Sahara occidental: Cinq questions sur le Sahara

par Raymond Benhaim
(15 février 2013)

 Au Maroc, parce que c’est du Maroc, que l’évolution du Sahara occidental va dépendre en grande partie. Au delà de l’unanimité nationale marocaine, connaître des mécanismes d’élaboration et de prise de décision sur ce dossier est fort utile. Aujourd’hui, et c’est nouveau, le traitement du dossier du Sahara occidental ne fait plus partie des prérogatives exclusives de Mohamed VI. Les députés de la Chambre des représentants entendent s’approprier le dossier. C’est nouveau. Dans la situation nouvelle ainsi créée, quelles sont les questions qui, de mon point de vue, résument la situation actuelle du Sahara.
Elles ont au nombre de cinq :
– Pourquoi toujours l’impasse après quarante années de lutte du peuple sahraoui ?
– Quelles sont les conséquences du changement d’échelle de la question du Sahara ?
– La transformation de la société sahraouie modifie-t-elle la nature de sa lutte ?
– Pourquoi le rendez vous manqué des marocains et des sahraouis dans le combat commun national et démocratique ?
– Quel scénario de la sortie de l’impasse ?
1. Pourquoi toujours l’impasse après quarante années de lutte ?
Répondre à cette question est l’objet de ce texte [1]. Alors local, le Sahara occidental occupe désormais une place nouvelle au sein des enjeux internationaux de l’heure, en partie du fait qu’elle semble sur le point d’échapper aux pouvoirs établis de la région maghrébine et sahélienne. La question du Sahara est destinée à se retrouver au coeur d’un ensemble régional dont les Etats sahéliens sont en état d’extrême insécurité. Elle prend aujourd’hui une dimension internationale insoupçonnée [2]. Elle cumule un triple enjeu maghrébin, sahélien et méditerranéen Jusqu’alors, elle était considérée comme l’obstacle à la construction du Maghreb dont le blocage pèse lourd dans la vie des peuples maghrébins, poids aggravé par la crise structurelle importée du néolibéralisme. Avec la fragilisation des Etats africains du Sahel, c’est aujourd’hui la source potentielle d’élargissement politique et militaire de l’AQMI dans la région sahélienne et maghrébine. [3]. La communauté internationale, par le récent rapport des Nations Unies sur la situation au Sahara pour la reconduction de la mission de la Minurso jusqu’en 2013, condamne le Maroc pour la répression des militants sahraouis [4]. La situation est d’autant plus grave pour les droits de l’homme depuis quelques années dans cette région que les négociations entre le Polisario et les autorités marocaines sont bloquées. L’impasse est totale. L’impasse ainsi maintenue rend encore plus explosive la situation dans la région. D’où la nécessité de revenir au passé, pour éclaircir les données. Il faut se souvenir pour savoir comment nous en sommes arrivés là.
Nous sommes à prés de quarante années de lutte du peuple sahraoui. Donc suffisamment de temps pour en dégager les phases et leur signification. Quarante années, ce sont deux générations vivant dans les camps, dans l’attente, dans les déceptions, les louvoiements à Tindouf compte tenu des promesses de la direction du Polisario, dans les luttes de deux générations au Sahara dans une confrontation en face à face avec les autorités et les répressions des policiers et les militaires marocains. Nous allons, pour mieux comprendre et mesurer l’impasse, identifier les phases et les erreurs qui, d’après moi, ont marqué la conduite de la lutte du peuple sahraoui. Nous distinguons quatre phases :
La première, très meurtrière, celle de la guerre Etat contre Etat, où le Maroc contre l’Algérie, [5] passent à un niveau supérieur d’antagonisme armé, ce furent les divisions blindées de l’armée marocaine contre celles de l’armée algérienne. [6]
La seconde, celle de la lutte armée des colonnes du Front Polisario. Cette phase a connu sa limite avec la construction du mur du Sahara par l’armée marocaine qui a conduit au cessez le feu. C’est le moment de l’intervention des Nations Unies (MINURSO)
La troisième, celle de la lutte diplomatique menée avec le soutien de l’Algérie pour isoler l’Etat marocain au sein des instances africaines et internationales. Cette phase a connu sa limite avec un nombre grandissant des Etats africains et sud américains à rejoindre la position du Maroc sur la question du Sahara et l’appel des pays africains au Maroc pour rejoindre l’Union Africaine. C’est le moment de l’accord du Maroc pour organiser un référendum. Ce fut un échec issu des manœuvres des autorités marocaines
Jusque là ce fut une question d’Etat à Etat. C’est le Maroc mobilisant à l’occasion les partis et l’opinion marocaine, c’est l’Etat algérien qui soutient à bout de bras la RASD et sa lutte désormais restreinte à la sphère diplomatique.
2. Aujourd’hui, le changement d’échelle transforme radicalement la question du Sahara
La quatrième phase est celle que nous vivons depuis une quinzaine d’années, marquée par un basculement majeur puisqu’elle échappe en partie au jeu des deux Etats, marocain et algérien. La phase actuelle est marquée par trois phénomènes nouveaux de longue durée qui transforment radicalement le combat des sahraouis pour leur indépendance. Le premier phénomène est l’amorce d’un dialogue politique difficile entre sahraouis et marocains de la société civile [7], dans l’atmosphère politique de l’étape nouvelle de la lutte démocratique au Maroc après le Mouvement du 20 Février et du printemps arabe. Le second phénomène est le fait que c’est à l’intérieur que se développent les luttes des sahraouis par une forte accentuation et une diversification des confrontations et mettent en de graves difficultés les autorités marocaines et les forces de répression [8]. Le troisième est la nouvelle situation crée au Sahel au pourtour des pays sahéliens et de la Mauritanie par les djihadistes et le MNLA du Mali. Cette phase définie par ces trois phénomènes définissent un basculement parce que les peuples eux mêmes commencent à se parler et débattre directement [9]. Elle tourne le dos à la ligne adoptée par la RASD, celle d’une confrontation d’Etat à Etat sur le plan militaire hier, et diplomatique, aujourd’hui. Cette phase est marquée surtout par un renouvellement générationnel, une génération de sahraouis, qui assument les situations qu’ils vivent et luttent, à l’intérieur, contre les formes de répression et de corruption des autorités marocaines auprès des clans sahraouis. C’est cette génération là qui a contraint les autorités marocaines à la proposition de l’autonomie et au statut spécial du Sahara [10].
Pourquoi les autorités marocaines ne proposent elles pas à la discussion, ne posent t elle pas au débat au sein de la population sahraouie le projet d’autonomie du Sahara ? C’est une vraie question. Pensent elles avoir plus d’atouts pour faire adopter ce plan en le négociant exclusivement avec les dirigeants du Polisario plutôt qu’avec aussi les sahraouis ? Pourtant les expériences sont chaque jour multiples des débats nationaux au Maroc qui vont des politiques publiques soumises aux amendements auprès des acteurs des secteurs, de l’aménagement du territoire aux filières industrielles et à celle de l’habitat, tout est devenue affaire de débats depuis prés de dix ans au Maroc, et ce, avec beaucoup de résultats positifs à la clé. Alors pourquoi pas la question du Sahara ? Alors qu’il s’agit d’associer les populations de cette région à la définition de leur statut ? Ni les notables des clans, ni les associations, ni les partis et syndicats présents ne savent quel est le contenu de ce statut en discussion. Le temps presse et il est sûr que les manœuvres américaines imposeront aux autorités marocaines une initiative en ce sens.
En effet, la nouvelle situation régionale qui bouleverse les données du conflit, mérite un développement. La forte attractivité des groupes islamistes, toutes obédiences confondues, Ansar-Eddine, Mujao [11], Aqmi d’une part et du MNLA [12] d’autre part, procède de leur potentiel de puissance militaire et de leurs gisements de trésorerie. Un jeune démuni équipé d’une kalachnikov et d’un pécule régulier a un accès aux femmes assuré et se sent le maître du monde. Le MNLA et les groupes islamistes sont liés par des liens familiaux et claniques et ne sont nullement étanches. Les sources de financement sont loin d’être anecdotiques. Ils représentent les trafics qu’ils contrôlent : otages, armes, drogue, et immigration [13]. Mais le plus important est qu’ils disposent d’un allié fort discret et puissant, le Qatar, dont il tire les appuis financiers et militaires substantiels. Le gouvernement algérien ne sait comment traiter cette nouvelle donne, elle hypothèque sérieusement son influence qui résidait, elle aussi, en remises d’argent liquide, en armes et contrôle social de clientèle. Le Qatar, très soucieux de son activité diplomatique très dynamique avec les pays européens et le Maghreb, prend ainsi le risque de se brouiller avec l’Algérie, la France et le Maroc. Le Qatar prend ce risque parce que l’enjeu pour lui est de taille [14]. Il a comme objectif le contrôle des potentiels de gaz de la région sahélienne au sujet desquels il a commencé de discrètes négociations avec le groupe Total [15]. Quand on passe de l’économie à d’autres facteurs, les problèmes sont encore pires. Les États-Unis, avec ou sans l’OTAN, sont impliqués dans une série de guerres au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dans ce que l’on perçoit comme une tentative de « stabiliser » l’accès à des ressources stratégiques et de sécuriser des régions géopolitiques clés pour le capitalisme. En Libye, la question est non seulement le pétrole, mais aussi la plus grande nappe phréatique souterraine du monde, que la Libye a commencé à exploiter dans le Sud-Est du pays, dans le cadre de ce qui est peut-être le plus grand projet d’irrigation du monde. La façon dont cette nappe est utilisée sera d’une importance capitale dans le futur de l’Afrique. Elle tombera maintenant sous le contrôle de compagnies privées françaises. Nous sommes dans une période de guerres impériales croissantes visant des ressources stratégiques et les bases géopolitiques du pouvoir économique. Ici, les questions économiques et écologiques se rejoignent
La forte attractivité des groupes « islamistes » sera de plus en plus grande de par la prudence attentiste des algériens qui refusent d’engager leur armée dans une aventure. Après la guerre civile de la décennie noire en Algérie, le souci des autorités algériennes est de maintenir le plus loin possible des centres algériens, les remous du Sahel, et, de s’en délester auprès des Etats sahéliens. Les algériens sont convaincus que le contrôle de la zone ou du moins les dégâts à minima seront garantis en jouant des contradictions internes entre le MNLA et les groupes islamistes. [16] La situation échappe aussi aux services français. Ils n’ont plus la même prégnance sur les réseaux et les clans des pouvoirs dans les pays du Sahel. Les anglais [17] et les américains [18] l’ont bien compris, et n’entendent pas sous estimer les dangers progressifs et glissants des groupes islamistes dans la région. L’attractivité de la nouvelle situation dans la zone pour la jeunesse sahraouie de Tindouf ne fait aucun doute. L’épisode de l’enlèvement de deux espagnols travaillant au sein d’ONG dans les camps sahraouis est troublant. Aurait il été possible sans la complicité des sahraouis à l’intérieur du camp, sur les allées et venues des espagnols. La question est simplement de prévoir quand Tindouf sera le nouveau vivier pour les groupes « islamistes » du Sahel. Que peuvent le contrôle de la Sécurité Militaire algérienne et celui du Polisario pour la jeunesse sahraouie, qui voit depuis quarante ans, une vie close dans les camps sans aucune perspective, et refuse de subir les échecs répétés de ses aînés. Comment donc, pourrait elle résister à l’attractivité, à ses portes, des groupes islamistes du Sahel qui roulent carrosse et prônent une idéologie intégrative dépassant les clivages de clans d’appartenance tribale et familiale ?
Une course contre la montre s’est engagée aussi bien pour les autorités marocaines que pour le Polisario et le gouvernement algérien. En cela, la question du Sahara est devenue un enjeu régional et africain crucial dépassant le Maghreb. Les autorités militaires occidentales font état du risque d’un « Afghanistan africain » aux portes de l’Europe. [19]. C’est une nouvelle donne qui modifie totalement les atouts des sahraouis à défendre leur point de vue indépendantiste par la constitution d’un Etat Sahraoui indépendant.
3. Comment la transformation de la société sahraouie, au cours des quarante dernières années, modifie la nature de sa lutte
D’un combat nationale pour un Etat indépendant, la lutte des saharouas s’enrichit des luttes sociales et la rapproche ainsi des confrontations pour la démocratie du peuple marocain Au Sahara, depuis quarante ans, le Maroc a conduit une politique d’urbanisation et de sédentarisation par une injection [20] pou la durée de deux générations de sahraouas, de plusieurs dizaines de milliards de dirhams qui ont fait basculer brutalement, la société sahraouie d’un stade d’économie pastorale nomade à une économie de rente de situation. Ces changements approfondissent et portent à une forte visibilité les conflits sociaux internes portés par la rente des licences octroyées par l’administration marocaine pour la pêche et le transport, par les subventions et les aides du budget marocain, et par les multiples circuits de contrebande, en particulier, celle des cigarettes [21].
Aussi, aujourd’hui nous relevons l’épuisement de la politique clanique de division et de privilèges menée à grand frais par les autorités marocaines auprès des grandes familles et des principaux clans de la société sahraouie [22]. Elle pèse de plus en plus lourd pour le budget du pays, sans la contrepartie politique de la paix à l’intérieur du Sahara qu’ils sont censés assurer. Epuisement du fait de son coût et surtout de son caractère contre productif sur le plan politique. En effet, les clans et les anciennes générations, repues par les prébendes sources régulières de cash [23], n’ont pas assuré la redistribution de leurs privilèges comme il sied dans les sociétés traditionnelles, et ce, tout au long de deux générations, redistributions qui seules sont en mesure d’acheter la paix politique et sociale au sein de la société sahraouie. On conçoit aisément l’ampleur prise par les luttes sociales au sein de la société sahraouie et de la dénonciation par la majorité des sahraouas dans des chefs des grandes familles, une lutte sociale devenue âpre au cours de la dernière décennie, qui a pris le pas sur la lutte nationale, en même temps que les sahraouas, dénoncent simultanément le pouvoir marocain et les grandes familles de privilégiés. Nous sommes à la phase fort intéressante et cruciale pour le devenir de la lutte sahraouie, de son succès ou de son échec historique, où se croisent les luttes sociales et les luttes politiques. Aucun leader, aucune organisation politique, aucune association de la société saharouie n’assure, aujourd’hui, la conjonction des luttes sociales et des luttes politiques, le Polisario, encore moins que tout autre. [24] Ces grandes familles, qui se redistribuent entre elles les privilèges et les lignes budgétaires de Rabat, se retrouvent minorées et isolées. A l’avènement de Mohamed VI, en 1999, le pouvoir a hésité un moment, avant de manquer d’audace en refusant aux jeunes sahraouis l’accès à la médiation politique. Il a préféré maintenir les caciques des grandes familles qui se partagent les prébendes et privilèges au détriment des jeunes générations sahraouies. [25] Autant que l’appartenance aux grandes familles claniques, la frontière des luttes sociales passe entre les générations puisque les jeunes des grandes familles eux mêmes se sentent exclues de la distribution de la rente et des privilèges, ils n’en bénéficient qu’à la marge. Les privilèges deviennent fondamentaux et constitutifs de la société où la production familiale a disparu, et que le travail salarié n’a pu remplacer. C’est l’accès à des prix préférentiels aux denrées alimentaires et aux bouteilles de gaz, aux postes de fonctionnaires, aux licences de pêche, aux autorisations industrielles pour stocker ou conditionner les produits de la pêche, à l’intermédiation pour les marchés publics. La politique de l’octroi de privilèges [26] pour maintenir le contrôle social par la division du corps social et la subordination des élites traditionnelles au pouvoir de Rabat, crée des tensions de plus en plus fortes. Elles rendent conflictuelles et politiquement de plus en plus difficile, la satisfaction des demandes sahraouies. C’est l’une des conclusions majeures à tirer très clairement du combat très important que fut l’épisode du camp d’Izdig. Elle s’avère aujourd’hui coûteuse pour les autorités marocaines. Les privilèges aux directions claniques, tels que leur participation au commerce illégal de contrebande [27], leur alliance d’affaires avec des militaires, ne suffisent plus au contrôle social interne de la société sahraouie. Les directions claniques sont déconsidérées politiquement. Elles ont montré leur impuissance à faire taire les demandes légitimes de la jeunesse et des familles pauvres de la population sahraouie. Des revendications sociales autour du logement et de l’emploi, marquent depuis une décennie, les revendications des jeunes générations auxquelles les autorités ne peuvent répondre de par la crise de liquidités que connaît le Maroc [28].
Aujourd’hui, une lutte multiforme se déroule, que mène la population sahraouie, qui embrasse l’ensemble des aspects de la vie des populations et des jeunes. Voilà plus d’une décennie que l’on assiste à la prise de conscience que la lutte doit se dérouler à partir des territoires sahraouis. Au même moment se déroule le passage à la lutte sociale des jeunes sahraouis pour de meilleures conditions de vie et de dignité (emploi, logement, santé, transport). C’est la volonté des jeunes sahraouis de participer au débat difficile pour mieux faire comprendre leur lutte aux militants marocains, et pour ces derniers, pour mieux inscrire la solidarité avec la lutte des marocains [29]. Les sahraouis ont expérimenté les différentes formes de lutte, combats armés classiques aux côtés de l’armée algérienne contre l’armée marocaine, combats de harcèlement par les colonnes des jeeps montées de mitrailleuses et de petits canons du Polisario contre l’armée marocaine [30], lutte diplomatique d’isolement du Maroc, négociations dans le cadre des Nations Unies. Les luttes sociales et politiques menées par les jeunes et la population dans les territoires occupés ont été menées sans que l’on ait le sentiment que le Polisario arrive à récupérer ces luttes. Pourtant, les négociations actuelles menées par le Maroc constituent une reconnaissance de facto du Polisario. Pour comprendre ce paradoxe, il faut se rappeler que les autorités marocaines ont conduit avec un grand pragmatisme leur action au Sahara. D’une part, elles mènent une politique d’infrastructures, d’urbanisation et de sédentarisation et de subventions qui injectent des fonds considérables permettant à une petite direction clanique de quelques familles de s’enrichir considérablement mais comptant sur elles pour le contrôle social des sahraouis. D’autre part, avec les instances internationales, elles mènent une politique d’atermoiements qui prolongent indéfiniment les termes et les calendriers des négociations. Ce fut le cas du référendum en 1995 et c’est le cas en 2010 de la proposition de l’autonomie et du statut spécial.
La limite d’une telle politique en passe d’être atteinte, le sentiment domine que les négociations actuelles ne mèneront à rien. Alors, maintenant, on va où comme ça ? Pour savoir où on va, interrogeons, sans complaisance aucune, le passé de nos luttes pour y répondre.
4. Le rendez vous manqué de la conjonction de la lutte du peuple marocain et du peuple sahraoui
Deux questions se posent qui expliquent l’impasse où se trouve aujourd’hui logée la lutte du peuple sahraoui 1. Pourquoi avoir accepté d’être sous la dépendance de la stratégie et de la diplomatie algériennes ? L’Algérie soutenait et financé encore en 1973 le mouvement sahraoui du Morehob, installé à Madrid, mais s’est porté immédiatement au secours des populations sahraouies ayant fui l’approche de la marche verte. Sans direction politique véritable, les sahraouis ont commis alors une faute historique au sujet de laquelle les Palestiniens n’ont cessé de mettre en garde, celle de quitter ses maisons, ses quartiers et ses tentes. Certes, dans la précipitation dramatique de l’exode, l’on peut comprendre la situation confuse de la direction des sahraouis. Mais cela ne justifie pas de se mettre à la merci d’un Etat et de tourner le dos aux organisations progressistes et démocratiques marocaines, pour, éventuellement, envisager ensemble une lutte commune. Certes l’état d’esprit qui régnait alors au sein des organisations elles-mêmes était dominé par la lutte contre la répression que le pouvoir menait contre elle depuis une décennie 2. Pourquoi avoir cédé à la pression algérienne en créant la RASD, quatre ans à peine après la naissance du Polisario, alors que l’OLP allait attendre plusieurs décennies avant de proclamer la création de l’Etat palestinien. Là gît l’erreur : l’acte de naissance de l’erreur stratégique du mouvement sahraoui, est dans la proclamation de la RASD. Incompréhensible auprès du premier concerné et du seul allié potentiels stratégique majeur de la lutte de sahraouis, le peuple marocain. Il est évident qu’en proclamant la création d’un Etat, les sahraouis se sont coupés de la possibilité de toute solidarité avec le peuple marocain. Le peuple marocain ne pouvait accepter d’être mis devant le fait accompli de la création d’un Etat alors qu’aucun débat, qu’aucune lutte commune ne furent entreprises, alors que les organisations progressistes marocaines étaient en lutte ouverte pour un régime démocratique contre le régime de Hassan II, et qu’elles en avaient une profonde expérience de cette lutte. Il est étrange que les sahraouis au lieu de se tourner vers les progressistes marocains préfèrent prendre appui sur l’Algérie [31]. C’est une question cruciale pour comprendre la situation d’isolement des sahraouis par rapport au peuple marocain. De fait, les sahraouis portaient un jugement erroné sur le peuple marocain en le taxant de chauvin. La création de l’Etat sahraoui et l’alliance avec l’Etat algérien ont conforté et ont alors, fait flamber le nationalisme marocain. Et non l’inverse. De fait, les sahraouis ont négligé la lutte menée par les progressistes marocains avec lesquels ils ont négligé de porter le débat. La lutte des sahraouis n’aurait-elle pas été bien différente et plus efficace parce que, porteuse d’avenir crédible, s’ils avaient considérés cette solidarité vitale pour leur victoire ? Pour bien comprendre, l’importance de ce fait, on peut se reporter aux assemblées générales en milieu ouvrier et étudiant dans les pays européens de l’émigration marocaine, France, Belgique, Espagne, Pays Bas [32]. Dans tous les pays européens, les progressistes marocains, dans toutes les assemblées syndicales ouvrières et étudiantes, les progressistes ont réussi à convaincre les militants de la justesse des lutte du peuple sahraoui, jusqu’au moment de la création de la RASD. La promulgation de la RASD a stoppé les tentatives de relier la lutte du peuple sahraoui à celle du peuple marocain [33]. En créant un Etat séparé les sahraouis se déclarent en dehors de la lutte du peuple marocain, et considère leur combat contre le régime de Hassan II indépendant de la lutte pour la démocratie que mène le peuple marocain. La lutte nationale est considérée par les sahraouis comme étant indépendante de la lutte démocratique et sociale du peuple marocain. Cette erreur funeste tire son origine de l’inexpérience et de l’ignorance qu’avaient les jeunes générations sahraouies [34]
La série est longue des rendez vous manqués et des malentendus entre les forces démocratiques marocaines et les sahraouis Les sahraouis faisait partie intégrante de l’Armée de Libération du Sud qui menait la lutte armée contre les occupants français pendant l’occupation et contre les espagnole dans le sud et la zone d’Ifni et au Sahara au lendemain de l’indépendance.
Dés les années 60 et 70, les militants sahraouis étaient membres des organisations politiques progressistes marocaines. Les militants sahraouis demandaient l’intervention des organisations démocratiques pour la libération du Sahara. En butte contre la répression permanente du régime de Hassan II depuis le début des années 60, elles ont considéré la lutte des sahraouis contre les espagnols dans la prolongation de celle menée alors par l’Armée de libération du sud, et donc liée à celle du peuple marocain. La libération du Sahara devait attendre l’avènement de la démocratie au Maroc
Ainsi, l’impasse actuelle est la suite fatale d’une double erreur stratégique, celle des directions des organisations marocaines qui subordonnaient la libération du Sahara à la démocratie au Maroc, et celle de la direction du Polisario dans sa politique d’alliance : au lieu de se lier avec le peuple marocain contre le régime anti démocratique de Hassan II, il choisit l’alliance avec l’Etat algérien contre l’ensemble du peuple marocain. L’impasse du peuple sahraoui est la rançon de cette double erreur [35].
On serait fort tenté de se dire que ces questions sont tardives et donc inopérantes. Le passé est le passé, chacun a choisi son camp et les dés sont jetés. C’est une erreur. Nous sommes dans une impasse. Nous sommes dans une situation où les sahraouis ne peuvent plus se limiter à compter sur l’Algérie, et sur l’efficience des pressions internationales. La limitation eu Polisario à cette double action a été illusoire.
L’Algérie dominée par les luttes de clans internes pour la succession, hantée par le souci d’échapper aux printemps arabes, ne peut plus jouer le rôle moteur de soutien à la lutte du peuple sahraoui, comme dans les années 70 à 90. Elle demeure le centre de coordination militaire inter étatique pour la stabilité de la région. Les Etats Unis ont une coordination militaire avec l’état major algérien pour la veille militaire de toute la région. L’Algérie contrairement à ce qui peut être superficiellement perçu occupe la place privilégiée d’allié majeur des Etats Unis dans la région. On comprend mieux la hâte de Mohamed VI à rencontrer, au plus vite, le nouveau président français pour contrebalancer l’appui des Etats Unis à l’Algérie, soucieux d’avoir les meilleures relations avec la France, compte tenu de son poids présumé dans la situation crée par les courants islamistes au Sahel. Les autorités marocaines échaudées par la vigueur des luttes des sahraouis entendent maintenir une pression policière. Le Maroc tarde à réintégrer l’Union Africaine comme cela lui a été à plusieurs reprises demandé lors des conférences africaines, et aggrave sa position par une politique de la chaise vide. La nouvelle situation au Sahel et en Mauritanie fait craindre ouvertement que les jeunes sahraouis de Tindouf ne rejoignent l’AQMI. Aussi, les deux Etats, marocain et algérien, sont d’accord pour ne pas envenimer la situation tout en veillant à l’équilibre des armements [36].
Ni le Polisario ni les autorités marocaines ne sont suffisamment libres de leurs options pour conclure positivement par un compromis valable pour les deux parties. Les autorités marocaines joue des contradictions inévitables entre sahraouis de l’intérieur et ceux de Tindouf, considèrent que les sahraouis de Tindouf ne sont pas intégrables, leur arrivée provoquerait selon eux, une guerre au sein des sahraouis, les sahraouis de l’intérieur auraient ainsi à craindre le retour des réfugiés par peur de perdre leurs acquis. De son côté, le Polisario n’arrive pas à convaincre de son implantation à l’intérieur des territoires sahraouis et considère que l’indépendance est la seule issue possible et donc, les négociations doivent porter sur le passage de l’autonomie à l’indépendance. Ainsi, l’impasse est complète.
Compte tenu de l’enlisement de longue durée qui semblerait, à première vue, convenir aux parties concernées – Etat marocain et direction du Polisario – puisqu’ils s’y sont installées depuis quarante ans, comment les sahraouis comptent ils aujourd’hui faire avancer leur revendications politiques ? Quelles sont les conditions pour améliorer et accroitre les atouts des sahraouis afin qu’une vision du Sahara émerge comme fiable et porteuse de perspectives convaincantes ?
5. Quel serait le scénario pour quitter l’impasse
Il y a un bon et un mauvais scénario. Le premier est résumé en sept points, le second mérite une phrase. Quelles seraient alors les conditions viables pour conduire au scénario ci dessus susceptible de quitter l’impasse où les autorités marocaines et le Polisario se sont enferrés au détriment du peuple sahraoui. Il s’agit d’un double processus doté d’un plan en sept points. Un processus interne aux deux peuples, marocain et sahraoui, et un processus externe des Etats Unis et de la France intervenant fortement auprès des gouvernants algérien set marocains, poussés par la situation explosive de l’espace sahélien.
1) Renforcer considérablement les débats entre les organisations sahraouies et les organisations marocaines. Il s’effectuerait à deux niveaux [37].
Il s’agit, conformément à la Constitution marocaine, de la prise en charge par le Parlement, du dossier sahraoui, de lui ôter son opacité et mettre en débat les termes de la question et de ses solutions. Il ne s’agit plus du domaine réservé de Mohamed VI, mais également du domaine de la souveraineté, et que les élus se doivent d’apprécier et de débattre. Depuis 40 ans, les marocain font tous semblant que la question est close, alors qu’elle reste ouverte pour les sahraouis et aux yeux de la communauté internationale. Le Maroc proclame que le Sahara n’est pas négociable, et pourtant, il négocie. Le second niveau de débat politique est le lus important. Il s’agit, de multiplier les espaces publics de débat pour permettre au sein de la société civile un débat en son sein et avec les organisations sahraouies. Le Forum Social Maghreb Machrek [38] et le Forum Social Mondial ont déjà beaucoup avancé dans cette voie. L’objectif de ce premier point est de faire prendre de faire prendre conscience aux différentes composantes du peuple marocain, par le débat direct avec les sahraouis, de leur volonté politique d’accès à leur auto détermination.
2) Poser au débat auprès des premiers concernés, les sahraouis, le statut d’autonomie et le transformer alors en indépendance. Le poser à l’amendement, aux modifications. Que les officiels marocains et que les associations et partis marocains convaincus de ce statut, organisent avec les sahraouis, association et organisations sahraouies, la discussion sur ce statut d’autonomie. Ainsi la voix du Polisario sera au cœur du débat à l’intérieur du Sahara et non dans l’enceinte fermée des négociations dans la banlieue de Washington avec les autorités marocaines.
3) Comment ce débat sera porté au sein même de la population sahraouie de Tindouf, sous quelle forme selon quelle modalité. Ce point là ne pourrait être accepté d’être abordé que parce que les sahraouis de l’intérieur auraient participé et entrepris le processus de débats et de confrontation. Avec le Polisario cette question sera tranchée pour que le débat ait lieu avec les associations et les partis marocains qui seront représentés à Tindouf ou sans l’autorisation du Polisario et des algériens,
4) Enfin, la question principale sera débattue par les sahraouis eux mêmes : comment accueillir et intégrer les sahraouis de Tindouf à l’intérieur du Sahara ? Selon quelles règles ? De ce processus, d’une part, les marocains du nord au sud, auraient participé à un débat sur cette question et de fait engagés sur les options et les issues, d’autre part, la démonstration est faite
5) Et si la stratégie de rechange des sahraouis consistait à un virage de leur politique pour mener une alliance stratégique avec les organisations démocratiques marocaines ? Ils apprendraient à se connaître pour définir le format de leurs objectifs. Les sahraouis comprendraient alors que les organisations marocaines ne se réduisent pas à une assemblée de courtisans, qu’il est souvent productif et efficace sur le plan de la lutte politique, car c’est le fondement de la démocratie, de convaincre ceux qui ont d’autres convictions. Les marocains apprendraient à considérer les sahraouis comme des gens doués d’une autonomie de pensée politique et non des pantins de l’Etat algérien. Chacun pourra se délester des présupposés sur l’autre pour élaborer le périmètre commun de leurs intérêts et leurs objectifs. Ce processus est une condition pour aller plus loin. Ce scénario n’est pas une vue de l’esprit, car pourquoi les sahraouis éprouveraient ils soudain le besoin de parler avec les marocains, par dessus les autorités publiques ? Qu’est ce qui rendrait un tel scénario plausible ?
6) D’abord, on peut supposer que les négociations entre le Maroc et le Polisario avancent sous l’impulsion des Etats Unis pour aboutir, à ce qui pourrait fort ressembler à un statut d’autonomie avancée, bien plus large que ne laisserait supposé le rapport de forces établi, et ouvert par la garantie d’un accord précis sur les régions maghrébines dans le cadre d’une renégociation pour la construction du Maghreb. [39]. Le fait est établi que les Etats Unis et la France, souhaiteraient se défaire du nœud gordien du Sahara-Sahel, en poussant simultanément à la construction des premiers éléments constitutifs du Maghreb [40]. Les djihadistes du Mali, n’auraient jamais supposés un tel « coup de billard » de leur présence, qui enclencherait ainsi la construction du Maghreb par la levée de l’hypothèque sahraouie.
7) Les négociations entre le Maroc et l’Algérie sont inévitables. La crise de longue durée de l’Europe et du monde occidental en général rend orphelines les élites des deux pays. De puissante forces économique set sociales militent pour une couverture économique entre les deux espaces maghrébins, parce que leur salut par l’Afrique est un peu comme le miroir des alouettes parce qu’elles ne sont pas outillées pour de tels marchés incertains par nature. La crise profonde en Europe, les incertitudes des marchés africains, remettent à jour l’actualité et la pertinence économiques des marchés maghrébins pour les chefs d’entreprise des économies de la région. Il en est de même des grands projets structurants et ceux du partenariat industriel [41], qui aujourd’hui, sont laissés aux bons soins des firmes [42]
L’enjeu régional risque sous peu, de dépasser la question de l’indépendance du Sahara et de lui fournir un nouvel aliment ou une déviance pour la lutte des sahraouis. Et si nous étions au bord de la désespérance chez les jeunes sahraouis tentés de chercher ailleurs leur avenir, dans le Sahel, avec les algériens de l’AQMI ? Là c’est un autre scénario possible, peut être le plus probable, celui de la légèreté et de la paresse des gouvernants
Le Sahara illustre que la question de l’autodétermination des peuples dépend de ce que dit le peuple lui même de sa volonté d’autodétermination. Chaque lutte pour l’autodétermination est particulière et spécifique. Aucune ne peut se résumer à celle d’un autre peuple. Celle des sahraouis a comme spécificité majeure d’être d’abord dépendante de l’alliance avec les forces démocratiques marocaines. Elle est fondamentalement et intimement liée, d’une part, à ce que nous vivons aujourd’hui, de l’émergence incertaine et difficile de la démocratie au Maroc, et d’autre part aux effets de renouvellement stratégiques qu’appelle la profonde crise qui ferme l’Europe comme horizon pour les pays du Maghreb. Là nous retrouvons une donnée principale qui puise sa réalité dans l’histoire séculaire commune des peuples au Maghreb [43]
L’impasse politique du Polisario procède d’une stratégie adossée à l’antagonisme de deux Etas sur le plan militaire, politique et diplomatique. Que pouvait lui fournir d’autres les conseillers de la Sécurité Militaire algérienne ? Ainsi, la question se pose de l’apparition d’un discours politique sahraoui qui soit le fruit de la conjonction des luttes des sahraouis à l’intérieur et des négociations diplomatiques menées par le Polisario, à l’extérieur, qui revendique l’indépendance/l’autonomie avec la fédération, dans un cadre maghrébin. Sa victoire est déterminée d’abord en sortant de son isolement par l’alliance avec les organisations démocratiques du peuple marocain.
Dans le cas contraire, le Sahara Occidental ne serait-il qu’une illustration de plus de la triste théorie des peuples sans Etat : kurde, basque, corse ?

Notes

[1] J’écris à partir de mon expérience au sein de l’organisation Ilal Amam dans les années 70-80 et des conséquences douloureuses et radicales que va entrainer la question du Sahara dans la consolidation du régime alors vacillant de Hassan II .
[2] Elle était à l’ordre du jour de la rencontre impromptue, le 23 mai, entre François Hollande, à peine élu Président et Mohamed VI, première visite officielle d’un chef d’Etat en France. La première visite d’un chef d’Etat étranger lors de l’arrivée d’un nouveau Président de la République est fortement symbolique.
[3] L’accord du 25 mai 2012 entre le MLNA et Ansar Eddine al Islam pour l’Azawat et contre l’AQMI, sous l’égide de l’Algérie, laisse entier le danger comme l’ont confirmé leurs récents conflits armés
[4] La première réaction des autorités marocaines au rapport a été fort positive. Une semaine plus tard, une lecture plus attentive a produit un réaction de remise en cause du représentant de la Minurso, M. Ross
[5] Rappelons le goût amer de la direction politique algérienne pour prendre sa revanche après l’épisode difficile pour la jeune armée algérienne, de la guerre des sables en 1962 (Boumedienne y commandait l’Armée algérienne)
[6] Les deux batailles meurtrières d’Amgallah en 1974
[7] Les débats menés depuis plusieurs années, entre autres, au sein du Forum Social Maghreb Machrek, le Forum social Mondial, et le Forum marocain des alternatives sociales (FMAS) qui a joué et jour un rôle moteur dans cette voie difficile, la seule porteuse d’espoir
[8] L’épisode de lutte du camp Gadim Izgid aux revendications sociales et qui fit, d’après l’AMDH, 13 morts… …. …
[9] C’est à cette occasion, que le gouvernement socialiste d’alternance dirigée par le Premier Ministre Abderahim Youssefi commet une grande faute politique, la saisie de deux hebdomadaires progressiste « Le Journal » et « As Sahifa », coupables d’avoir publié une interview du président du Polisario, la démission de trois responsables de la seconde chaine de télévision 2M, dont le DG coupable d’avoir rapporté la nouvelle de l’interview dans le journal télévisé
[10] La remise par la commission royale chargée de la régionalisation de son rapport va donner un cadre national à la proposition de l’autonomie tout en lui conférant un statut particulier qui est en négociation entre les autorités marocaines et le Polisario
[11] Mouvement de l’unicité et du djihad de l’Afrique de l’Ouest
[12] Mouvement de Libération Nationale de l’Azawad
[13] Deux sources financières sont en voie d’épuisement, les otages et l’immigration, les africains étant de plus en plus conscients de l’impasse des portes de sorties qu’étaient la Lybie, l’Egypte et le Sinaï. Ces deux sources sont largement compensées par les forets rentrées d’argent liquide du Qatar
[14] Un des principaux Etas gaziers disposant des plus fortes réserves du monde, le Qatar petit Etat entend avoir une stratégie qui lui confère un contrôle des réserves de gaz dans les régions périphériques, ce qui agace et l’Algérie et l’Arabie saoudite
[15] c’est ainsi que l’on peut s’expliquer l’acharnement de la diplomatie française que révèlent les multiples déclarations de Fabius, ministre des affaires étrangères, et du Président français, qui ne craint pas d’être insistant sur cette question
[16] Les pays européens, la France en particulier surévaluent la capacité d’influence des algériens sur les mouvements touaregs, et les algériens ont tout intérêt à en être crédité par les pays européens et la France. Dans les mouvements de l’AQMI et de Ansar Edine, les algériens sont nombreux et sont contre les autorités algériennes, celles ci faisant croire que la situation est sous contrôle.
[17] La Grande Bretagne vient de nommer un ambassadeur au Mali, là où elle n’avait qu’un chargé d’affaires, qui est un militaire de haut rang, ce qui est un fait rare dans les annales diplomatiques de Grande Bretagne
[18] La américains mènent des manoeuvres militaires conjointes avec les armées des pays du Sahel
[19] Le 26 janvier 2011, Bernard Bajolet, coordonnateur du renseignement français, déclarait auprès de la commission des forces armées de l’Assemblée Nationale, « le risque de voir le Sahel se transformait en terre de djihad » comme étant sérieux
[20] D’après les relevés du budget marocain, 3 millions de dollars en moyenne ont été dépensés, quotidiennement
[21] La société marocaine de tabacs, Altadis, déclare perdre du fait de la contrebande, l’équivalent de 25 % de son chiffre d’affaires, donc autant de taxes en moins pour l’Etat marocain, dont la majeure partie provient du Sahara et le reste des enclaves sous occupation espagnole de Sebta et Melilla
[22] Elles sont toutes représentées au sein de l’instance politique chargée d’assurer l’interface avec le Palais, le CORCAS
[23] Pour prendre uniquement l’exemple de la pêche côtière, seuls les sahraouis ont l’agrément de la barque, qui rapporte chaque mois, avec trois pêcheurs marocains à bord, prés de 1500€, sachant qu’un sahraoui bien né dispose de plusieurs barques sinon de plusieurs dizaines. Les salariés sont marocains et le patron est sahraoui.
[24] L’épisode de la lutte du camp Izdig a illustré très clairement cette donnée. On y a assisté à un conflit entre revendications sociales et demandes politiques, à un conflit entre direction élue du camp pour les revendications sociales et une direction autoproclamée pour les demandes politiques, d’où le fin en queue de poisson
[25] ce fut un moment fort instructif des contradictions où se débattent les autorités marocaines. Quand à l’avènement du nouveau règne, elles ont annoncé leur intention de modifier les scrutins de vote afin de faire émerger les jeunes sahraouis comme représentants politiques, les grandes familles ont alors fait savoir au Palais qu’elles se déclareront toutes membres du Polisario.
[26] Ces privilèges consistent en lotissements octroyés pour le logement, cartes d’alimentation
[27] La seule contrebande de cigarettes coûte à la société Altadis, société franco-espagnole qui a succédé à la société marocaine la « Régie de tabacs » est de 76 millions d’Euros. L’économie marocaine se trouve dans l’étau de la contrebande au nord Sebta et Melilla et au sud, les territoires du Sahara Occidental En outre, les produits alimentaires, en provenance d’Algérie où ils sont fortement subventionnés, passant en contrebande échappent à tout contrôle sanitaire, constituent une menace pour la santé des populations et les intoxications alimentaires sont très fréquentes. L’alcool qui se propage dans les douars et le tabac de contrefaçon créent aussi de nombreux problèmes sociaux. Les drogues synthétiques à bas prix font des ravages au sein de la jeunesse.
[28] Voir l’excellent Rapport du FMAS (Forum Marocain des Alternatives Sociales)
[29] La participation des divers courants politiques et sociaux des jeunes sahraouis au Forum social maghrébin est toujours aussi importante
[30] Cette phase de la lutte fut cruciale parce que c’est là que s’est imposé l’autonomie du Polisario dans la lutte armée. Elle fut écourtée, le Maroc, à l’initiative des dirigeants militaires israéliens, ayant construit un mur le long de la frontière, truffé de matériel de détection électronique israélien, qui interdit le passage des colonnes du Polisario
[31] Le régime de Boumediene et celui de Hassan II entretenaient un lourd contentieux.
[32] Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du Maroc, la position des progressistes marocains autour de l’organisation Ilal Amam, consistait à respecter le droit à l’autodétermination des sahraouis, en considérant qu’en tant que marocains, pour eux, l’exercice de ce droit a pour objectif, la reconstitution de l’unité du peuple marocain et du peuple sahraoui. Le suivisme de certains membres de Ilal Amam pour proclamer leur adhésion à la création de la RASD s’est manifesté par le regretté Serfaty, au tribunal en 1977, qui a déclaré : « vive la RASD ». Elle a entraîné une crise interne profonde au sein de l’organisation, Ilal Amam, qui se traduisit par une défiance de la base vis à vis de sa direction, l’isolement de Ilal Amam et la création du mouvement « basiste ».
[33] La proclamation d’un Etat sahraoui par la RASD, quelques années à peine après la lutte du mouvement sahraoui fut une erreur stratégique et a semé l’incompréhension chez tous les militants de tous bords. En effet un tel acte s’effectue après une ou des décennies de lutte parce qu’alors, la durée arrive à convaincre les peuples et les Etats du bien fondé de cette lutte.
[34] Les sahraouis étaient partie prenante en opérant au sein de l’Armée de Libération du sud du Maroc contre les armées française et espagnole. Un des dirigeants de l’Armée de libération du sud était Bensaid, qui fut à la direction de l’organisation marxiste léniniste du 23 Mars
[35] Il est aisé de « visualiser » les résultats du scénario de l’alliance Polisario-Organisations démocratiques marocaines : a) isolement du régime de Hassan II, b) gain de deux décennies dans la lutte démocratique, c) économie de plusieurs dizaines de milliards de dirhams du cout de la guerre et des prébendes, d) modernisation sociale de la société sahraouie, e) avancée simultanée de la démocratie au Maroc et de la souveraineté des sahraouis, f) construction facilitée du Maghreb des Etats et des peuples
[36] Après les achats massifs d’armes soviétiques par le gouvernement algérien, le Maroc vient de passer commande auprès des Etats Unis pour la réhabilitation et la modernisation de 1500 chars Abrams
[37] Pour l’instant, ce qui a cours, c’est la « guerre » que se sont livrés à la mi mai 2012, les étudiants sahraouis et les étudiants marocains à la cité universitaire de Rabat sous l’oeuil ravi de la police marocaine qui est intervenu après plusieurs jours de confrontation laissant les dégâts faire leur oeuvre
[38] Une rencontre du Forum social Maghreb Machrek s ‘est tenu en février 2011 où les maghrébins ont débattu de
[39] C’est ce rapport de forces sur le terrain qui a été et est encore la force des partisans du statu quo au sein des premiers cercles du pouvoir. Ils sont encore très nombreux dans les partis politiques, les médias, l’opinion et le Palais, ceux qui considèrent que le Maroc a tout à perde à faire bouger la situation actuelle. Sauf que les djihadistes font les racoleurs des sahraouis
[40] Un effet d’aubaine qu’un marché unifié de 100 millions d’habitants aux espaces ouvert pour des infrastructures
[41] Lors du passage du Ministre du pétrole et des hydrocarbures algérien au Maroc, celui ci, au cours d’une conférence de presse à rabat fait état de sa volonté de construire des joint venture avec le Maroc dans les domaines de la prospection et de l’exploitation pétrolière et des raffineries. Ce fut chose nouvelle suffisante pour soulever une grande vague d’espoir dans les milieux d’affaires marocains et algériens. Le soir même le Ministre marocain de l’époque, M. Mansouri, est convoqué au cabinet royal et remis à l’ordre. Depuis, silence radio.
[42] C’est la stratégie d’implantation de Renault qui dicte la construction d’une usine à Tanger Med au Maroc et une autre à Oran en Algérie. Nous, marocains et algériens, nous ne pouvons que nous rendre aux termes de la demande de Renault.
[43] Voir dans « Peuples méditerranéens » N°7 paru en décembre 1975, Raymond Benhaim, « Colonialisme, bourgeoise et paysannerie au Maroc, XIX- XXème siècle »
Cet article a été publié dans badil tawri. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s