Des trucs, des machins et des choses

Par Salah Elayoubi.

J’ai regardé, comme vous cette vidéo édifiante, enregistrée ce lundi 17 septembre, lorsqu’au matin, avait eu lieu une invasion de fonctionnaires, au voisinage immédiat de Ali Lmrabet, celui que le régime a pensé condamner au silence en l’emprisonnant et le condamnant à une interdiction d’exercice de son métier de journaliste, pour dix ans.

Les fonctionnaires qui arpentent consciencieusement la terrasse voisine, scrutent chaque mètre carré et semblent mémoriser d’occultes détails, en vue de la préparation d’une mystérieuse opération à venir.

Il y a là le Caïd, caméra en main, assisté de rien moins que trois de ses adjoints, des « Mokaddems », ces fonctionnaires pléthoriques qui rappellent les tristement célèbres commissaires politiques des républiques soviétiques, tant ils sont acquis à la cause de la dictature. Le régime marocain en a tissé un maillage si serré sur le territoire marocain qu’ils font remonter aux « services » du ministère de l’Intérieur, la moindre parcelle d’information, le plus infime renseignement sur chaque citoyen de ce pays, si bien qu’un pet de souris au fond de son trou, ne saurait leur échapper.

Il y a également des policiers en civils et deux agents des renseignements généraux.

En tout une bonne quinzaine de personnes, dont deux femmes qui ferment la marche de cet étrange cortège de comploteurs.

Une débauche de moyens, dans un pays qui en manque cruellement dans les secteurs clés, qui font le développement humain. Pas étonnant que le pays traîne au fond du classement mondial.

Une démonstration supplémentaire que nous sommes bien en dictature, ce genre de régimes qui mobilisent un maximum de personnes en un minimum de temps pour punir, sévir, laver les affronts et intimider, au lieu de servir, aider, encourager et soutenir les initiatives citoyennes.

Mais ce n’est pas tant ce lâcher de sbires et le déploiement insensé de moyens qui interpellent, mais plutôt le sens à donner à tout ce remue-ménage. Des manigances indicibles en forme de trucs, de machins et de choses, qui ne font plus honte, depuis bien longtemps, aux ennemis de la liberté.

Quel mauvais coup pétrit de nouveau le Makhzen, pour venger les publications courageuses d’Ali et ses dénonciations de la dictature ?

Quelles idées assassines ont à nouveau germé dans l’esprit malade de nos sécuritaires, pour impressionner ou mettre hors d’état de nuire ce parangon de la liberté ?

Quel obscur traquenard ont imaginé ces états-majors de l’indignité, pour faire taire ce pourfendeur du despotisme ?

C’est la caméra d’Ali qui fournit peut-être, quelques indices, lorsqu’elle zoome sur les gravats et les maisons menaçant ruine alentour.

Autour du domicile de l’intéressé tout n’est que ruine et désolation. Les gravats des maisons démolies, jonchent les environs sur une hauteur de deux étages et menacent jusqu’à la sécurité des passants qui empruntent les ruelles étroites de cette partie de la médina de Tétouan. Pas de quoi inquiéter cette réunion d’espions, de sicaires et de barbouzes, dont on connaît le peu de cas qu’ils font de la sécurité de leurs semblables, eux si empressés lorsqu’il s’agit de défendre l’insupportable.

Les fonctionnaires seraient-ils en train de tramer une nouvelle démolition, afin d’isoler un peu plus l’intéressé et le frapper d’ostracisme, en préméditant un « no man’s land », une sorte de « terre brûlée » ?

Cherchent-ils à le persuader de quitter la ville, voire le pays ?

On peut raisonnablement le penser, connaissant les méthodes du makhzen accoutumé à puiser dans les complots et les méthodes peu orthodoxes, son inspiration.

C’est l’avenir qui nous apportera les réponses à toutes ces questions.

Je m’entretenais avec lui, au lendemain de cette curieuse incursion, lui conseillant à tout le moins la prudence, sinon d’étudier sérieusement la question de quitter le pays pour se mettre à l’abri. Sa réponse a fusé aussi cinglante que catégorique :

– « Je ne quitterai jamais le Maroc ! »

Une image me hante et reviendra me hanter encore. Celle de Ali, résigné derrière les barreaux, tel un vulgaire criminel. Tant de malfaiteurs, complices du pouvoir qui mériteraient cette place continuent, pourtant de sévir impunément.

Harcelé, espionné, emprisonné, battu et privé de ce qui fait la dignité d’un père de famille et sa raison d’être, son droit à l’exercice de son métier, Ali Lmrabet semble avoir débroussaillé et tracé, comme l’ont fait d’autres avant lui, un chemin vers la liberté. Il le fait à sa manière, à coups de dénonciations et tel un phare planté au milieu des ténèbres de la dictature, il est le juste qui éclaire le chemin à ceux qui le suivent.

La dictature marocaine ressemble tellement aux autres dictatures. Elle s’accommode rarement du courage et de l’exercice de la citoyenneté et n’apprécie que l’échine courbée et le panégyrique. A force d’injustices, de turpitudes et de crimes, elle ne doit s’en prendre qu’à elle-même, d’avoir forgé tant de détermination chez un seul homme.

On ne rend hommage qu’aux morts, dit-on, mais face à tant de courage et de patriotisme on ne peut que s’incliner.

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