La participation de la femme à la révolution syrienne

La révolution est parvenue à faire sortir la femme des espaces confinés et de la sphère privée, de son domicile et de sa sphère sociale. Elle l’a propulsée dans le champ politique et l’a amenée à se préoccuper de la chose publique. Pas seulement les femmes concernées, mais toutes les femmes, de toutes les franges et de tous les niveaux sociaux. La femme en exil a embrassé la révolution avec enthousiasme. L’adhésion des femmes à la révolution a surpassé celui des hommes qui ont participé en fonction de leurs possibilités.

Les femmes syriennes en exil dans les pays européens ont manifesté une participation importante et diversifiée dans tous les domaines ; et cela est le fait de différentes générations. Les universités européennes ont vu l’émergence d’énergies qui aident et soutiennent la révolution. Les jeunes femmes de la diaspora syrienne ont tenté de trouver des moyens de soutenir la révolution médiatiquement et matériellement. Ce sont elles aussi qui ont organisé les manifestations et des rassemblements pour faire exister la question syrienne dans la rue européenne et dans l’opinion publique mondiale. Le dynamisme de la diaspora syrienne a été marqué par une participation féminine importante et influente. Nous avons commencé à voir beaucoup de femmes actives dans le champ médiatique soutenant la révolution. Elles l’ont soutenue par tous les moyens d’information et les médias sociaux ; et cela en plusieurs langues.

 

La femme syrienne en général – et en exil de même– a montré qu’elle était concernée par la révolution à l’instar de toutes les couches et franges de la société syrienne. La révolution a rajouté par sa dynamique et par les énergies qu’elle a libérées dans la structure sociale syrienne un espace propre à la femme. Elle lui a ouvert un boulevard où elle a pu libérer son énergie rentrée. Elle a démontré qu’elle était capable et qualifiée afin d’être une figure médiatique puissante. Elle a imposé sa présence, exprimé ses opinions, dirigé des manifestations en faisant table rase des obstacles qui restreignent la valeur et l’importance de la participation des femmes dans le combat social.

En Syrie, la femme paye aujourd’hui un prix plus élevé que celui payé par l’homme qui participe à la révolution. Elle est sujette nous seulement aux arrestations mais aux viols. Dans nos sociétés orientales conservatrices la femme violée est méprisée et non pas traitée comme une victime d’un crime perpétré par un homme. C’est la pire violence à l’encontre de la femme ; violence qui est à l’origine de pathologies psychiques et sociales. A tel point que certaines ne reçoivent aucune compassion de leurs proches en tant que victimes, tandis que le regard de la société envers l’homme emprisonné fait de lui un noble héros.

Beaucoup de nos femmes ont été atteintes et blessées physiquement à cause de leur participation au combat révolutionnaire. Je tiens à citer ici par exemple la militante Zahida Rechkilo, dirigeante du Courant du futur kurde en Syrie. Elle a été atteinte par un coup de feu tiré par les chabbiha [les milices mafieuses] du régime. Il est vrai qu’elle n’est pas morte comme son compagnon, le militant Micha’al Temo, mais elle a des blessures graves et elle est soignée actuellement dans un hôpital allemand. Après avoir été blessée, elle a été sujette à des pressions et à un harcèlement du fait de sa participation à la révolution. Elle a dû quitter sa ville et se mettre à l’abri des regards dans un endroit sûr. C’est une situation que nous pourrions généraliser à toutes les femmes actives dans la révolution. Pour autant cela ne les pousse pas à hésiter ou à renoncer, elles n’en sont que plus déterminées à poursuivre et à résister.

La situation de la femme dans la révolution et dans nos sociétés de façon générale est exceptionnelle. Pas seulement pour les militantes, mais pour toutes les femmes. Nous assistons à une course de vitesse croissante pour participer au combat politique et général, en plus des activités sociales nobles, en tant que mère ou épouse, sans parler de ses activités professionnelles. Cela révèle la détermination des femmes à s’exprimer et à exiger leur liberté, leurs droits entiers et leurs droits à participer à l’édification de la nouvelle société, et à prendre leur place dans tous les cercles, conseils et affaires de l’Etat.

La femme devra enregistrer son histoire et la transcrire à travers divers moyens, électroniques, papier ou autres, car les hommes feindront d’ignorer le combat féminin et son rôle essentiel.

Les femmes devront consigner leur participation à la révolution à travers une action collective et s’épauler mutuellement dans les organisations, les conseils voués à la question de la femme et à sa participation à la vie politique et sociale. Partant, je considère que le point le plus important qui mérite qu’on s’y arrête est celui-ci : comment inciter la femme à la réflexion et à la préparation sérieuse de l’étape qui suivra la chute du régime pour qu’elle y prenne sa place dans tous les cercles, conseils et les affaires de l’Etat, de crainte que le rôle politique de la femme ne soit marginalisé et qu’elle soit tenue à l’écart des prises de décision ?

Je crois que cela ne sera pas une mince affaire si on ne se concentre pas là-dessus pendant la révolution et dans la période transitoire.

Fatima Bilal


* Cet article a été publié dans le n°10 de La ligne de front, organe du courant de la gauche révolutionnaire syrienne, octobre-novembre 2012.

* Traduction de l’arabe par Luiza Toscane.

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