Crise du capitalisme, monde arabe et situation au #Maroc

Le mode de production capitaliste vit une crise systémique, une crise structurelle: il s’agit d’un approfondissement sans précédent de la contradiction consubstantielle du capitalisme entre rapports de production et forces productives qui conduit à une concentration extrême de la richesse dans un pôle constitué, essentiellement, des sociétés multicoloniales (et non multinationales) et l’extension de la pauvreté à l’écrasante majorité des populations du monde: niveaux de chômage jamais atteints auparavant, démantèlement des services sociaux publics, pillage des richesses des pays de la périphérie capitaliste, exploitation sauvage des classes laborieuses, dislocation de plusieurs Etats, chantage à l’arme alimentaire, destruction rapide de l’environnement, course aux armements…

La crise financière n’est qu’une manifestation de cette crise du capitalisme et la crise des finances des Etats n’est que le résultat des solutions des Etats capitalistes à la crise (énormes fonds mis à la disposition des banques et autres établissements financiers en faillite).

Les peuples ne sont pas restés les bras croisés devant cette situation: de grands mouvements de protestation ont éclaté dans les pays du centre capitaliste, surtout en Grèce, Espagne et U.S.A. les peuples du monde arabe se sont dressés contre les dictatures, les peuples d’Amérique latine poursuivent leur combat. Mais étant données la faiblesse et la division des forces anti-capitalistes, la droite ou la social-démocratie arrivent à tromper les peuples.

Mais les conditions restent favorables aux luttes des peuples: approfondissement de la crise du capitalisme et fin du monde unipolaire et accouchement long d’un monde multipolaire.

Face à cette situation, les forces anti-capitalistes doivent:

– s’unir et s’enraciner au sein des classes laborieuses, et à leur tête la classe ouvrière, et construire leurs organisations politiques autonomes.

– diriger les luttes défensives des masses populaires.

– œuvrer à la rénovation du projet socialiste en se basant sur le patrimoine de luttes des peuples et des forces anti-capitalistes, en développant la théorie marxiste et en faisant une évaluation objective des expériences de construction du socialisme;

– construire un large front international anti-impérialiste.

– construire une internationale marxiste.

Ce qui se passe dans plusieurs pays du monde arabe sont des processus révolutionnaires qui connaissent des périodes de flux de reflux et des ruptures (départ de Ben Ali et Moubarak et début du démantèlement des appareils d’Etat…) suivis de périodes de lutte pour consolider et approfondir les acquis de la rupture entre les forces révolutionnaires et la contre-révolution qui essaie de faire avorter, sinon de freiner le processus révolutionnaire. Ces  processus sont encore ouverts sur plusieurs alternatives car les peuples ont découvert leur force et leur capacité à changer le cours de l’histoire et ont chassé la peur.

Ces processus nous fournissent plusieurs enseignements:

– Le vrai changement est l’œuvre des peuples. Ce ne sont ni les élites, ni les actes terroristes, ni un leader qui peuvent apporter le changement dans l’intérêt des peuples.

– Certaines analyses de ces processus révolutionnaires insistent sur le rôle fondamental des classes moyennes dans ces processus. En fait, c’est la classe ouvrière qui a joué un rôle décisif dans les révolutions tunisienne et égyptienne, alors qu’en Lybie l’intervention de l’OTAN a été déterminante. Il est vrai que la classe ouvrière ne joue pas un rôle dirigeant (en tout cas pas pour le moment), parce que les partis de la classe ouvrière sont absents ou embryonnaires. Mais nous assistons actuellement à un regroupement des forces de gauche en Tunisie et en Egypte.

L’impérialisme n’est pas resté inactif devant ces processus révolutionnaires: Au début, il a essayé de s’y opposer, puis devant l’échec de cette stratégie, il a essayé de les récupérer en utilisant l’islamisme « modéré » (à savoir l’islamisme qui accepte la domination impérialiste), et ce, en particulier, en l’aidant matériellement et médiatiquement par le biais des régimes du Golfe à son service (Qatar et Arabie Saoudite…).

Les forces anti-impérialistes d’Europe se doivent d’aider les forces de gauche actives dans ces processus.

Au Maroc, le peuple a intégré ces mouvements du monde arabe dans le cadre du Mouvement du 20 février. Ceci a été l’aboutissement de grandes luttes que diverses régions du pays ont connu et qui ont touché des ouvriers, des paysans, des chômeurs, des habitants des quartiers populaires, des enseignants, des étudiants, des fonctionnaires ainsi que l’expression d’un refus massif de la « démocratie » de façade perpétuant le despotisme révélé par le boycott des élections législatives de 2007 et locales de 2009. Mais ces luttes et ce boycott avaient besoin d’un horizon politique. Le M20F va jouer ce rôle.

Le M20F qui a organisé des milliers de marches, sit-in dans des dizaines de villes a réalisé des acquis importants:

– plus grande conscience que les acquis ne sont pas octroyés, mais arrachés par la lutte dans la rue.

– recul de la peur des appareils de répression.

– beaucoup de jeunes ont rejoint le M20F et ont fait preuve d’une grande combativité et d’une grande conscience des complots ourdis par le pouvoir contre le mouvement.

– le M20F a uni dans la lutte des forces d’idéologies différentes (gauche, islamistes, libéraux…).

Le régime a répondu, de façon sournoise, aux revendications du M20F et a tiré profit des expériences tunisienne et égyptienne:

– il a donné l’impression de vouloir répondre à ces revendications en annonçant une réforme constitutionnelle qu’il a taillée sur mesure pour conserver son pouvoir absolu.

– il a essayé d’entraver la participation de la classe ouvrière au M20F en faisant quelques concessions aux syndicats.

– il a eu recours à la répression de façon étudiée pour empêcher la radicalisation du mouvement.

– il a cherché à améliorer son image à l’étranger.

– il a fait des promesses aux mouvements de protestation pour les détourner du M20F.

En dépit de toutes ces mesures et de la répression sauvage qui s’abat actuellement sur toutes les luttes, le M20F qui connait une phase de reflux pourrait reprendre de plus belle à cause de l’approfondissement de la crise, de l’incapacité du régime, du fait de la nature dépendante et rentière de l’économie, à satisfaire les besoins les plus élémentaires du peuple, d’autant plus que ce dernier a chassé la peur.

Par Abdellah El Harrif
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