Un exemple d’internationalisme ouvrier De Zanon en Argentine à l’usine Ceramica Cleopatra en Egypte !

Nous reproduisons ci-dessous la déclaration de solidarité du SOECN [1] et des ouvriers de Zanon, usine de céramique sous contrôle ouvrier en Argentine, adressée aux travailleurs en lutte de l’usine Ceramica Cleopatra en Égypte.

 


Située à Ain Sukhna, dans le gouvernorat de Suez, Ceramica Cleopatra est l’une de plus grandes usines de carrelage d’Égypte, avec plus de 5.700 ouvriers. Le groupe qui possède des usines dans plusieurs villes, notamment à Ramadan City, prés du Caire, exporte vers cent pays différents. En février dernier, les travailleurs de l’usine de revêtement céramique d’Ain Sukhna ont occupé l’usine pendant dix-sept jours pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail. Ils exigeaient une compensation salariale, entre autres, car ils manipulent des matières premières très toxiques, certaines ayant même été interdites en Europe car elles sont cancérigènes et toxiques. La mobilisation des travailleurs vise aussi leur patron, Mohammed Aboul Enein, proche de Moubarak, ancien député du Parti National Démocratique et impliqué dans la répression des manifestants de la Place Tahrir pendant la « Bataille des chameaux » en février 2011 [2].

Neuquén-Argentine, le 9 novembre 2012

Cher-e-s camarades ouvrier-e-s céramistes de l’usine Ceramica Cleopatra,

Nous sommes à l’autre bout de la planète, mais nous voulons vous envoyer toute notre solidarité, et exprimer tout notre soutien à nos frères de classe en lutte.

Des milliers de kilomètres nous séparent, des frontières artificielles ont été créées par les capitalistes, nous avons des cultures et des traditions différentes, mais nous avons quelque chose qui nous unit : nous, travailleurs du monde, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons, sommes réunis par le fait d’être la seule classe qui produit des richesses. C’est nous qui faisons tourner le monde !

Rien ne peut fonctionner sans travailleurs : ni les machines, ni les transports, ni les banques. Aucun pays ne peut fonctionner sans nous. C’est pour cette raison que nous saluons la lutte que vous êtes en train de mener, afin de défendre vos postes de travail et vos droits. C’est la même lutte que nous menons en Argentine, pour que ça ne soit pas aux travailleurs de payer les crises capitalistes.

Nous sommes ouvrier-e-s d’une usine de carrelage en Patagonie, au sud de l’Argentine. Face à la crise de l’année 2001, nous avons occupé l’usine Zanon et nous avons redémarré la production sous le contrôle des travailleurs. Pour cela, il a fallu mener une énorme bataille, en nous organisant collectivement. Chaque ouvrier et chaque ouvrière a pris une responsabilité et nous avons créé des commissions de travail.

Nous avons récupéré notre syndicat des mains de la bureaucratie, pour le transformer en un outil qui nous a servi à diffuser notre lutte et à entraîner le soutien et la solidarité de milliers de travailleurs et d’étudiants. Nous l’avons toujours dit : ce ne sont pas les ouvriers qui provoquent ces crises. Ce n’est pas à nous d’en payer les conséquences ! Si les capitalistes ne sont pas capables de maintenir le fonctionnement d’une usine, les travailleurs et les secteurs exploités doivent montrer une alternative : l’expropriation et l’étatisation sans indemnités ni rachat, et la production sous contrôle ouvrier de toute usine qui ferme ou licencie, afin de mettre l’usine au service de la communauté. En ce sens, nous défendons la perspective d’un projet de travaux publics pour construire les logements dont ont besoin des milliers de familles qui habitent entassées ou dans des conditions précaires. Fermer une usine est un crime. Nous faisons porter la responsabilité de notre situation au patron, mais aussi aux gouvernements. Ils ont aussi la responsabilité de maintenir les usines en fonctionnement.

Cela fait onze ans que nous occupons l’usine et que nous la faisons fonctionner sous le contrôle des ouvrier-e-s. Récemment, nous avons réussi par notre lutte à ce que le gouvernement de la province de Neuquén exproprie l’usine et la donne aux travailleurs sous la forme d’une coopérative. Ce n’est pas notre programme, mais c’est ce que nous avons réussi à arracher avec notre lutte.

Avec l’ensemble des camarades faisant partie du regroupement « Marron », qui constitue la force dirigeante de notre syndicat, et nous suivons de près le processus révolutionnaire dans votre pays. Nous avons aussi fêté la victoire de la Place Tahrir qui a réussi à faire tomber le dictateur. Nous avons confiance en la capacité des ouvriers pour passer à l’action et s’organiser eux-mêmes.

Nous sommes conscients du fait que ce processus est à mi-chemin, que les grandes entreprises continuent à imposer leur loi, et que les travailleurs et la jeunesse opprimée continuent à vivre dans les mêmes conditions économiques d’inégalité sociale et d’exploitation. Mais nous sommes également conscients de l’importance de l’expérience que vous avez dû vivre pendant ces dernières années. Nous savons que vous allez vous battre pour arracher ce qui est à vous.

Nous sommes des milliers de travailleurs et d’organisations à nous intéresser à ce qui se passe dans votre pays : votre lutte est notre lutte aussi ! Et comme le disent les statuts de notre syndicat céramiste de Neuquén : « Les travailleurs n’ont pas de frontières ». La lutte des classes partout dans le monde nous réunit. Nous nous battons contre le même ennemi : les puissances impérialistes et leurs alliés et complices dans chacun de nos pays, les grandes entreprises et leurs gouvernements qui défendent les patrons.

Camarades ouvriers céramistes de Ceramica Cleopatra, nous vous envoyons cette lettre de façon à nous présenter et à saluer votre lutte. Nous restons à votre disposition pour vous apporter l’aide dont vous auriez besoin, pour répondre à vos questions et pour vous envoyer du matériel (revues, brochures, vidéo…) et plus d’information afin que vous puissiez mieux connaître notre expérience.

Nous pouvons vous la faire parvenir à partir de nos amis en France et en Allemagne.

Vive la lutte de nos frères et sœurs de Ceramica Cleopatra !

Agrupación Marrón Ceramista

Commission Directive du syndicat Céramiste de Neuquen (SOECN)

Secrétaire général : Marcelo Morales

Secrétaire adjoint : Natalio Navarrete

Presse et diffusion : Zulma Morales et Elisa Cisterna

Députés ouvriers céramistes pour le Front de la Gauche et des Travailleurs (Frente de Izquierda y de los Trabajadores) : Alejandro Lopez et Raul Godoy

[1] Syndicat des Ouvriers et des Employés Céramistes de la province de Neuquén, syndicat auquel sont affilés l’ensemble des travailleurs de la branche revêtement céramique et carrelage de la province de Neuquén, dans le Sud de l’Argentine, et dont les ouvriers de Zanon sont les représentants les plus connus, notamment à la suite du film « The Take » (2004) de Naomi Klein.

[2] On se référera notamment au webdocumentaire de Labournet.tv de J. Metwaly et P. Rizk, « Strike at Ceramica Cleopatra », http://en.labournet.tv/video/6354/s…

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