la population.

Les autres courants qui se réclament d’une perspective révolutionnaire sont également en difficulté. Les courants basistes  et marxistes révolutionnaires  sont confrontés à la faiblesse relative de leur base sociale principalement présente dans la jeunesse. La gauche radicale dans sa diversité navigue entre un réalisme tactique qui peine à définir des « lignes stratégiques » et un activisme de lutte qui saute sur les médiations nécessaires pour stabiliser des courants réels de radicalisation, capable de polariser et d’entrainer de larges secteurs populaires. Elle navigue entre la volonté de peser sur les courants issus de la crise du vieux mouvement démocratique et national et un « mouvementisme » avec une base limitée. Dans les conditions actuelles, l’investissement de la gauche radicale n’est pas de nature à dénouer les problèmes/ difficultés auquel est confronté le mouvement, ni de peser d’une manière significative pour transformer les rapports de forces.

L’opposition islamiste :

Nombre de polémiques ont eu lieu ces derniers mois sur le sens de la participation des islamistes et la nature des relations à établir avec eux. Comment analyser le retrait d’Al Adl ? Si la résistance du camp laïque a joué un certain rôle, les raisons essentielles sont ailleurs. Al ADL était confrontée dans la conjoncture politique ouverte par la nomination d’un gouvernement « dirigé » par un autre parti islamiste, à une série de contradictions : son positionnement était décalé au niveau international, tant l’administration américaine que ses principaux financeurs soutiennent le processus gouvernemental, la mettant en porte à faux. Par ailleurs, Al Adl ne souhaite pas apparaitre tactiquement comme un des responsables de l’échec (prévisible) du gouvernement actuel, son objectif à ce niveau, est plutôt de gagner la base sociale du PJD, tout en ouvrant l’espace politique à un dialogue officieux lui assurant une éventuelle transformation comme parti politique légal. Troisième élément, Al Adl fait l’analyse que le M20F n’est pas en capacité de transformer radicalement les rapports de force en raison même de la faiblesse et l’hétérogénéité des forces organisées qui y interviennent. Ce retrait pragmatique est peut être aussi lié à l’analyse que la conjoncture postélectorale va être marquée par un mouvement ascendant de la répression dans les termes d’une confrontation inégale. Sans doute, on peut attribuer ce virage à un conservatisme d’organisation, à l’analyse que la situation ne se prête pas à un dénouement rapide et que l’enjeu est d‘accumuler les forces dans les bases sociales que n’arrive pas à agglomérer le M20F, en s’appuyant sur une plus grande visibilité politique et médiatique acquise durant ces derniers mois. Il serait dans tous les cas hasardeux de considérer ce recul comme un retrait stratégique. Il ne pose pas moins les capacités de la gauche à assumer une situation où elle occupe de fait, seule, le champ de contestation politique dans le M20F.

Retours sur le Mouvement du 20 Fevrier :

Les éléments de force du mouvement sont connus : une capacité créative à dialoguer avec le peuple sur la base de ses aspirations sociales et démocratiques, la politisation de secteurs importants des nouvelles générations qui compteront à l’avenir, la compréhension partagée de la nécessité d’un rapport de force s’appuyant sur des mobilisations populaires, une capacité à unir plutôt qu’à diviser, une intelligence tactique par rapport aux manœuvres du régime. Mais malgré tous ces points de force, qui ont permis au mouvement de durer et  d’être plus large que les organisations qui le soutiennent, il y a des limites profondes qui se traduisent concrètement dans la difficulté à franchir un pas qualitatif dans l’inversion des rapports de force.

Le mouvement du 20 février durant sa première année, du mois de Février à Novembre,  s’est positionné principalement par rapport aux initiatives de la monarchie. La critique s’est concentrée sur les hommes du sérail, la non représentativité des instances élues, l’absence de constitution démocratique, c’est-à-dire sur les formes légales du régime autoritaire sans remise en cause de ses fondements réels. L’intelligence du pouvoir, en refusant toute répression massive et sanglante est d’avoir aussi cherché à circonscrire le champ politique et social de la contestation : sa politique durant l’année écoulée à  viser à ne donner prise à aucune radicalisation de masse. Il a pu le faire d’autant plus facilement qu’en gelant le front syndical, en s’appuyant sur ses alliés de l’intérieur, les bureaucraties, il a réussi à contenir toute combinaison entre revendications syndicales/luttes ouvrières et revendications démocratiques/luttes populaires, tout en menant une politique ciblée de concessions/répressions visant à contenir les luttes sociales les plus diverses. A son tour, la critique principale de la rue sur la corruption et la façade démocratique, a relégué la question sociale à des slogans généraux au lieu qu’elle devienne le terrain principal de la lutte, le champ d’expression direct de l’antagonisme politique et d’une stratégie d’accumulation des forces. Les luttes sociales et professionnelles ne se politisent pas et les luttes politiques ne s’enracinent pas dans l’activité revendicative. Les contestations se chevauchent sans se rencontrer. Le mouvement est aujourd’hui  dans une phase difficile et connait un reflux. Si il a pu faire pression sur le pouvoir, il n’a pu imposer des réformes ou un changement, ni promouvoir des formes de luttes qui construisent le rapport de force. Il n’a pu s’articuler avec les luttes sociales et populaires qui traversent le royaume et élargir sa base sociale et il connait une crise larvée faute de perspectives.

Mouvement horizontal, sans structure hiérarchique et porte-parole, il a permis à des secteurs non organisés de s’engager et de contribuer à un pluralisme de fait. Mais en même temps, ce type de structuration a impliqué des faiblesses réelles. L’absence de coordination nationale propre au mouvement n’a pas permis d’élaboration collective, «centrale » des initiatives nécessaires à l’expression/construction nationale du rapport de force, au-delà des journées d’actions répétitives et décentralisées. A son tour l’extériorité des organisations sociales, politiques et de masses du mouvement comme  cadres collectifs a rendu difficile la question concrète des convergences, au-delà du soutien au M20F par ces mêmes organisations, mais aussi la reconnaissance du Mouvement, comme un espace inclusif, social et politique, lieu où peuvent s’articuler des revendications spécifiques et des revendications générales. Mouvement horizontal, mais aussi faiblement auto organisé : dans la grande majorité des villes, il n’y a pas d’espace spécifique d’élaboration et de décision réappropriés par les militants et manifestants. Et quand elles existent, les assemblées générales sont en général « techniques », faiblement porteuses d’une dynamique démocratique de politisation et où les militants organisés sont sur représentés. Conçue comme un mouvement unitaire sur la base d’une plateforme forte mais minimale, avec le souci légitime de ne pas diviser les forces sur des enjeux qui brouillent la contradiction principale avec le makhzen, cette unité/plateforme bloque paradoxalement la maturation offensive du mouvement en rendant secondaire (tabou ?) la clarification sur les objectifs et les moyens de construction d’un rapport de force global. Elle laisse en suspens la question du pouvoir et plus particulièrement le lien entre les revendications démocratiques et la place de la monarchie, sur laquelle n’existe pas de consensus, tout comme sur les formes de luttes et de convergences qui permettraient de densifier le mouvement de masse et ses formes de contestation. Tant cette approche de l’unité, que le type de structuration existante, ont rendu difficile l’émergence d’un débat maitrisé collectivement, pluraliste et ouvert sur les taches du mouvement et en son sein. Dans les conditions actuelles, le M20F n’apparait pas comme le creuset de l’alliance populaire, le sujet antagoniste du bloc dominant doté d’une légitimité supérieure mais comme un ferment et un révélateur des contradictions sociales et politiques et des tâches qui restent à résoudre pour que surgisse pleinement le printemps de la révolution marocaine.

Préparer l’avenir

Quels que soient les résultats immédiats de la lutte, il y aura un avant et un après. Si l’avenir n’est pas tracé, le combat social et démocratique contre le capitalisme dépendant et le despotisme connait un réveil réel, dont la dynamique dépendra sans doute principalement, de ce qui se passera  à l’extérieur du M20F. Car on ne peut demander à ce dernier de lever tous les blocages qui limitent les possibilités d’extension et de généralisation de la lutte. Il ne peut être un substitut aux batailles spécifiques à mener dans les organisations de masses et notamment syndicales, quitte à se confronter à d’autres pouvoirs absolus. Ni même à prendre en charge les luttes sociales qui se développent. Il ne peut être à la fois le centre et la périphérie. Il ne peut non plus élaborer par lui-même, par sa simple expérience, sa détermination, le volontarisme de sa jeunesse, ses journées d’action, les lignes stratégiques d’un renversement révolutionnaire du pouvoir. On ne pourra faire l’économie de la construction d’un front social qui scelle dans une volonté commune les résistances populaires, leur donne une assise à leur élargissement. Dans le processus actuel en gestation,  il apparait assez nettement que la contestation sociale est en train de se diversifier, s’enraciner, y compris avec une volonté de défendre jusqu’au bout ses droits. Cette contestation, nationale dans son contenu mais locale dans ses formes d’expression et ses rythmes, tend à poser la centralité de la question sociale et de l’organisation de secteurs populaires dans des termes nouveaux. Elle déplace la conflictualité politique du terrain des enjeux constitutionnels à celui de la lutte contre la répression étatique. Elle s’innerve des questions concrètes de la vie quotidienne et pose en filigrane la nécessité d’une répartition égalitaire des richesses. Ces deux éléments sont porteurs d’une radicalité antagoniste et mettant en cause à la fois une organisation sociale inégalitaire et un système politique entièrement tourné vers la prédation économique et l’organisation de la guerre contre les pauvres. Il y a sans doute là, l’ébauche d’un nouveau mouvement populaire de lutte, encore dispersé. Là où le M20F était encore marqué par le passif des défaites, la fragmentation sociale, l’attentisme des organisations et jusqu’à un certain point par l’illusion d’une rupture démocratique sans crise, succède, en le chevauchant, les premiers pas d’une nouvelle dynamique de lutte réellement d’en bas. Reste à savoir si la gauche de lutte saura dialoguer avec les nouvelles générations hostiles, non pas à un changement systémique, mais à toute forme de délégation de pouvoir et de fonctionnement verticaliste et  qui ne se sont aucunement liées aux représentations politiques et idéologiques issues d’un héritage  qui ne fait pas sens ou évidence, pour elles. Du moins dans ses formulations actuelles. Et au-delà, l’enjeu est bien de refonder un mouvement populaire et démocratique porteur d’une nouvelle radicalité (collective) de luttes. Loin des schémas qui ont façonné le « travail de masse »  ces deux dernières décennies. On ne peut faire non plus, l’économie d’une réflexion stratégique sur les conditions d’une rupture démocratique et sociale et des formes d’articulation entre les mobilisations de masses, la réappropriation de l’espace public et l’occupation/blocage des centres névralgiques de l’économie. Il s’agit bien dans cette voie de se réapproprier la question des révolutions du 21éme siècle et donc d’une nouvelle gauche capable de se dépasser pour être à la hauteur des défis de la situation. Les confrontations majeures sont devant nous. La gauche n’a pas été en capacité de mener et d’élargir  la première remontée du mouvement de masse jusqu’au bout. Le pouvoir est en réalité fort de nos faiblesses. Mais il n’y ni exception marocaine, ni sursis historique. Il y aura un avant et un après. Le reste appartient aux combats réels dont l’issue n’est jamais tracée d’avance.

Chawqui Lotfi

Somaire:

MAROC : LES RESSORTS DE LA MONARCHIE, LES CONDITIONS DE LA CONTESTATION

 

Monarchie : une base sociale plus large

La façade démocratique : un amortisseur de la crise politique

Des adversaires sociaux fragmentés

Des maillons faibles

« Restaurer l’autorité de l’Etat »

Des luttes sans convergence

La gauche : Contestation du pouvoir ou pression sur le pouvoir ?

La gauche radicale : entre réforme et révolution ?

La lutte politique : une affaire de partis ?

L’opposition islamiste 

Préparer l’avenir

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Un commentaire pour MAROC : LES RESSORTS DE LA MONARCHIE, LES CONDITIONS DE LA CONTESTATION #maroc

  1. ibnkafka dit :

    Reblogged this on Ibn Kafka's obiter dicta – divagations d'un juriste marocain en liberté surveillée and commented:
    Une analyse serrée, d’un point de vue gauchiste, du Mouvement du 20 février. Je rajouterais cependant à la partie relative aux forces de la monarchie l’asect idéologique: au-delà de l’intérêt de certaines catégories à la soutenir, il y a la conviction chez de nombreuses catégories sociales ne bénéficiant pas directement des avantages directs de la monarchie que celle-ci est la seule légitime et apte à diriger le Maroc. Tant qu’on n’a pas reconnu ça, on ne peut aborder sérieusement la lutte pour l’avénement de la démocratie au Maroc.

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