Maroc : « le mouvement du 20 février n’a cessé d’innover avec de nouvelles formes d’actions et d’organisation »

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Rencontre avec Souad Guennoun, une militante active sur tous les fronts de lutte au Maroc (mouvement du 20 février à Casablanca, Attac Maroc…). Elle vient de rentrer de sa deuxième visite en Europe où elle participait à la campagne internationale pour la libération des prisonniers politiques marocains. Elle revient sur les luttes politiques et sociales dans son pays depuis le « printemps arabe ».
Il semble y avoir une nouvelle vague de répression au Maroc ?
Dans la foulée des révolutions en Tunisie et en Égypte, un mouvement marocain de solidarité avec les peuples en révolution dans la région a dans un premier temps été réprimé par le régime. L’appel à manifester le 20 février 2011 dans toutes les villes et les campagnes avait réussi à rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes dans plus de 80 villes et villages. La répression a été forte dès le début dans le Rif, faisant 5 morts, mais la répression n’a fait que renforcer le mouvement de contestation qui ne s’est pas arrêté depuis.
Le pouvoir débordé dans un premier temps a voulu jouer la « farce démocratique » : réforme de la Constitution en faisant participer l’intelligentsia, les associations de la « société civile » dont notamment les femmes, les partis et syndicats réformistes, les islamistes… puis des élections qui ont donné un gouvernement mené par un Premier ministre PJD, Benkirane, et une coalition allant du PPS (parti communiste monarchique) à divers droites. La France, principal soutien de cette mascarade, a applaudi, et le label de « Maroc modèle de démocratie dans la région » a rallié les pays de l’Union européenne et les USA.
La répression s’est pourtant accélérée, et on compte aujourd’hui au moins 177 détenuEs dans les prisons marocaines. Autre « spécificité » marocaine : la plupart des détenus sont condamnés et jugés comme délinquantEs. Procès truqués, faux témoins et inculpations fabriquées, tortures et sévices ont été dénoncés, y compris par Juan Mendès, rapporteur de l’ONU, lors de sa visite en septembre 2012. Mais rien n’y fait, le nouveau président Hollande continue à soutenir le pouvoir tout comme ses prédécesseurs.
Quels sont les secteurs qui luttent ? Sur quelles revendications ?
Une marée humaine de différentes générations, de différentes composantes sociales et secteurs de luttes, hommes, femmes, jeunes, ont pris d’assaut les rues pour réclamer la fin du despotisme, de l’impunité, la justice sociale, les réformes économiques sociales et politiques, la répartition des richesses… Depuis, le mouvement du 20 février n’a cessé d’innover avec de nouvelles formes d’actions et d’organisation. Il a réussi à rassembler les mouvements des diplômés chômeurs (ANDCM), les étudiants, les lycéens, les syndicalistes mais plus que tout, le mouvement a réussi à intensifier les luttes paysannes, dans les mines, dans les secteurs de la pêche. Les luttes éclatent dans diverses régions.
Par exemple à Ouarzazate, les femmes se sont organisées pour dénoncer la mafia des micro-crédits qui profite de la pauvreté, de l’analphabétisme pour pousser à l’endettement. Dans la même région se trouvent les mines de Bou Azzer, propriété du roi, qui exploitent le cobalt. Le 10 octobre 2012, près de 300 mineurs ont commencé à occuper la mine pour protester contre les conditions de travail et exiger leurs droits : jour de congé, repos, retraite. Les ouvriers dénonçaient aussi le licenciement de 24 mineurs. Malgré les intimidations et menaces, le conflit s’est durci. Soutenus par le syndicat CDT, une grève générale a démarré le 15 octobre à Ouarzazate suite à l’arrestation de 8 ouvriers pour « entrave à liberté de travail ». Un sit-in a eu lieu devant le siège de la province. 5 mineurs ont été libérés, mais 3 ont été condamnés à 5 mois de prison ferme et 5 000 dh d’amende. Avec la mobilisations, ils ont été relâchés mais poursuivis en justice. La lutte continue et un appel à la solidarité internationale est lancé.
La réorganisation du pouvoir entre le clan royal et le gouvernement islamiste ne passe pas auprès de la population…

Dès la nomination du nouveau gouvernement mené par le premier ministre Benkirane, les luttes et manifestations ont continué. Dans les rues, on a de suite dénoncé « Benkirane tu n’es qu’une poupée entre les mains de ton seigneur », un gouvernement de pacotille au service du « makhzen » qui n’a rien à proposer que de gagner du temps et sévir contre les manifestants. Les mobilisations et luttes se poursuivent malgré le climat répressif.
Quel rôle tente de jouer la gauche révolutionnaire dans cette conjoncture ?
La gauche est divisée et doit apporter de nouvelles réponses à la crise. Particulièrement la gauche radicale qui, comme en France et partout, doit se rassembler et s’unir autour d’un front de lutte. Les réponses à apporter à la crise mondiale que nous vivons sont locales, régionales et mondiales. Nous devons nous unir et la solidarité est une urgence. Il faut sortir les détenuEs des prisons. Il faut soutenir et briser le silence qui entoure les luttes, il est urgent de faire entendre les voix des sans-voix, éviter les amalgames et les divisions.
Propos recueillis par Jacques Babel

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