ATTAC/CADTM Maroc refuse le nouveau « accord de libre-échange complet et approfondi » (ALECA) entre le Maroc et l’Union européenne, dénonce l’opacité des négociations, et appelle à la mobilisation.

Déclaration

Le 24 juin prochain se tiendra à Bruxelles le deuxième round de négociations entre le Maroc (tout seul) et l’Union européenne (dans son ensemble) en vue de compléter et approfondir l’accord de libre-échange déjà existant entre les deux entités. Il fait suite à un premier round qui a eu lieu en avril dernier et sur lequel bien peu de choses ont filtré à travers la presse.
Chose curieuse, c’est toujours l’Union européenne qui en fait l’annonce. Le gouvernement marocain lui ne semble n’avoir rien à dire à sa population et à son opinion publique sur ce qu’il attend de tels accords, à qui ils vont bénéficier, ni qui ils vont affecter.

Nous ne pouvons donc que dénoncer l’opacité qui accompagne une nouvelle fois le démarrage de ces nouvelles négociations.

D’une part, les termes précis du projet d’accord ne sont connus, ni du grand public, ni de la presse, ni des représentants élus. En outre, elles sont engagées alors même que le bilan global du précédent accord, signé en 2000 est déjà clair.
Le déficit structurel de la balance commerciale du Maroc s’est aggravé, avec le déclenchement de la crise dans la zone euro, passant de 98 milliards de dirhams en 2006 à 198 milliards de dirhams en 2012. Ce qui a alourdi le déséquilibre de la balance courante qui est passé d’un solde positif de 12 milliards de dirhams en 2006 à un déficit de 83 milliards de dirhams en 2012 (10% du PIB).Les accords de libre-échange (ALE) ont contribué au déficit commercial. Le déficit commercial du Maroc dans le cadre des ALE avec l’UE a atteint 45,4 milliards de dirhams en 2011. Ce déficit global dans le cadre des ALE est dû principalement au poids des importations. Ainsi « près de 57% de nos importations en demi-produits se font dans le cadre des ALE, et, 47,3% de nos achats à l’extérieur des produits finis d’équipements industriel bénéficient des accords » (ministère des finances). On assiste à une érosion dramatique de l’emploi industriel, estimée à 24 mille emplois perdus par an entre 2009 et 2011, ce qui ne fait qu’approfondir la crise de l’emploi que vit notre pays. Notre alimentation devient de plus en plus dépendante de l’extérieur, les exportations des produits alimentaires (hors produits de mer) ne couvraient que 36% des importations en 2012.
Au vu des quelques rares éléments d’information qui ont filtré sur les négociations qui se déroulent, les sujets d’inquiétude sont importants. On sait déjà qu’il s’agira de protéger encore davantage les investissements et la propriété intellectuelle (mesures qui sont toutes en faveur des multinationales et des investisseurs, jamais au service des producteurs et des consommateurs), d’élargir la concurrence sur les marchés publics (au détriment des entreprises nationales) et d’approfondir la privatisation déjà bien avancée des services publics.
Mais le plus grave est certainement le projet d’ « harmonisation graduelle du cadre législatif et réglementaire marocain avec l’acquis communautaire ». De quel acquis nous parle-t-on ? De celui qui a abouti à la crise financière, économique et sociale que vit l’Europe aujourd’hui ? De celui qui plonge les populations dans le chômage, la précarité et la misère ? De celui qui jette dans les rues européennes des populations exaspérées par des politiques antipopulaires décidées, de façon totalement anti-démocratiques à Bruxelles, qui défont des gouvernements et sont imposées aux peuples ? C’est cette crise que l’on veut exporter de l’autre côté de la Méditerranée ? C’est le diktat des directives de Bruxelles que l’on veut imposer au peuple marocain, sans qu’il ait la moindre voix au chapitre ?

Il faut cesser de parler de partenariat car il ne s’agit ici que d’accords néocoloniaux, dictés par les pays européens à leurs anciennes colonies d’Afrique du Nord. Des accords qui leur demandent toujours plus d’ouvertures afin de mieux en drainer les richesses, qui modèlent leurs économies et leurs législations en fonction des seuls besoins des larrons et des patrons européens.

ATTAC/CADTM Maroc :
– refuse ces nouveaux accords qui complètent la liste des choix néolibéraux dictés par les institutions financières internationales, et qui approfondissent la dépendance et l’arriération de notre pays, condamnant notre population à vivre dans la misère et la précarité ;
– dénonce l’opacité des négociations qui témoigne d’un mépris pur et simple pour les principes de la démocratie de la part des gouvernants ;
– appelle à une mobilisation de toutes les composantes de la société civile pour ouvrir un débat public large sur ces nouveaux accords de libre-échange, et faire avancer des initiatives de sensibilisation et d’actions communes.

Rabat le 23 juin 2013

Le secrétariat national

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