La révolution égyptienne a-t-elle avorté?

Publié par Alencontre le 15 – juillet – 2013

Hossam El-Hamalawy

Hossam El-Hamalawy

Entretien avec Hossam el-Hamalawi

Bassam Haddad: Quelle était la situation avant le 30 juin 2013 en termes d’attentes des composantes progressistes du mouvement Tamarod [Rébellion]? Rétrospectivement, furent-elles dupées? Ne se sont-elles pas préparées en conséquence? Utilisent-elles cela comme une tactique pour se débarrasser tout d’abord des Frères musulmans puis, ensuite, de l’armée? Avant tout, que se passe-t-il en ce moment et comment pouvons-nous traiter le jugement émis par certains groupes progressistes qui s’affrontent maintenant à l’armée? Ou ai-je tort de même poser cette question?

Hossam el-Hamalawi: Il est important de noter, pour commencer, que je ne suis pas vraiment intéressé à me lancer dans le jeu sémantique au sujet de savoir s’il s’agit d’un coup ou non. Parce qu’il semble que cela soit devenu l’obsession de la plupart des commentateurs et spectateurs du moment, ainsi que des révolutionnaires. Il y a quelques points, ou quelques faits, sur lesquels nous devons être clairs. Il s’agit des suivants :

1° Dans les semaines qui ont conduit au 30 juin 2013, l’Egypte a été le témoin des vagues les plus fortes de grèves et de protestations de travailleurs, d’habitant·e·s de quartiers dans les zones urbaines pauvres. En fait, par littéralement chaque classe de notre société, y compris les classes moyennes et les classes moyennes élevées.

Cela en raison de l’incapacité de l’administration Morsi, ou du gouvernement Morsi, au cours de l’année passée à résoudre certains des problèmes économiques majeurs et importants, à s’affronter à la question sociale, ainsi qu’à donner suite aux promesses de réaliser les revendications politiques de la révolution. Cela a déjà enclenché tant de protestations à partir d’en bas. C’est pourquoi lorsque l’on dit qu’il s’agit d’un coup militaire (ou d’un cours militaire), et que l’on s’arrête là, on donne l’impression fausse que les militaires se sont réveillés un matin et qu’ils ont décidé de remplacer [Morsi]. C’est la raison pour laquelle je suis très précautionneux dès qu’il s’agit de faire usage de ces termes. En fait, je n’ai pas l’intention de m’adonner beaucoup à de la description.

Il est aussi important de souligner que les militaires dirigent déjà ce pays depuis 1952, sous différentes formes et dans différents régimes. En outre, avec le soulèvement qui a commencé le 25 janvier 2011 – et qui s’est achevé par le renversement d’Hosni Moubarak – les militaires intervinrent de façon beaucoup plus ouverte, claire, d’une manière directe en gérant la transition de ce pays d’un régime vers un autre. […] Cela s’est en fait produit non pas parce que les révolutionnaires faisaient confiance à l’armée ou parce que les militaires étaient contre Moubarak ou parce qu’ils étaient patriotiques et bla-bla-bla. C’est parce que les militaires – qui sont le cœur du régime Moubarak et le cœur de l’Etat égyptien – ont décidé de sacrifier Hosni Moubarak sans quoi ils auraient dû faire face à une véritable rébellion de masse qui aurait renversé l’ensemble du régime; ce système dont ils sont les principaux bénéficiaires.

Dans le cas où nous l’oublierions, l’armée contrôle, grosso modo, 20% de l’économie égyptienne. Les généraux égyptiens figurent, en fait, parmi les élites dirigeantes de ce pays. L’armée est le solide pilier de l’Etat égyptien et dispose du dernier mot en de nombreux domaines, y compris lorsqu’elle jouait un rôle plus caché par le passé – que cela soit sous Moubarak ou sous Sadate. Maintenant, au cours des deux dernières années, étions-nous contre un régime des Frères musulmans (FM)? Ce terme pourrait aussi être un peu trompeur. […]

Il est exact que la Confrérie, ensemble avec une alliance avec certaines tendances islamiques – comprenant Jihadis, al-Gama’a al-Islamiyya, le parti al-Wasat ainsi que des fractions du mouvement salafiste –, gouvernait ce pays. Il est aussi faux de dire que nous nous étions soulevés contre un régime des Frères musulmans, car c’était toujours le régime d’Hosni Moubarak qui a décidé de donner le pouvoir à la Confrérie et aux islamistes. Il est donc erroné de dire qu’au cours des deux dernières années nous nous étions dressés contre un régime des Frères musulmans. C’était toujours le régime de Moubarak. Ce dernier donna toutefois une part du gâteau aux islamistes. Les militaires pensaient que les islamistes pourraient être ceux en mesure de contrôler, d’ endiguer la rue [les «masses»], qui pourraient absorber l’énergie de la révolution des rues, en forgeant des alliances avec leurs dirigeants opportunistes afin de mettre un terme aux grèves, d’arrêter les protestations et même attaquer – et là je ne veux pas juste dire verbalement, ou en termes de propagande, mais parfois même physiquement – les révolutionnaires sur le terrain.

[Cela a été particulièrement] le cas lorsque ces derniers descendirent dans les rues contre la police et l’armée, l’épisode le plus connu étant lors du soulèvement de la rue Mohammed Mahmoud, en novembre 2011, et lors du soulèvement «Occupons le ministère» de décembre 2011 [fait référence à un sit-in, fin novembre, début décembre 2011, dans la rue des ministères visant à empêcher l’entrée en fonction de Kamal El-Ganzouri, politicien de l’époque Moubarak, au poste de premier ministre; le sit-in fut dispersé par l’armée].

Souvenons-nous de ce que faisaient les islamistes à cette époque et la manière dont ils chantaient les louanges du CSFA [Conseil suprême des forces armées] contre les révolutionnaires. Il devint donc clair à l’armée dans les semaines qui précédèrent le 30 juin que la Confrérie avait perdu le contrôle. Elle ne pouvait plus contrôler la situation dans les rues. Elle ne pouvait plus fournir une solution en vue de stabiliser la situation.

Etait-il dans l’intérêt de l’armée de voir les Frères musulmans s’en aller? A ce stade, je répondrai oui. Il y avait définitivement une croisée d’intérêts. Il serait cependant faux de prétendre que la mobilisation qui s’est déroulée dans les rues égyptiennes avant le 30 juin était entièrement l’œuvre des fuloul [les rebus du régime Moubarak], les restes du régime Moubarak ou même l’œuvre des militaires. Il y a un fort sentiment contre les Frères musulmans partout dans les rues et il est en fait le résultat de l’échec complet des Frères musulmans de gérer ou [plutôt] d’améliorer la situation économique ainsi que de réaliser les objectifs de la révolution égyptienne aux yeux du public égyptien.

Les Frères musulmans bénéficièrent pendant des décennies de légitimité aux yeux du public parce qu’ils étaient opposés au régime Moubarak ainsi qu’également à des régimes antérieurs. Ils fournissaient quelque expression d’opposition et ils furent persécutés par les services de sécurité. Lorsqu’ils étaient dans l’opposition, ils pouvaient émettre la propagande qu’ils souhaitaient. Mais, ils sont maintenant au pouvoir. Et ils n’ont rien fait. Cela les a discrédités aux yeux du public.

Je pense que le thème sur lequel beaucoup de gens aimeraient vous entendre est, en particulier, quel est votre sentiment au sujet de ce type de coïncidence d’intérêts. Et comment pouvons-nous donner du sens à cela à la lumière de ce qui pourrait être l’avenir – ou un avenir proche – en Egypte, où la question de la décentralisation du pouvoir et de la libération ne semble pas aussi rose que l’on aurait pu le penser à l’aube du 30 juin?

Tahrir, le 30 juin 2013...

Tahrir, le 30 juin 2013…

On doit se mettre dans la peau du citoyen égyptien qui, d’un côté, déteste fortement Morsi et le pouvoir des Frères musulmans – qui se sont complètement discrédités à ses propres yeux. D’un autre côté, il n’y a pas d’alternative viable. L’opposition, les groupes révolutionnaires, les révolutionnaires tels que moi sont une minorité, et nous devons admettre cela. Je parle ici de minorité en termes d’une organisation sur le terrain qui soit capable de fournir une direction à ces millions de travailleurs et d’Égyptiens qui protestent et sont en grève.

Donc, en l’absence d’une alternative viable, comment pouvez-vous blâmer le peuple de se précipiter vers les militaires? C’est la chose la plus sûre à leurs yeux, soutenu par le fait qu’il y a une forte propagande permanente dans les médias, autant dans les médias privés que publics, en faveur de l’armée. [Ces médias] répandent des craintes et des préoccupations au sujet du terrorisme, au sujet des Palestiniens, des Irakiens et des Syriens qui «sont en train d’infiltrer» le pays, et bla-bla-bla. A propos des Israéliens qui occuperont le Sinaï une fois encore; au sujet d’un complot américain qui ferait je ne sais pas quoi. Vous ne pouvez pas blâmer les gens pour se précipiter vers les militaires.

Vous pouvez seulement blâmer les révolutionnaires de ne pas agir de concert et de fournir le troisième terme d’une alternative. C’est pourquoi lorsque l’on se rend sur la place Tahrir et que l’on y trouve un grand nombre de personnes clamer le nom de Al-Sissi – le ministre de la Défense – ou félicitant l’armée, vous ne devez pas être déçu, démoralisé et dire qu’il s’agit en fait d’une contre-révolution. Ce n’est pas la vérité. Souvenons-nous que parmi les foules le 11 février, et même avant cela, les gens scandaient pour l’armée. Il fallut quelque temps avant qu’ils perdent leurs illusions. Aujourd’hui, bien que nous soyons dans la troisième année de la révolution égyptienne, et même lorsque l’armée a commis tous ces crimes, on trouve toujours des gens qui se précipiteront et chercheront refuge vers l’option militaire parce que – une fois de plus – il n’y a pas d’alternative viable qui aurait été créée par les révolutionnaires.

Nous nous trouvons donc en ce moment à un tournant. Si on se trouvait parmi les gens de gauche qui considéraient les Frères musulmans et les islamistes comme des fascistes, alors on se précipiterait pour soutenir l’écrasement des protestataires islamistes au moyen de mitrailleuses, de munitions à balles réelles ainsi que par des rafles et des arrestations – parce que c’est en fait l’armée qui combat le fascisme. On peut cependant soutenir une appréciation différente des Frères musulmans comme étant un mouvement réactionnaire opportuniste, composé d’éléments hétérogènes: au sommet de la pyramide se trouvent des milliardaires néolibéraux comme Khairat al-Chater, alors que l’on trouve au bas de la pyramide des travailleurs pauvres, des paysans pauvres ainsi que des éléments appauvris de la classe moyenne inférieure qui ont toutes sortes d’illusions au sujet de la direction des Frères musulmans et du projet islamiste et qui ont rejoint les islamistes avant tout parce que la gauche a échoué. Avant de commencer de dénoncer les cadres de base du mouvement islamiste, vous devriez demander – et toute personne de gauche devrait se demander – pourquoi n’êtes-vous pas parvenu à la gagner à votre mouvement en premier lieu?

Ces gens sont allés là-bas pour soutenir les islamistes. En ce moment même, ils font face aux membres des Frères musulmans qui attaquent tous les sit-in ou qui attaquent les habitant·e·s des quartiers, comme cela s’est passé à Alexandrie, Maspero, Maniel ainsi qu’ailleurs.

L'armée arrête des manifestants le 9 février 2011 et les torture

L’armée arrête des manifestants le 9 février 2011 et les torture

Ils doivent absolument s’occuper de cela immédiatement. Les révolutionnaires ont un droit à se défendre contre ces attaques armées. Ne faites aucune erreur à ce sujet. Mais, dans le même temps, je ne me positionnerais pas du même côté que la machine d’Etat de Moubarak, qui ne s’est pas désintégrée, et qui n’est pas partie; ni avec l’armée de Moubarak, ou les mukhabarat [services de sécurité] de Moubarak, avec la police militaire de Moubarak ainsi qu’avec la police de sécurité d’Etat de Moubarak qui ouvre le feu contre des manifestant·e·s islamistes à Nasr City et ailleurs ou qui répriment leurs cadres de base qui ne participent pas aux violences. Parce que c’est le même régime Moubarak qui commencera à me réprimer ainsi que les autres révolutionnaires de l’opposition aussitôt qu’ils en auront terminé avec les Frères musulmans. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Cela ne signifie pas pour autant que je soutiens Morsi. Cela ne signifie pas que je soutiens les Frères musulmans. Cela ne signifie pas que je ne considère pas que leurs dirigeants et autres devraient être jugés. Ils doivent être jugés. Et, une fois encore, je pense que Morsi ne mérite rien d’autre que d’être exécuté pour tous les crimes qu’il a commis au cours de l’année écoulée. Nous ne devons pourtant pas nous laisser berner à appuyer le vieil Etat de Moubarak et l’aider à revenir une fois de plus.

Pouvez-vous nous dire un peu plus au sujet des coalitions réelles? Pas coalition, on m’a en fait corrigé sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une coalition. Mais pouvez-vous nous parler ou analyser pour nous ce que sont les éléments et groupes opposés à Morsi? Car il y a une certaine confusion qui règne au sujet de leur composition. Et pouvez-vous nous dire si tout le monde se situe toujours à la même page qu’il l’était avant le 2 ou 3 juillet 2013?

Il y avait quelque chose comme un arc-en-ciel ou plutôt il y avait une coalition arc-en-ciel. Le camp qui était opposé à Morsi comprenait en fait ce méli-mélo de groupes. Ceux qui se sont alignés contre Morsi étaient composés des partis d’opposition du Front national de salut (et qui inclurait le parti al-Tayyar al-Sha’bi de Hamdeen Sabahi, le parti al-Dustur d’ElBaradei ainsi que des restes du régime Moubarak représenté par Amr Mousa et d’autres. Même parmi le camp des anti-Morsi, il y avait sans aucun doute aussi une présence de fouloul [les détritus de l’ancien régime] représenté par des partisans d’Ahmed Chafik (le général Ahmed Chafik, candidat à la présidentielle), des partisans de feu le général Omar Souleiman et d’autres éléments de la classe supérieure égyptienne qui sont en fait contre les Frères musulmans (mais qui sont en faveur du retour de l’ancien régime ou du régime Moubarak tel qu’il était).

Mais je ne dirai pas que c’était ceux qui étaient aux commandes. Cela serait une grave erreur que de dire que c’était les contre-révolutionnaires qui se trouvaient au sommet ou qui étaient les fers de lance du mouvement.

La campagne Tamarod, qui a gagné tant de publicité et de célébrité autant en Egypte qu’à l’étranger était au début une campagne décentralisée. La seule chose qui lui a donné un petit air de centralisation fut, peut-être, lorsque les médias se concentrèrent sur les cofondateurs – les trois cofondateurs – de cette initiative. Mais dans de nombreux gouvernorats et provinces ce sont des groupes politiques et révolutionnaires différents qui prirent en charge la tâche de récolter les signatures des gens dans les rues. Il ne s’agissait pas de quelque opération internet. Certaines furent réalisées en coordination avec le comité centralisé de Tamarod et d’autres initiatives réalisées d’une façon complètement indépendante. Ce serait donc une chose difficile que de mettre le doigt sur ce que pense exactement Tamarod. Je veux dire, quel Tamarod? Songez-vous au Tamarod des trois cofondateurs ainsi qu’à leur page Facebook officielle? Ou pensez-vous aux activistes locaux présents sur le terrain?

Dire donc que les activistes avaient dès le début l’intention de remettre le pays aux militaires serait aussi faux. Vous devez vous pencher sur les déclarations des différents groupes révolutionnaires qui participèrent à ce mini-soulèvement contre Morsi. A la fin de la journée, même si les militaires sont toujours là dehors, le camp des anti-Morsi est en train d’être filtré, ou comment pourrai-je le décrire? Ya‘ni ‘ayiz aqul farz. Ya‘ni, bi-al-mo?askar bi-yitafarraz bi-al-?arabi.

Okay, en fait il est en train de se diviser, c’est-à-dire en train de se scruter et de se diviser en différentes fractions. Mais afin de faire quoi?

Cela se fonde sur l’orientation politique. Ou, pour le dire différemment, il est en train de se diviser le long des lignes de force suivantes: soutiendrez-vous la feuille de route de l’armée? Allez-vous soutenir les concessions au parti salafiste Al-Nour (lequel est la seule force islamiste qui se soit alliée aux militaires sur ce coup, elle est pourtant maintenant plus ou moins en dehors de cette alliance)? Lorsque l’armée réprime les manifestants islamistes, allez-vous soutenir la boucherie de ces manifestants ou allez-vous la dénoncer? Et si vous dénoncez cela, cela signifie-t-il que vous soutenez Morsi? Ou vous placez-vous en fait autant contre Morsi et l’armée? Ce qui est ma position ainsi que celle des Révolutionnaires Socialistes dans ces événements. C’est la raison pour laquelle la coalition anti-Morsi s’effrite. Mais je pense que c’est en fait une chose positive. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Il y a des gens qui ont grimpé dans le wagon qui ne méritaient pas d’être là en premier lieu. Ils méritent en fait de se trouver en prison – si vous me le demandez – en raison de leur participation dans les crimes de l’ancien régime de Moubarak.

Exercice conjoint Garde nationale états-unienne et armée égyptienne... en 2007

Exercice conjoint Garde nationale états-unienne et armée égyptienne… en 2007

Nous ne devons pas être démoralisés par le fait que les militaires disposent toujours du pouvoir. Vous pouvez constater que parmi les gens, les illusions se dispersent progressivement – même lorsqu’ils transportent toujours des portraits de Al-Sissi dans les manifestations – en raison des dernières décisions de faire revenir d’anciennes personnalités notoires du régime Moubarak afin qu’ils détiennent des positions ministérielles, douchant les espérances, y compris des activistes Tamarod. Ces derniers pensaient qu’ils pourraient mettre en place certains réformateurs populistes (c’est-à-dire des personnalités de l’opposition) à ces mêmes positions en ce moment.

C’est pour cela que nous participons aux manifestations partout où nous le pouvons. Ce n’est pas pour quelque position «droit-de-l’hommiste» ou «libéraliste». Il s’agit plutôt d’une orientation qui consiste soit à trahir la révolution – en se plaçant main dans la main avec la machine de répression de Moubarak, contre laquelle nous nous sommes rebellés –, soit à adopter une position intégralement indépendante, autant contre l’armée que contre les Frères musulmans.

Je dirai donc aux partisans de la révolution égyptienne qui sont à l’étranger: ce que vous pouvez faire c’est de continuer à faire circuler les informations au sujet des abus de l’armée qui se déroulent ici. Ce n’est pas quelque chose que nous devrions saluer ou dont on devrait se féliciter.

Nous avons aussi besoin que les syndicats indépendants de travailleurs de l’étranger émettent des déclarations de solidarité avec les grévistes égyptiens qui sont en grève dans les usines, autant à propos de questions liées à des revendications et problèmes immédiats et locaux que pour se débarrasser des vieilles figures corrompues qui appartiennent à la dictature de Moubarak.

Et je peux peut-être ici faire référence à la position honteuse de l’Independent Federation of Trade Unions (IFTU-EFITU) qui a joué un rôle politique et économique très positif à de nombreuses reprises auparavant. Mais la direction de la Fédération – qui est influencée par le nassérisme – a décidé de se compromettre avec les militaires.

Ils ont décidé qu’ils suspendraient les grèves et qu’ils pousseraient les travailleurs et travailleuses à «produire plus» – ce qui correspond à la propagande nationaliste qui s’oppose aux grèves et aux actions des travailleurs afin prétendument d’améliorer les standards sociaux des travailleurs égyptiens. Dieu merci, la Fédération, qui est en fait une bureaucratie, n’a pas tant de contrôle sur les militants et cadres de base au sein de la Confédération et que celle-ci ne dispose pas encore du contrôle ou, du moins d’une position dirigeante, du mouvement ouvrier égyptien.

La plupart de grèves qui se sont produites l’ont été parce qu’elles ne sont pas organisées par la fédération ou un quelconque groupe politique. Elles étaient spontanées, organisées localement par des activistes de la base de ces usines. Et je m’attends qu’il en soit encore ainsi.

Khalas [j’en ai fini]. Okay, merci habibi, prenez soin de vous. Wa Ramadan Mubarak [rires] Désolé.

[Rires] Balash Mubarak di! [Faisons sans les Moubarak]

Tayyib habibi, sala, bye-bye

Bye-bye.

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Traduction A l’Encontre; entretien publié le 11 juillet 2013 sur le site Jadaliyya mené par son coéditeur, Bassam Haddad. Hossam el-Hamalawi est l’un des animateurs des Révolutionnaires Socialistes (RS) en Egypte.

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Postscriptum: Le nouveau ministre du Travail

Kamal Abou Aïta, nouveau ministre du Travail!

Kamal Abou Aïta, nouveau ministre du Travail!

Kamal Abou Aita, président de l’EFITU a accepté aujourd’hui, le 15 juillet 2013, sa nomination comme ministre du travail après avoir été reçu par le nouveau premier ministre Hazem El Beblaoui. Le nouveau ministre du Travail a précisé que ces priorités étaient l’adoption de la loi sur les libertés syndicales, l’instauration du SMIC (salaire minimum) et du salaire maximum, ainsi que le redémarrage des usines fermées. Il a démissionné de la présidence de l’EFITU dès sa nomination.

L’EFITU a déclaré qu’elle acceptera sa démission dès qu’il prêtera serment. Elle a par ailleurs déclaré qu’elle resterait indépendante du pouvoir exécutif et qu’elle réclamait du nouveau ministre du Travail:

1.- La reconnaissance du droit de grève et aux sit-in.

2.- L’adoption immédiate de la loi sur les libertés syndicales.

3.- La réintégration des travailleurs licenciés.

4.- L’adoption d’une nouvelle loi protégeant les droits des travailleurs.

5.-  L’adoption d’une  loi sur le salaire minimum et le salaire maximum, la fourchette entre les deux étant de 1 à 20.

6.- L’arrêt de toutes mesures arbitraires contre les travailleurs, travailleuses et les syndicalistes en raison de leur exercice d’une activité syndicale et l’annulation de toutes les peines de prison auxquelles ils-elles ont été condamnés.

7.- Le redémarrage des usines fermées et l’exécution des jugements annulant leur privatisation.
(Hany Hanna pour A l’Encontre, en date du 15 juillet 2013)

 

Source : http://alencontre.org/moyenorient/egypte/la-revolution-egyptienne-a-t-elle-avorte.html

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