Sabra et Chatila : 30 ans après, les rescapés réclament justice

 
 
 
mardi 18 septembre 2012, par Assawra (avec les agences de presse)
 
Chahira Abou Ardeini a perdu sept de ses proches à Sabra et Chatila, camps de réfugiés palestiniens tristement célèbres pour le massacre commis il y a 30 ans par des miliciens chrétiens alliés à Israël. Elle attend toujours que justice soit faite. « C’était une nuit sans lune. Ils ont illuminé le ciel avec des fusées éclairantes », se souvient cette femme de 53 ans, les yeux sombres cernés de rides profondes qui en disent long sur son chagrin. « Les miliciens ont fait irruption dans notre maison avec des mitraillettes, et ont achevé certains membres de ma famille au couteau. Ils ont tué ma cousine Amal, l’ont éventrée et ont retiré son bébé », dit-elle.
Entre 800 et 2 000 civils ont été massacrés, selon les estimations, dans ces camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, à la périphérie de Beyrouth, en septembre 1982, lors de l’invasion israélienne du Liban. « Trente ans sont passés, mais je me souviens encore des moindres détails », ajoute cette femme brune, qui brode les robes palestiniennes traditionnelles au point de croix pour vivre. « Le plus jeune de mes fils avait juste deux semaines. Les miliciens étaient en compétition pour voir qui allait tuer le plus de gens ».
Chaque année, des militants venus du monde entier se joignent aux survivants du massacre pour se recueillir sur la tombe collective des victimes du carnage. Mais justice n’a pas encore été faite. En Israël, une commission d’enquête a attribué en 1983 la « responsabilité personnelle » mais « indirecte » des massacres à Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, et la responsabilité directe à Elie Hobeika, chef des renseignements des Forces libanaises (milice chrétienne). « Aucun tribunal, libanais ou international, n’a jamais inculpé personne pour le massacre. Tous les responsables sont restés impunis », déplore la survivante.
« Nous avons perdu espoir en la justice. Nous, les Palestiniens, sommes le maillon le plus faible dans le monde arabe. Nous n’avons pas d’État, et le massacre des nôtres n’importe à personne », affirme-t-elle. Chahira souligne également les conditions déplorables dans lesquelles vivent une grande partie des 280 000 réfugiés palestiniens du Liban, pour la plupart entassés dans des camps misérables et privés de beaucoup de leurs droits économiques et sociaux, selon l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens.
« Mes proches ont été massacrés, mais nous, nous mourons à petit feu », dit cette femme qui vit toujours à Chatila. Samiha Abbas, une Libanaise mariée à un Palestinien de Sabra, a perdu pour sa part trois de ses enfants et quatre autres membres de sa famille dans le massacre. « Ma fille Zeinab avait 16 ans, mes fils Ali et Fahd 10 et 20 ans », dit-elle en sanglots, en serrant les photos de ses trois enfants. « Je demande à savoir qui les a tués, le chagrin m’a fait perdre la tête », ajoute-t-elle. Samiha vit à Sabra, le camp attenant à Chatila, où les câbles électriques pendent entre les maisons misérables.
« Je suis libanaise, mais tous les gouvernements libanais qui se sont succédé nous ont traités comme des criminels, nous ont marginalisés pour être sûrs que notre voix ne serait pas entendue », dit-elle. En juin 2001, 23 rescapés ont porté plainte pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de génocide contre Ariel Sharon, devenu Premier ministre. La plainte est déposée en Belgique en vertu d’une loi accordant une « compétence universelle » aux tribunaux belges pour ce type de crimes. Mais la loi est abrogée en 2003 et la justice belge a abandonné les poursuites.
« Aucune justice, aucune pays, arabe ou occidental, n’est intéressé à obtenir justice pour nous les Palestiniens », déplore Mohamed Srour, qui a perdu cinq membres de sa famille dans le massacre. « Ils ont tué mon père et mes trois frères et soeurs, dont ma soeur Chadia, qui avait 18 mois », dit-il. « Ma mère a fait semblant d’être morte pour survivre, restant étendue à côté de sa petite fille sans vie ». « L’État libanais devrait ouvrir le dossier du massacre, révéler qui en est responsable et rendre justice aux victimes », ajoute cet homme de 50 ans. « Mais je suis sûr qu’il ne le fera pas. Et nous, Palestiniens, nous saurons comment obtenir justice, nous le ferons un jour. »

 

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