En défense du communisme – Daniel Bensaïd et le devoir d’inventaire : Stalinisme et bureaucratie

« Les mots de l’émancipation ne sont pas sortis indemnes des tourments du siècle passé », souligne Daniel, dans « Puissances du communisme », un de ses tout derniers textes. « Mais », ajoute-t-il, « de tous les mots hier porteurs de grandes promesses et de rêves vers l’avant (socialisme, révolution, anarchie…), celui de communisme a subi le plus de dommages du fait de sa capture par la raison bureaucratique d’État et de son asservissement à une entreprise totalitaire. » [1]

En gérant l’héritage, Daniel a densifié deux aspects méthodologiques sur lesquels j’insisterai donc en premier : traiter le communisme comme un mouvement égalitaire, non pas comme une société délimitée ; assumer le « devoir d’inventaire » historique. Puis nous verrons comment ces deux dimensions interagissent dans son approche du communisme dans l’histoire, d’une part, du stalinisme et, d’autre part, de la bureaucratie, non sans pointillés que l’on explicitera.

 Une tension méthodologique entre deux approches

Le communisme est, non pas une société délimitée, mais un soulèvement égalitaire. Face au discrédit de l’expérience historique, Daniel, résistant à l’air du temps, affirmait dans Le Sourire du spectre  : « Quand bien même les mots seraient malades au point qu’il faille en inventer de nouveaux, nous resterions au fin des fins des communistes […]. Tout simplement parce que le communisme reste le “nom secret” de la résistance et du soulèvement contre une société écartelée entre l’irréversible principe égalitaire et l’acharnement de la puissance fétichisée. » [2]

Et tel est le premier point qui définit sa méthode en défense du communisme : celui-ci n’est « ni une idée pure ni un modèle doctrinaire de société. […]. [C’]est le nom d’un mouvement qui, en permanence, dépasse/supprime l’ordre établi » [3], un mouvement aspirant à ce que le Manifeste communiste désignait comme « une association où le libre développement de chacun [nous ajouterions aujourd’hui, “et chacune”] est la condition du libre développement de tous [et toutes] ».

Remarquons au passage que, rejetant tout « modèle doctrinaire » de société, Daniel ne saurait retenir des « définitions » du communisme que l’on trouve dans bien des manuels « classiques » de formation. Le communisme y est présenté comme une société régie par un « principe » de distribution (« de chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins ») associé à l’hypothèse d’une abondance des ressources ; il est supposé succéder au « socialisme » comme phase immédiate post-capitaliste de « transition au communisme » obéissant au critère « à chacun selon son travail ». Engels avait déjà protesté, en son temps, contre l’utilisation abusive et dogmatique de ces formules. Mais trois facteurs ont rendu caduques de tels découpages : la prise de conscience écologique quant à l’abondance limitée des ressources ; les luttes de classe ne se pliant à aucun « étapisme » quant à l’exigence de satisfaire des besoins de base ; enfin, l’expérience des révolutions du XXe siècle : les grands débats des années 1920 en URSS ont introduit l’idée que la société immédiatement post-capitaliste est, elle aussi, « une transition au socialisme » (marquée par des « déjà plus » et des « pas encore ») ; en outre, la prise en compte du stalinisme a imposé une réflexion sur l’importance des finalités communistes… dès le début [4].

En tout état de cause, l’approche de Daniel s’écarte des « étapismes ». Le communisme, en tant que mouvement se dressant contre tout ce qui étouffe le « principe d’égalité », peut être à la fois d’actualité et sans fin – d’autant plus important qu’une société se revendique de ses buts… Mais une telle approche comporte le risque d’abstraction a-historique contournant l’analyse critique des régressions et échecs.

L’exigence d’inventaire historique. « Une des questions cruciales est de savoir si le despotisme bureaucratique est la continuation légitime de la révolution d’Octobre ou le fruit d’une contre-révolution bureaucratique », interroge Daniel dans son débat avec Alain Badiou [5]. Et il s’élève contre « la tentation de se soustraire à un inventaire historique critique ».

Telle est donc la deuxième exigence méthodologique sans laquelle l’idée communiste serait réduite « à des “invariants” atemporels », ou à un « synonyme des idées indéterminées de justice ou d’émancipation ». Mais il ajoute, exprimant une tension intéressante : « Le mot perd alors en précision politique ce qu’il gagne en extension éthique ou philosophique. » Daniel veut la résoudre en affirmant l’exigence de cerner le communisme comme « forme spécifique de l’émancipation à l’époque du capitalisme ». Il est possible d’étendre cette formulation, en renforçant, ce faisant, la cohérence proposée. Je le ferai en conclusion. Voyons d’abord comment l’expérience historique infléchit le « matérialisme historique » revisité par Daniel, puis ce qui le distingue de Badiou quant au stalinisme et au phénomène bureaucratique.

 Penser le communisme dans l’histoire. Du socialisme scientifique aux pensées hétérodoxes

Le communisme, traité comme mouvement réel, se rattache évidemment au « socialisme scientifique » de Marx et Engels en tant que critique des « socialistes utopiques » : contre l’élaboration minoritaire de contre-sociétés coupées des mouvements sociaux de masse, l’accent est mis sur l’inventivité et « l’école du communisme » portées par les luttes prolétariennes de masse, et sur les crises du système où des ruptures deviennent possibles. Mais le « marxisme scientifique » dominant va couvrir une approche apologétique de l’URSS – ou bien, après le conflit sino-soviétique – celle de la Chine de Mao se revendiquant de Staline contre Khrouchtchev. Dans ce marxisme-là, les progrès sont irrésistibles contre des ennemis toujours bourgeois.

Les écrits philosophiques de Daniel Bensaïd incorporeront alors un leitmotiv sur les « bifurcations » de l’histoire contre l’idée de progrès linéaire – ce qui exprime au plan philosophique les analyses politiques trotskistes de la « révolution trahie ». Il s’appuiera sur des pensées hétérodoxes non pas, dit-il, « en dépit » de ses convictions marxistes mais « à cause » d’elles – de Charles Péguy à Walter Benjamin en passant par Ernst Bloch.

Péguy et l’exigence de vérité. Contre les mythes d’un pseudo-socialisme réalisé ou du « sens de l’histoire » marqué par un progrès fatal, Daniel s’inscrit dans un engagement politique qui analyse avec Trotski la « révolution trahie », combat avec Mandel (contre Bettelheim) un fatalisme des « forces productives » et exige avec Gramsci « d’allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ». Il ajoute à cet univers de pensée un autre compagnon, moins cité : Charles Péguy [6], qui recherche lui aussi les vérités « sans faux-fuyant » : « Pourquoi mettre à l’histoire de faux talons ? […] Soyons socialistes et disons la vérité ». [7] Une vérité «  qu’il faut savoir dire tristement, ajoute Daniel, sans les grands plis et les drapés, et les phrasés trompeurs de l’histoire universelle. […] On n’a pas le droit de dissoudre l’unique et irréductible responsabilité d’homme dans des nappes huileuses du sens de l’histoire ». Contre les notions de déterminisme historique et de progrès linéaire indéfini, Daniel trouve chez Péguy l’ouverture vers « des affinités et des échos, qui traversent le temps, qui font communiquer les époques, renaître les instants perdus, et resplendir les astres éteints » [8].

Remontant le temps, il s’agit alors de revisiter des « communismes » précapitalistes d’inspiration religieuse. Ernst Bloch sera sur ce chemin.

Ernst Bloch et le principe Espérance. L’Utopie concrète d’Ernst Bloch s’inscrit pleinement dans ces ouvertures [9]. Il ne s’agit pas d’un renoncement aux polémiques marxistes évoquées contre le « socialisme utopique » coupé des masses mais d’un enrichissement. « C’est avec raison sans doute que fut désavoué le socialisme “abstraitement utopique”, mais la fécondité de la tendance concrètement utopique a été perdue au passage. » [10]

Ernst Bloch distingue un « courant froid » et un « courant chaud » du marxisme. Le second se tourne volontiers vers une « utopie remaniée du principe Espérance » qui devient, estime Daniel, « une ligne de résistance à l’ordre bureaucratique stalinien et une riposte à “la sous-alimentation de l’imagination socialiste”. » Des liens et alliances peuvent alors se (re)nouer avec des mouvements émancipateurs du passé – notamment d’inspiration religieuse (Péguy reste proche). De la guerre des paysans aux théologies de la libération du XXe siècle en passant par les niveleurs.

Michael Löwy a contribué à faire connaître le marxisme hétérodoxe d’Ernst Bloch [11]. Ce dernier comparait les aspirations les plus « chaudes », humainement, du marxisme, à celles des religions dont se réclamaient les hérésies contre les pouvoirs cléricaux : leur rejet des hiérarchies corrompues et dictatoriales, l’affirmation d’une émancipation individuelle (y compris, comme en témoignent les anabaptistes, l’exigence d’un choix religieux libre et conscient, donc adulte) ; mais aussi le partage collectif des terres… L’utopie du Royaume de Dieu sur Terre peut nourrir des mobilisations de masse et se retourner contre les utopies en miettes, côté bourgeois ou stalinien…

Mais le futur est une catégorie dominante chez Bloch (« le potentiel émancipateur du rêve éveillé »). Daniel reste sensible au risque de retomber dans le « socialisme utopique », au sens abstrait et marginal, accompagnant les désillusions et des renoncements à l’action contre l’ordre existant. En « sentinelle » politique, il se tourne plutôt vers les « bifurcations » de l’histoire qui ouvrent tant de possibles.

Walter Benjamin et le faisceau des peut-être… L’accent est alors mis sur Walter Benjamin, pour qui le présent « commande le faisceau des “peut-être” et fait surgir certains traits occultés du passé ». Ce présent-là scintille comme une étoile dans toutes les directions, exerçant à la fois « un pouvoir résurrecteur sur le passé et un pouvoir prophétique sur l’avenir ». Il « peut toujours redistribuer les cartes et les rôles, modifier le sens du passé en contredisant l’histoire écrite par les vainqueurs. Le dernier mot n’est jamais dit » [12]. Il s’oppose au « présentisme » de l’enlisement.

C’est un tel présent scintillant qui illumine, pour Daniel, les luttes paysannes et indigènes d’aujourd’hui, à la croisée de tant d’enjeux (écologiques, sociaux, internationaux), à partir de cheminements idéologiques qui empruntent à la religion comme au mouvement altermondialiste, insérés dans des temporalités ancestrales autant que modernes. Daniel les relie aux dépossédés du XIXe siècle autant qu’à l’actualité des luttes contre les multinationales prédatrices [13]. S’emparant des « us et coutumes » comme points de résistance à la mondialisation capitaliste, ils retournent les « biens communs » contre les « dépossessions » (soulignées par David Harvey) – notions qui peuvent être élargies aujourd’hui, au-delà de la question, cruciale, de la terre ou de l’eau, aux « productions du savoir socialisé soumis de plus en plus au brevetage ».

Dans un messianisme sécularisé, Daniel exprime l’écoute attentive de la « sentinelle » toujours prête à discerner l’irruption du possible né de nouvelles luttes. « La politique prime désormais l’histoire » puisqu’elle en commande le sens ; nullement prédéterminé par l’origine ou téléguidé par la fin – ni protégé des échecs ou des reculs, qu’il faut pouvoir analyser au regard des buts affichés.

 Le devoir d’inventaire. Stalinisme et bureaucratie

« Le despotisme bureaucratique [est-il] la continuation légitime de la révolution d’Octobre ? » demandait Bensaïd à Badiou [14]. La question se pose pour la « révolution culturelle » chinoise ou la répression de Tienanmen et ce qu’il est advenu du régime de Pékin se disant toujours « communiste ». Quels sont les éléments de continuité et les discontinuités, les ruptures et les fameuses « bifurcations » qui modifient la trajectoire d’une révolution, d’une société, étouffant les forces de rappel et d’émancipation ? Ce débat-là avec Badiou doit être systématisé. Badiou utilise le mot « communisme » comme « concept philosophique donc éternel, de la subjectivité rebelle », dit Daniel qui le cite : il s’agit de « faire durer l’hypothèse communiste en dehors de la logique de prise du pouvoir », selon deux séquences : dans la première, Marx aurait « installé l’hypothèse » du communisme comme mouvement ; la deuxième, « celle du parti révolutionnaire, de la militarisation à la guerre de classe, de l’État socialiste, a sans doute été la séquence d’une représentation victorieuse de l’hypothèse ».

« Cette formulation, commente Daniel, quoique nuancée d’un prudent “sans doute”, implique que la séquence fut bien conforme à l’hypothèse. » « On ne saurait pour autant réduire l’histoire à une succession de séquences de fidélités à un événement fondateur. » « Faute de prendre à bras-le-corps la question du stalinisme, Badiou ajoute une hypothèse à l’hypothèse : celle d’une très hypothétique fidélité à l’irruption initiale du spectre. L’hypothèse communiste est alors tiraillée entre une politique du fait accompli qui affirme la conformité du réel à son concept, et une proposition idéaliste qui met l’Idée à l’abri des vicissitudes historiques. »

Finalement, souligne Daniel, « la critique du stalinisme se réduit chez Badiou à une question de méthode ». « Ce qu’il faut mettre en procès, c’est le choix de s’organiser en parti, ce qu’on peut appeler la forme-parti. »

Les formes d’organisation non partidaires échapperaient-elles davantage au danger bureaucratique ? Le stalinisme n’est-il que le produit d’erreurs ?

L’ennemi n’est pas seulement bourgeois. En réalité, la notion de bureaucratie est absente du monde conceptuel du maoïsme où l’ennemi est « bourgeois » (ou capitaliste). Or, comme le dit Daniel, il existe plusieurs fronts de luttes et de menaces. Il constate : « Nous sommes doublement vaincus par l’ennemi bourgeois de l’extérieur et par l’ennemi bureaucratique de l’intérieur. » [15]

Bien des auteurs, notamment ceux cités par Daniel [16], ont analysé les « corps sociaux » distincts liés aux classes. Il faut certes aussi cerner les phases de basculements sociopolitiques d’une partie des appareils institutionnels selon les rapports de force entre classes. Mais la bureaucratisation du mouvement ouvrier lui-même n’est pas un accident sur une route périphérique du communisme. Daniel s’oppose à «  une idée superficielle » qui « fait croire que le phénomène bureaucratique serait le résultat exclusif de sociétés culturellement arriérées », ou le produit de formes d’organisation spécifiques. « En réalité, plus les sociétés se développent et plus elles produisent de formes bureaucratiques variées : bureaucraties d’État, bureaucraties administratives, bureaucraties du savoir et de l’expertise. »

Or, les organisations de masse non partidaires du mouvement ouvrier et social (syndicats, organisations non gouvernementales diverses, associations de luttes contre des discriminations, etc.) ne sont pas nécessairement plus démocratiques ni moins menacées de bureaucratisme que les partis [17]. Globalement, il faut, insiste Daniel, « penser les moyens de déprofessionnaliser le pouvoir et la politique, de limiter le cumul des mandats électifs, de supprimer les privilèges matériels et moraux, d’assurer la rotation des responsabilités », comme Marx en avait tiré les leçons de l’expérience de la Commune [18] comme forme de rupture avec l’État bourgeois au-dessus de la société et comme Lénine l’avait prôné.

Il ne s’agit pas d’un phénomène exceptionnel il n’y a pas en la matière d’arme ou d’antidote absolue. Il s’agit de mesures de vigilance et de limitation des tendances bureaucratiques ». « Les véritables solutions dépendent à long terme d’une transformation radicale de la division du travail et d’une réduction drastique du temps de travail contraint. » On peut mobiliser au service de cette cause égalitaire, donc profondément « communiste », d’importants outils de pensée venant de divers courants de pensée critique – de l’économie, de la sociologie, de l’écologie, des études de genre, des études postcoloniales.

 Maîtriser et enrichir la tension entre les deux approches du communisme

On peut estimer, avec Daniel, que l’approche du communisme par ses « invariants » atemporels donne au concept une force et une extension éthiques qu’il faut garder, à la condition de ne pas renoncer, ce faisant, à l’analyse historique. Mais qui juge et comment ?

La voix des sans… Contre un pseudo-universalisme abstrait, il est essentiel de revisiter l’histoire à la lumière des « oublié.e.s » de l’histoire dominante, pour chaque contexte et période. À ce sujet, Daniel, comme Michael Löwy, a souligné l’apport de Walter Benjamin, tourné vers la voix des « sans » – les sans-voix, opprimé.e.s et vaincu.e.s donc oublié.e.s : femmes, esclaves, colonisés, populations des quartiers populaires, êtres humains à multiples facettes et oppressions croisées [19]. L’appropriation plurielle de l’histoire fait partie de la conquête d’« hégémonie », de luttes démocratiques pour l’appropriation du sens du passé/présent par les opprimé.e.s. Il s’agit de résister à toutes les tentatives de légalisation d’une « histoire officielle » faite par et pour les dominants, sous tous les cieux [20].

Les offensives idéologiques réactionnaires ont été multiformes à l’échelle mondiale : de l’assimilation du communisme au goulag à l’interprétation des basculements de 1989-1991 à des « révolutions » procapitalistes et à la « fin de l’histoire » ; des tentatives de valorisation (en France) du passé colonial [21] à la criminalisation des résistances antifascistes et anti-impérialistes passées ; de l’occultation du colonialisme sioniste aux nouvelles « guerres civilisatrices » légitimées par un droit international à géométrie variable… tout est bon pour ces entreprises réactionnaires disposant de la force des institutions dominantes. La « vigilance contre l’instrumentalisation de l’histoire » par les pouvoirs publics doit s’étendre [22]. Le devoir d’inventaire passe par le croisement des regards et l’incorporation au patrimoine commun de toutes les « protestations sociales » contre les injustices.

Seuls des bilans pluralistes donc démocratiques sont des moyens adéquats aux fins communistes. Il faut tordre le cou à toute prétention d’un parti, d’un État, d’un courant idéologique, ou d’experts, à être juge suprême. Ce qui ne veut pas dire que la démocratie communiste n’a pas besoin de partis, d’institutions, d’experts et de contre-experts. La liberté d’organisation et d’expression des oppositions qui respectent les règles communes, mais aussi les moyens institutionnels d’aide au jugement sur les enjeux, sont essentiels [23].

 En conclusion : une reformulation ouvrant bien des chantiers

Rosa Luxemburg a vu juste en soulignant la perte que les bolcheviques se sont infligé à eux-mêmes en limitant la démocratie – facilitant ce faisant la stalinisation. Mais le « court siècle soviétique » ne s’est pas cantonné à l’URSS de Staline. Il manque au débat de Daniel avec Badiou la pleine insertion des conseils ouvriers de Hongrie et de Pologne (1956), du Printemps et de l’automne de Prague et des mouvements autogestionnaires yougoslaves (1968), des grandes grèves et des revendications autogestionnaires de Solidarnosc en Pologne (1980)… autant de réalités « communistes » réprimées par les partis en place.

Avec Daniel, remontons le temps. Revisitons l’histoire en y incorporant toutes les luttes des vaincus et assumons alors pleinement les deux dimensions de sa démarche dans une reformulation ici soulignée : « La tentation de se soustraire à un inventaire historique critique conduirait à réduire l’idée communiste à des “invariants” atemporels, à en faire un synonyme des idées indéterminées de justice ou d’émancipation… au lieu de s’imposer l’exigence d’une analyse historique et politique des formes qu’ont pris ces invariants avant et depuis l’époque du capitalisme, sous divers cieux donc contextes. »

Il ne s’agit pas seulement de cerner « la forme spécifique de l’émancipation à l’époque du capitalisme ». Car toutes les sociétés (passées et à venir) peuvent être soumises à ce jugement critique sous le feu des soulèvements contre les inégalités et les oppressions, quelles que soient les légitimations dont elles se revendiquent. Nul besoin d’être d’accord sur les concepts pour s’entendre sur une telle démarche [24].

On dispose alors de critères pour « le devoir d’inventaire » de façon non sectaire, non normative, non dogmatique (quant aux moyens…) mais en fidélité aux finalités égalitaires et émancipatrices.

«  La véritable épreuve […] [est] dans la capacité à rester “avant le seuil”. Dans une inconfortable transition permanente. […]. Sans certitude finale. Avant le seuil, dans l’inquiétude obligée du passage [26]. » [25]

Catherine Samary

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