le maroc à la recherche d’une revolution: deuxiéme partie

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pour lire la première partie: https://badiltawri.wordpress.com/2013/02/27/le-maroc-a-la-recherche-dune-revolution-premiere-partie/

Une crise sociale généralisée  

– Trois décennies de politiques d’ajustements structurels ont abouti à une dégradation sensible des conditions de travail et de vie, non seulement des majorités populaires, mais aussi de secteurs de classes moyennes. La crise actuelle du capitalisme fait que l’économie informelle ne joue plus le rôle d’un filet social, même relatif et dérisoire,  et n’arrive plus à absorber  un  chômage de masse  en expansion , ni à assurer  le minimum vital face à l’explosion des prix.  Elle développe la  concentration inégalitaire des richesses. La violence sociale est palpable à tous les niveaux. Les indicateurs de la pauvreté ont connu une percée sur cette décennie.  La précarité dans le travail s’étend bien au-delà du secteur privé.  Des millions de personnes ne peuvent ni se soigner, ni bénéficier d’une protection sociale, une grande majorité n’a pas droit à une retraite, si ce n’est des pensions misérables, près de 9 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté. Une fraction majoritaire de la jeunesse se retrouve sans qualification et/ou sans emploi, les salaires gelés sont dérisoires en comparaison du coût de la vie. Il est de plus en plus difficile et carrément impossible d’accéder à un logement décent, de se soigner, d’étudier. La malnutrition et certaines épidémies regagnent du terrain. Il n’est pas nécessaire de décrire ici ce que tout le monde connait.   Ce qui marque profondément les politiques en cours, bien avant même le gouvernement benkirane,  c’est un mécanisme particulier de reproduction élargie des inégalités sociales.  Les politiques de l’état, au nom de la lutte contre les déficits publics,  ne s’attaquent pas seulement aux salaires et conditions de travail mais touchent  d’emblée les conditions de vie et de reproduction sociale.  L’objectif non déclaré est, à travers l’austérité budgétaire et le  démantèlement des services publics,  de réduire le coût global de la force de travail,  la part des richesses  produites qui bénéficiaient même mal et d’une manière très partielle et inégale aux classes populaires. Surexploitation, dépossession, paupérisation  sont des mécanismes sociaux de transfert des richesses qui bénéficient à une minorité de plus en plus riche. A moins d’oublier que derrière l’économie de marché  des rapports sociaux existent. Car il faut bien expliquer pourquoi ou comment la production de richesses globales qui a augmenté ces dernières décennies  aboutit, non pas à une réduction des inégalités, mais à son expansion.  Ou si l’on veut aborder le problème différemment, nous pouvons dire que la marginalisation de territoires entiers (et des populations qui y vivent), la casse sociale, le chômage de masse ne sont pas des phénomènes naturels ou la conséquence  d’une mauvaise gouvernance, mais le résultat d’un fonctionnement global, construit  et maintenu politiquement, et qui renvoie au talon de fer de la dictature du (sur) profit sur les besoins, des prédateurs sur la population.  Il n’y a pas de fatalité économique mais un ordre social et politique, où la logique de profits, dans le cadre d’une concurrence généralisée et maffieuse,  produit en permanence la guerre sociale contre les pauvres, avec son lot d’exclusion, de misère et de précarité.  L’exemple même de la réforme de la caisse de compensation est significatif. La proposition d’aide directe supposer bénéficier à 2 millions de personnes (alors que selon les chiffres officiels, il y aurait 8,5 millions en dessous de la pauvreté) restent dérisoires : qu’est-ce que 500dh dans la conjoncture sociale actuelle ? Alors qu’un démantèlement de la caisse de compensation signifierait une inflation quasi automatique  des prix de denrées de base. On enlève d’une main ce qu’on donne de l’autre, sans toucher aux mécanismes de subvention directe ou indirecte des grandes entreprises et sans tenir compte de la hausse structurelle de la facture énergétique et alimentaire.  Et que deviendrait les soi-disant 24 milliards de dirhams économisés ?. Le seul résultat est le risque d’une explosion sociale et c’est la seule raison pour laquelle cette décision politique a été reportée jusqu’ici.  On pourrait multiplier les exemples de «  cette politique de classe ». Or une analyse même sommaire des raisons du creusement des déficits,  montrerait  non pas que les caisses sont vides (sauf pour la population) mais qu’elles vont ailleurs. Faut-il rappeler que  la réduction des impôts sur les grandes entreprises et hauts revenus  a entrainé depuis 2007 un manque à gagner de 30 milliards ? Faut-il rappeler que le code actuel des investissements autorise le rapatriement des bénéfices nets des multinationales, ce  qui équivaut à plusieurs milliards annuels ? Sans compter ceux dissimulés qui apparaissent comme des échanges comptables entre filiales d’un même groupe ? Faut-il rappeler que les accords de libre-échange ont laminé les taxes de douanes ? Faut-il rappeler les vagues d’exonération et d’amnistie fiscales qui touchent tant les entreprises publiques que privées et en particulier dans le foncier et l’immobilier ? Assurant une perte sèche de recettes de plus de 36 milliards.  Faut-il rappeler que plus de 220 milliards de dirhams ont été  placés dans des banques étrangères par les  prédateurs locaux pour la seule année 2011 ?  Faut-il rappeler, ce qui n’apparait jamais dans les comptes, les sommes faramineuses extorquées sur le budget public par les voies royales de la corruption, du délit d’initiés, du maquillage des comptes ? . Sans compter la part omnivore du budget royal… Le déficit public n’est rien d’autre que le résultat  de politiques décidées en haut lieu pour les intérêts d’une minorité qui sait que sa fortune repose sur le racket généralisé, la baisse continue du coût de travail et un système fiscal des plus injustes du monde. Au nom des « équilibres macro-économiques », on allonge l’âge de départ de la retraite, on casse la gratuité de l’enseignement, on impose le gel des salaires, on augmente le prix du gazoil et des denrées alimentaires, on détruit l’hôpital public  et on casse le droit de grève ?.

Les logiques économiques en place sont contradictoires avec la satisfaction des droits et besoins élémentaires de fractions de plus en plus larges de la population. C’est pourquoi la crise sociale va s’approfondir. Qui peut raisonnablement penser que cette situation ne va pas produire des contestations encore plus profondes alors que la jeunesse voit son horizon bouché et que de larges fractions populaires sont à la limite de la logique de survie ?.

La farce démocratique  et la crise politique

Un pouvoir qui ne peut assurer ni progrès social, ni l’extension des droits et des libertés, suscite un antagonisme fondamental avec les forces sociales qui vivent la précarité, l’exploitation  et la hogra d’une manière quotidienne. Cet antagonisme peut être atténué et masqué pendant un temps  lorsqu’il arrive à produire  des formes de légitimation qui masque sa nature régressive et despotique. Or aujourd’hui au Maroc, ces formes de légitimation sont en crise. La légitimation  octroyée  par le mouvement national  au sultanat au moment des luttes pour l’indépendance fait partie de la préhistoire. La question du Sahara occidental comme moteur d’un « consensus national »  et de « la paix sociale »  s’est effritée devant l’enlisement d’un conflit  et la réalité des urgences sociales. La légitimité religieuse du commandeur des croyants est contestée par des mouvements islamistes solidement enracinés,  et par des transformations sociales et culturelles qui font émerger une conception démocratique du pouvoir,  où même le représentant de dieu sur terre doit rendre des comptes et ne pas être  au-dessus des lois.  La centralité arabo-islamique dans sa version « jacobine » se heurte à la montée des mouvements culturels amazighs qui croisent revendications culturelles et politiques. Les légitimités sociales enracinées dans l’univers rural,  qui ont permis historiquement   au makhzen d’assurer sa domination sur les villes et de  reconstruire  ses assises « féodales »   derrière des apparences de « modernité », sont déstructurées par l’extension  de l’urbanisation, les transformations capitalistes dans les  campagnes  et le développement  ascendant de contestations sociales  dans les régions marginalisées.

 Que reste-t-il ? La fameuse transition démocratique ?…. qui n’a transité que vers un pouvoir encore plus absolu sur le plan économique et politique. Il est très difficile de contester que les institutions politiques  apparaissent radicalement étrangères aux citoyens, corrompus, arbitraires et  au service des puissants et des affairistes. Que l’ensemble de la classe politique institutionnelle a l’échine courbe devant celui qui la nourrit à coup de prébendes et privilèges, en échange de sa servilité volontaire.  Et la fameuse entourloupe, selon laquelle « le palais veut » mais est entouré d’incapables, a fait long feu, parce qu’une chose a été acquise ces dernières années, que ces incapables sont là où ils sont, du seul fait du prince, et que derrière un corrompu il y a toujours un corrupteur.  Mais aussi pour une raison plus profonde,   dans la constitution makhzeniene non écrite, la monarchie gouverne à travers des partis qui n’ont pas d’autre légitimité que d’être des extensions périphériques de l’appareil d’état. On l’a vu avec la domestication de l’opposition historique. On le voit aujourd’hui avec le PJD.  Le pouvoir est devant une équation impossible : plus il utilise les partis et acteurs de la façade démocratique, pour voiler sa nature despotique, plus ils perdent en substance sociale et crédit politique.  On peut maquiller les acteurs,  gagner du temps en jouant sur le renouvellement électoral  de « la façade démocratique » et par l’instauration d’un pseudo « dialogue social,  la scène reste la même  et la pièce jouée,  un remake d’un  mauvais film de série B  avec des bouffons sans talents. Et cela pose un problème pour le pouvoir : les partis, les bureaucraties syndicales, la société civile officielle,  sont usés jusqu’à la corde et ne constituent plus des gardes fous crédibles où peut se déverser la colère sociale et populaire ( en épargnant la monarchie ). Ils n’ont plus les moyens de canaliser les luttes concrètes vers des garages institutionnelles, ni de noyer les aspirations sociales et démocratiques dans un tour de passe-passe électoral ou une énième réforme constitutionnelle.  Nous ne sommes plus dans la phase où la dialectique palais/mouvement national pouvait cultiver l’illusion qu’existait une opposition capable d’incarner plus ou moins  un changement. Nous ne sommes plus non plus dans la phase du début du nouveau règne où le régime cherchait à cultiver une image de rupture avec Hassan II.  Apres l’échec du PAM et le discrédit du PJD que restera t’il comme atout pour le pouvoir ?  . La monarchie peut de moins en moins masquer sa responsabilité centrale dans la dilapidation de richesses publiques, dans la corruption institutionnalisée, dans la mainmise des ressources par une minorité. Le pouvoir absolu ne se partage pas. Mais un pouvoir absolu qui ne peut s’appuyer sur des relais politiques et sociaux crédibles dans la société (relais qui par le passé ont pu jusqu’à un certain point canaliser le mécontentement), tend à créer les conditions d’un vide politique et les possibilités d’un choc frontal avec les majorités populaires.

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