Les Six de Bernoussi » et l’avocat du diable

Une autre réalité que le régime marocain aura du mal à camoufler est, sans aucun doute,  son acharnement coupable contre les militants du mouvement du vingt février.
Le tribunal d’Ain Sebaa est devenu le symbole de cet acharnement judiciaire, depuis les condamnations des deux plus célèbres d’entre eux, Mouad Lhaqed et de Younes Belkhdim.
Ses murs résonnent encore des protestations des familles et des cris des militants au prononcé des peines à l’encontre de Samir Bradley, Tariq Rochdi, Abderrahman Assal condamnés à dix mois fermes,  Youssef Oubella, Nour Essalam Kartachi  condamnés à   huit fermes et  Laila Nassimi à  six  mois avec sursis.
Pourtant, pendant un court moment, dans cette salle d’audience d’Ain Sebaa,  les « six de Bernoussi » ont cru entrevoir un moment d’humanité et une lueur d’espoir,  lorsqu’ils ont pu psychanalyser leur douleur en racontant leur calvaire, au cours des interrogatoires. Une abomination où se mêlent la barbarie et le vice. Une affaire aux antipodes de toute procédure judiciaire, avec pour seuls objectifs, imprimer la terreur dans l’esprit des militants, venger l’humiliation qu’ils infligent au makhzen depuis plus de dix-huit mois et  leur confectionner des procès-verbaux « téléphonés ».
Même lorsque le juge a feint d’afficher une curiosité paternaliste pour le « modus operandi » de la manifestation, il ne s’est pas écoulé grand temps, avant que le public ne comprenne qu’il instruisait à la recherche du détail qui tue, comme la concordance entre l’heure de la manifestation et celle de la prière, dont l’accusation a prétendu qu’elle était préméditée pour inciter les fidèles à se joindre aux militants ! Argument hilarant pour qui sait qu’avec cinq prières quotidiennes, il est difficile de ne pas empiéter sur l’une ou l’autre d’entre elles !
Dans ce tribunal où la justice n’a jamais eu droit de cité, » les Six » ont eu affaire avec la dictature, dans ce qu’elle a de plus brutal. Les thuriféraires qui galvaudent le terme démocratie seraient bien inspirés de se convaincre que dans les pays où celle-ci a cours, les salles d’audience sont propres et empreintes d’une solennité qui confine au sacré, car on y juge des  humains. Le respect qu’on leur doit est à ce prix.
A Ain Sebaa, à écouter les vitupérations de cet avocat du diable, celui de la police, on jugeait des animaux, des bêtes sauvages. Une justice d’abattage à pas d’heure, dans le désordre, le brouhaha, la saleté, et la présence massive des forces de l’ordre.
L’état pourtant, si prodigue envers sa police se montre bien pusillanime à équiper ses salles d’audience piètrement conçues, d’un matériel de sonorisation, afin de rendre audible les débats et de leur donner la plus large publicité. Mais il est vrai que la justice marocaine n’en a cure. Elle déteste la publicité et lui préfère le secret des complots et les chuchotements des « Taalimates », ces instructions venues d’en haut !  Des micros auraient diffusé les échanges et les auraient vulgarisé jusque dans la salle des pas perdus, démontant le mécanisme de la fraude judiciaire et de l’injustice qui ont emporté tant de nos compatriotes et brisé à tout jamais leur destin.
Tout dans ces journées interminables, aura été déployé pour se venger des vingtfévriétistes et rien n’aura dérangé ce juge qui se sera contenté de juger sur la base de procès-verbaux truqués et d’aveux extorqués dans des conditions qui relèvent du secret de Polichinelle. Ni la violence délibérée de la police contre une manifestation pacifique, ni la procédure policière entachée de tortures abominables, ni les témoins de l’accusation aux abonnés absents, ni les témoignages concordants des militants,  ni le brio des plaidoiries de la défense, ni même la honte ou la décence, n’auront réussi à renverser la marche de l’injustice et convaincre les magistrats que le procès prenait les allure louches de règlement de comptes.
Autant de manigances qui n’auront pas entamé d’un iota la détermination des uns et des autres. Pour preuve, cette lettre rédigée du fond de sa cellule expiatoire numéro 8, dans l’aile 7, de la prison locale de Oukacha, par Younes Belkhdim, « Le poéte du peuple »  qui a entamé une grève de la faim le 4 septembre.
Il s’est invité au débat se rappelant au souvenir de ceux qui pensent à tort, avoir mis le mouvement marocain de contestation à genou. Des lignes qui en disent plutôt long sur la détermination de nos militants, leur courage et leur soif de dignité :
-« Je reste honoré et fier de payer, derrière les barreaux, le prix de la liberté. Et je considère que le feuilleton des intimidations, des enlèvements, des tortures, des procès montés et des incarcérations n’est qu’un aveu de la légitimité des objectifs du Mouvement du 20 Février que nous essayons d’atteindre par des actions de protestations non-violentes et civilisées. »
Salah Elayoubi
 
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