Le conflit du Mali ou l’indigence de la réponse africaine

 Un Président bien normal. François Hollande a enfin accompli son dessein, de devenir un Président normal. Il n’aura, en effet, pas tenu une année complète, avant que, comme tous ses prédécesseurs, il n’ait à entreprendre campagne militaire en Afrique, pour y défendre les intérêts français.

On se souvient pourtant de ses paroles : « La France agira différemment quelle n’avait l’habitude de le faire dans le passé ». Le pays qui comptait, en ces temps de crise, faire l’économie d’une guerre lointaine, n’a même pas achevé de lever son dispositif d’Afghanistan, que le rattrape la menace d’un nouvel embourbement, en Afrique. Exit donc, le simple appui aérien et logistique aux forces de la CEDEAO.

Officiellement, il s’agissait de répondre à une demande du président malien par intérim,  et protéger les français du Mali. Mais l’ancienne puissance occupante qui avait taillé ses protectorats à coups de serpes, dans l’ignorance de la réalité africaine, faite de tribalisme et d’ ethnies transfrontalières  ne pouvait d’autant pas faire l’économie d’une intervention, qu’ elle possède d’énormes intérêts dans cette région du monde, où se trouvent concentrés d’abondantes richesses du sous-sol, particulièrement au Niger voisin, où le conflit menace de s’exporter et mettre en danger l’exploitation des mines de fer, d’argent, de platine, de titane, et de l’uranium tant convoité par le français Areva.

Cinquante ans d’opérations militaires en Afrique

Le Président français était apparu emprunté et crispé, dans son nouveau costume de Chef des armées, dans lequel l’avait précipité le franchissement par les islamistes, le jeudi 10 janvier, de la ligne de démarcation. Une entreprise qualifiée par beaucoup d’observateurs, comme l’erreur que les islamistes devaient éviter, car si jusque là, l’attentisme de la communauté internationale pouvait être mis sur le compte de la lenteur des procédures onusiennes, la menace directe de Bamako et le délitement de l’Etat malien, devenaient proprement insupportable. L’intervention unilatérale de la France aura eu le mérite de la rapidité, pour stopper l’offensive jihadiste.

En cinquante ans d’indépendance des pays africains, la France sera intervenue pas moins de cinquante fois, la dernière en date, étant celle de 2011, en Côte d’Ivoire. L’« Opération Licorne » avait eu pour but, d’extirper du palais présidentiel un Laurent Gbagbo récalcitrant, pour y installer son opposant  Alassane Outtara.

Haro consensuel sur les terroristes 

Si certains n’hésitent pas à argumenter, pour dénoncer un complot visant à justifier l’invasion du Mali et son occupation par la France, il n’en demeure pas moins que la classe politique française semble unanime à considérer que l’opération était devenue  incontournable, face à la déferlante jihadiste, qui, après avoir enveloppé le Nord du pays de ses exactions, promettait d’en faire autant du Sud, avec, à la clé, le risque d’y voir s’établir un état terroriste.  D’autant qu’une simple opération visant à regrouper les ressortissants français en lieu sécurisé, ou organiser leur exfiltration, se serait révélée particulièrement périlleuse avec la proximité immédiate des colonnes jihadistes.

Parmi les soutiens inconditionnels de l’  « Opération Serval », Marine Lepen était montée au créneau lundi, légitimant l’action française et égratignant au passage le traitement par la France des dossiers libyen et syrien. La Présidente du Front National avait déploré  « un paradoxe extrêmement cruel où les armes contres lesquelles nous nous battons aujourd’hui sont peut-être les nôtres, puisque ce sont celles que nous avons parachutées notamment en Libye….. »

Seules quelques voix dissonantes  déplorent l’absence de consultation du parlement, comme celle de Noël Mamère, pour les Verts ou de Jean-Luc Mélenchon, pour le Parti de gauche. Mais c’est à Dominique de Villepin qu’on doit les mots les plus sévères pour exprimer sa désapprobation de l’intervention française. L’ancien ministre français des Affaires Etrangères, qui s’exprimait dans une tribune du « Journal du dimanche », s’en est pris à ce qu’il a appelé « l’unanimisme des va-t-en guerre », rappelant, au passage, que « Jamais ces guerres n’ont bâti un État solide et démocratique. Au contraire, elles favorisent les séparatismes, les États faillis, la loi d’airain des milices armées. Jamais ces guerres n’ont permis de venir à bout de terroristes essaimant dans la région. Au contraire, elles légitiment les plus radicaux. »

L’Algérie, cette grande muette !

C’est à l’Algérie, puissance régionale qui partage plus de mille deux cents (1200) kilomètres avec le Mali que revenait pourtant, la primeur  d’une implication au Mali. C’est, en effet, à l’échec des services de sécurité de l’Etat algérien à éradiquer définitivement les groupuscules terroristes et à la porosité de sa frontière, qu’on doit l’exportation et la dissémination de sa menace islamiste, avec le Groupement Salafiste pour la Prédication et le Combat, le GSPC, devenu depuis 24 janvier 2007, AQMI, Al-Qaïda au Maghreb islamique,  sous la férule de son Emir Abdelmalek Droukdel cet Algérien de 42 ans, licencié en chimie et ancien du GIA.

Pourtant,  le pays reste rétif à toute idée d’une intervention militaire et sa classe politique observe un étrange mutisme.  Lors de la visite de François Hollande, le Président Bouteflika avait plaidé pour une solution négociée.  Le fait que l’Algérie ait ouvert son espace aérien aux avions français, n’a nullement valeur de changement d’optique. Ce geste à minima, dans la discrétion absolue, découle d’une crainte légitime, de voir les colonnes jihadistes dispersées par les frappes de l’aviation françaises se replier en territoire algérien, pour y poursuivre la guerre et y faire ainsi, voler en éclat la « drôle de paix », conclue entre l’Etat algérien et les islamistes du GIA.

Alger se garde donc bien, pour le moment, de déclarer ouvertement la guerre aux islamistes du Mali, pour s’éviter un Casus Belli susceptible de raviver le spectre de la guerre civile, à ses portes,  sans oublier le risque encouru par les installations pétrolifères, à un « jet de pierre » de la frontière malienne.  Et si la diplomatie algérienne plaide si chaudement en faveur de négociations avec les touaregs maliens, c’est qu’elle redoute d’être rattrapée par la contestation des siens, qui lui reprochent sa centralisation excessive, ses parachutages des cadres du FLN et son déni de leur identité. Les milliards injectés par le gouvernement central ne font pas oublier la militarisation du Sud, l’ostracisme politique,  les filières de formation inadaptées au marché du travail, l’interdiction des circuits touristiques, les logements inadaptés aux conditions climatique…………

Le Maroc, aphasique, apathique !

Au Maroc, cette autre puissance régionale, on se tait tout autant qu’à Alger. C’est que Rabat tient une sorte de revanche objective sur l’OUA, qui l’avait acculée, le 12 novembre 1984 à quitter l’organisation,  pour cause d’admission de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD). Ces bandes armées jusqu’aux dents, qui sillonnent impunément le désert, renvoient, par le Modus Operandi de leurs « Rezzous », à ceux du Polisario, qui ont coûté tant de vies et de déconfitures, à l’armée marocaine, avant la construction du mur de défense.

En ces temps où la contestation sociale s’amplifie, une action extérieure aurait pourtant détourné l’attention des uns et des autres, sur les méthodes du régime, très peu conformes à la démocratie dont il se revendique. La diplomatie marocaine, prérogative traditionnelle du roi, apathique depuis le décès de Hassan II, semble, également aphasique, depuis que le palais a imposé une dichotomie paralysante, aux affaires étrangères, suite à la victoire des islamistes aux élections.

Aujourd’ hui donc, plus qu’ hier, hormis quelques déclarations sans conséquence, on préfère laisser la préséance et le droit de parole au voisin algérien, dont on connaît la susceptibilité, lui reconnaissant, de facto, un rôle hégémonique dans la région.

Pourtant, dans la capitale marocaine il y aurait tout lieu de s’inquiéter du bruit de bottes au Mali. Ils pourraient bien en susciter d’autres, au Sahara, face aux échecs des rounds successifs des négociations avec le Polisario. D’autant que si d’aventure,  l’Algérie, protecteur de ce dernier devait s’impliquer dans les opérations militaires en cours, elle en sortirait, à coup sûr, renforcée politiquement au niveau africain et prendrait également un ascendant militaire certain au niveau régional. Il est loin le temps où le Maroc intervenait pour sauver un Mobutu, cantonné qu’il est, aujourd’hui à fournir ici ou là, des casques bleus à l’ONU, pour ses opérations de maintien de l’ordre ou d’observation.

L’Afrique, son insoutenable indigence ! 

L’absence d’images et la censure de l’information ne doit pas nous faire oublier que ce conflit sera coûteux en vies humaines et en destructions. Il va sans doute, se poursuivre plusieurs semaines durant, le temps pour l’aviation française de démanteler, frappe après frappe, les concentrations des jihadistes, d’annihiler leur capacité à riposter et de détruire leurs troupes !  Puis, viendra l’heure de l’offensive terrestre, afin de récupérer les territoires du Nord, arrachés de la souveraineté du mali, par la coalition islamo-touareg. Un moment où l’Afrique se retrouvera de nouveau, face au cruel constat de sa propre indigence à apporter une réponse africano-africaine, aux périls qui menacent le continent. L’appel de l’Organisation de l’Unité Africaine pour une solidarité n’aura pratiquement trouvé aucun écho. Un pur flop. Pour preuve, pas moins de six pays ( Bénin, Burkina Faso, Niger, Nigéria, Sénégal et Togo)  se sont ligués, après avoir traîné les pieds des mois durant,  pour aligner un misérable contingent de trois mille hommes, sous équipés qui s’en remettent à la France miséricordieuse,  pour leur appui aérien, leur logistique et la conduite à tenir, pour la suite des opérations.

Chaque jour que l’ancienne puissance occupante passera à guerroyer sur le terrain, pour sauver le Mali des griffes du terrorisme, sera l’expression la plus éclatante de l’immaturité des régimes africains et de l’incompétence de leurs dirigeants à construire autre chose que des fortunes personnelles colossales, au lieu d’entrer dans l’histoire, en bâtissant des Etats de droit viables.

La solution à tout ce gâchis se trouve assurément, ailleurs que dans les armes. Lorsque celles-ci se seront tues, il faudra bien que le Mali fasse sa propre introspection, se réconcilie avec lui-même et écoute enfin les siens, les touaregs, ces hommes venus du nord et dont la colère et la révolte, nourries de misère, de désespoir et d’exclusion, ont failli tout emporter.

Salah Elayoubi

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