Maroc, silence médiatique sur une grève de la faim

Dans les geôles de ce pays politiquement superprotégé, des prisonniers politiques en sont à plus de soixante jours de jeûne.
C’est dans un silence médiatique assourdissant que plus d’une vingtaine de détenus politiques marocains observent une grève de la faim. Tarek Hammami et Abdes-semad Haïdour, à la prison de Taza, l’ont entamée depuis plus de soixante jours. Hassan Koukou, Soufiane Sghéri, Mounir Aït Khafou et Hassan Ahmouch, détenus à la prison Toulal 2 de Meknès en sont, eux, à leur cinquantième jour de jeûne. Tous protestent contre les conditions de leur détention et les exactions (tortures, viols sur certains détenus) dont ils sont l’objet. Quasiment aucune ligne n’y a été consacrée dans la presse hexagonale. Pas un mot ni d’images dans les télés et radios. Comme s’il ne fallait surtout pas froisser l’image d’un Maroc accueillant pour ces touristes d’un genre particulier – personnalités du monde politique et culturel (Strauss-Kahn, Jack Lang), philosophes comme Bernard-Henri Lévy – qui disposent de « riads » à Marrakech quand ils ne sont pas pris en charge par le palais comme ce fut le cas du couple Sarkozy !
Pourtant, l’état de santé de ces détenus, dont certains appartiennent au Mouvement des jeunes du 20 février, principal animateur du « printemps marocain », se détériore de jour en jour. Les associations marocaines de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch et Amnesty International ne cessent d’alerter sur la situation des 172 prisonniers politiques, dont certains (des militants sahraouis) sont condamnés à la prison à vie. Une campagne de parrainage dans laquelle s’est impliqué l’écrivain Gilles Perrault a été lancée pour alerter l’opinion. Driss El Yazami, ancien président de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), aujourd’hui président du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) mis en place par le roi Mohamed VI, destinataire d’une lettre de l’Asdhom (association marocaine de défense des droits de l’homme), observe un silence royal sur cette situation.
Le chef de l’État, François Hollande, publiquement interpellé sur le cas des prisonniers marocains et des violations des droits humains (voir l’Humanité des 23, 28 et 29 avril) afin qu’il intervienne auprès des autorités marocaines lors de sa visite officielle à Rabat, a préféré tresser des lauriers à la monarchie alaouite. Même le point de presse organisé le 17 avril au Parlement européen par l’Asdhom, en présence (et avec le soutien) des députés européens Marie-Christine Vergiat et Willy Meyer (GUE-GVN), Ana Miranda (Verts-ALE) et Ana Gomes (PS), est passé inaperçu. C’est dire. De fait, tout laisse penser que le Maroc est un État superprotégé par la France, les USA et leurs alliés, mais aussi par la quasi-totalité des journaux, télés et radios français. Aussi, rien de surprenant que la monarchie poursuive sa répression en toute impunité.
Hassane Zerrouky
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