Ken Loach : « commençons ensemble une nouvelle étape »

Samedi 18 mai 2013

 

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Entretien. Le 30 avril dernier, Ken Loach est venu à Paris pour présenter en avant-première son nouveau film l’Esprit de 45. Alain Krivine et Olivier Besancenot ont pu le rencontrer à cette occasion et faire une courte interview autour de son nouveau film et de l’appel à la constitution d’un nouveau parti.
Dans ton film, tu présentes l’année 1945 comme celle de grandes avancées sociales. Pourquoi ?
C’est à cause de la guerre, où l’État a dû prendre possession des principales richesses, comme les mines ou les chemins de fer, pour assurer l’approvisionnement. Beaucoup de ministres travaillistes ont continué la même politique juste après la guerre. Leurs discours restaient très idéalistes et très socialistes. Cet énorme potentiel ne va pas durer et la rupture totale sera organisée par Thatcher, qui va organiser sa politique comme une véritable déclaration de guerre à la classe ouvrière en brisant notamment par l’intervention de la police la longue grève des mineurs.

Il n’y a plus aujourd’hui de gauche organisée au sein du parti travailliste ?
Peut-être deux députés… Mardi dernier, après la projection de mon film, un conseiller travailliste s’est levé pour dire « Personne ne doit critiquer le parti travailliste, sinon ça fera le jeu des conservateurs… »
Et pourtant, il faudrait cesser d’être exploités par les grandes firmes, et nationaliser l’électricité ou le gaz. Mais les leaders travaillistes n’en veulent pas. C’est toute leur contradiction.

Tu viens de lancer un appel au rassemblement de la gauche anticapitaliste en Grande-Bretagne. Dans quelles conditions l’as-tu fait et avec qui ?

Au départ, c’était une simple intervention, partant du principe qu’il n’ y a plus aucune force de gauche significative et organisée dans notre pays. Mais très vite, des amis m’ont demandé de mettre sur internet ma déclaration, et aujourd’hui, plus de 8 000 personnes ont signé. Mais les signatures individuelles ne suffisent pas. Il faudrait que les associations et coalitions qui mènent des campagnes unitaires nous rejoignent, par exemple celles qui luttent pour les SDF, pour la défense des services publics, des chemins de fer , de la santé ou de l’environnement. Aujourd’hui chacune mène sa campagne séparément.
Le problème n’est pas de s’emparer de leur campagne à leur place et de les mettre derrière notre drapeau, mais de se mobiliser et de militer ensemble. Ils font tous de la politique, mais il n’ y a pas de cadre commun et ils ne veulent pas rejoindre telle ou telle organisation déjà existante. Tous sont unanimes contre l’austérité ou la guerre. Il va y avoir une réunion le 11 mai et nous allons voir qui vient. Nous leur dirons « mettons nous autour de la table et commençons ensemble une nouvelle étape ».

Propos recueillis par Alain Krivine

À voir…
l’Esprit de 45
de Ken Loach
Sortie en salle le mercredi 8 mai

Il s’agit d’un documentaire composé d’un montage de scènes d’actualité et de nombreuses interviews de témoins de deux époques totalement différentes. D’abord celle des années 45, juste après la guerre où règne dans le pays un climat d’euphorie lié à la fin de la guerre et à une série de mesures prises en faveur des travailleurs, notamment des nationalisations. Scènes de guerre et de bombardement alternent avec les interviews. Puis le film aborde la deuxième séquence, la prise du pouvoir par Thatcher et la guerre sociale qu’elle ouvre contre la classe ouvrière, notamment en brisant par la force la grande grève des mineurs qui par sa durée et sa combativité était devenue un exemple en Europe (voir dossier dans Tout est à nous ! n°192). La fin du film montre comment, avec les conservateurs ou les travaillistes d’aujourd’hui, les travailleurs subissent une politique terrible, et comment en particulier le parti travailliste a complètement trahi ses origines. La conclusion du film est un véritable appel à la résistance.
Notre hebdomadaire a passé la semaine dernière des extraits de l’appel cosigné par Ken Loach et soutenu aujourd’hui par des milliers de signataires et quelques groupes d’extrême gauche : une scission du SWP (IS Network), des jeunes de Pouvoir ouvrier (Anticapitalist left) ou nos camarades de Socialist Resistance. Déjà 90 groupes de soutien sont en formation dans le pays, et une première réunion nationale s’est tenue le 11 mai à Londres.
A.K.

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