Les maghrébins dans la première internationale communiste :

 

Il est bien connu que Nguyen-Ai-Quac (le futur Ho Chi Minh) prit la parole au congrès de Tours. Mais ce qui est négligé dans beaucoup des histoires du Parti, c’est l’activité de Nguyen-Ai-Quac dans les premières années du Parti. En réalité il joua un rôle très important dans l’établissement d’une organisation pour ceux d’origine coloniale vivant en France – l’Union intercoloniale – et, à partir d’avril 1922, il fut à l’initiative d’une publication : Le Paria5. Autour de lui se constitua une équipe de camarades engagés dans la lutte anti-impérialiste.

Parmi les militants du Paria, on peut noter la présence de Hadjali Abdelkader, dont on ne trouve guère le nom dans les histoires du parti communiste. Membre fondateur de ce qui s’appelait encore la SFIC6, il écrivait régulièrement dans LeParia sous des pseudonymes tels que « Ali Baba » ou encore « Hadj Bicot ».

En mai 1924, la SFIC présenta Hadjali comme candidat aux élections parlementaires pour le deuxième secteur de Paris (il était un des rares maghrébins qui avait la citoyenneté française). Les travailleurs nord-africains voyaient ainsi qu’il était possible d’élire un Arabe au parlement français avec les voix des travailleurs français.

Parmi ceux qui assistèrent à une de ses réunions électorales, un jeune ouvrier de chez Renault : Messali Hadj. Hadjali fit une très forte impression sur lui, et leur amitié se noua à cette occasion. L’année suivante Messali devint membre du parti communiste. En 1926, Messali et Hadjali fondèrent l’Étoile Nord-Africaine, le premier grand mouvement pour l’indépendance de l’Algérie. Il n’est dès lors pas exagéré d’affirmer que les deux grandes guerres de libération nationale qui ont secoué la France après 1945 – l’Indochine et l’Algérie – ont eu leurs origines dans les milieux communistes à Paris dans les années 1920 – et ce grâce à la huitième condition.

Hadjali fut élu au comité central du Parti communiste français en 1926 ; il est allé à Moscou pour exercer des responsabilités au sein de l’Internationale communiste. Pendant tout ce temps, il est resté musulman pratiquant. Bien sûr, la pénétration des idées internationalistes dans le parti était inégale, surtout en Afrique du nord : « le mouvement communiste […] était organisé par des Français qui vivaient sur place et le nombre des membres autochtones était peu important7. »

Le 24 septembre 1922, un rapport fut adopté à l’unanimité par le 2e Congrès Interfédéral Communiste de l’Afrique du Nord8. Ce rapport s’ouvrait sur le fait que le texte de la huitième condition était « trop général » et négligeait les « conditions particulières » des différents pays. En Algérie, il fallait reconnaître que « ce qui caractérise la masse indigène, c’est son ignorance. C’est, avant tout, le principal obstacle à son émancipation ». Envisager ainsi, « l’émancipation des populations indigènes d’Algérie ne pourra être que la conséquence de la Révolution en France ». « La propagande communiste directe auprès des indigènes algériens […] estactuellement inutile et dangereuse. »

Heureusement, il y avait en Afrique du nord d’authentiques internationalistes, en particulier Robert Louzon, secrétaire de la Fédération communiste tunisienne, laquelle lança en 1921 le premier quotidien communiste en langue arabe. Au bout de huit jours, le journal fut interdit. Pendant une dizaine de jours, de nouveaux quotidiens en arabe furent lancés, chaque jour sous un titre différent ; tous furent interdits immédiatement.

Dans un article intitulé « Une Honte », Louzon condamna la résolution. Il insistait sur le fait qu’« il n’y a pas d’équivalence entre le nationalisme d’un peuple oppresseur dont le nationalisme consiste à opprimer un autre peuple, et le nationalisme d’un peuple opprimé dont le nationalisme ne tend qu’à se débarrasser du peuple oppresseur ».

Quelques-uns de ses propos restent très actuels. Quand il nous dit que le communiste européen « ne doit pas se croire supérieur à l’indigène parce qu’il porte un chapeau au lieu d’un fez », il est impossible de ne pas penser à ceux qui se croient supérieurs à celles qui portent le hijab ou la burqa. En 1960, Louzon, toujours animé des mêmes principes révolutionnaires, signait le Manifeste des 121 en défense de l’indépendance algérienne.

Pour lire tout l’article : http://www.contretemps.eu/interventions/politiques-antimilitaristes-anticoloniales-internationale-communiste-1919-1926

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