C’est un coup d’état !

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Peut-être devrions-nous jeter par-dessus bord tout ce que  nousvons appris des sciences politiques. Il semblerait que nous devons dire que ce qui s’est passé n’est pas un coup d’Etat. Pourtant, les choses sont on ne peut plus simples : l’armée a ­destitué un président de la République démocratiquement élu. Auparavant, un ultimatum avait donné quarante-huit heures au président pour qu’il trouve une issue aux blocages politiques. Celui-ci avait alors présenté une série d’idées pour y parvenir : formation d’un gouvernement de coalition représentant les différentes sensibilités politiques, ­création d’une commission pour apporter à la Constitution les modifications exigées, mise en œuvre de la réconciliation nationale, participation des jeunes au pouvoir et organisation des élections législatives.

Mais ses propositions n’ont intéressé personne. C’est donc le chef d’état-major de l’armée, le général Abdelfattah Al-Sissi, qui a présenté une “feuille de route pour l’avenir”. Celle-ci reprend exactement les mêmes points, sauf qu’entre-temps ledit président a été destitué, que la Constitution a été suspendue et que tout cela s’est passé au ministère de la Défense. C’est là que le chef des forces armées a convoqué les dirigeants politiques [de l’opposition, qui soutiennent l’intervention de l’armée] et les chefs religieux [de l’université islamique Al-Azhar et de l’Eglise copte]. Voilà ce qui s’est passé. Obama pourrait demander à un élève de première année en sciences politiques de lui expliquer comment cela s’appelle. La suite des événements est extraordinaire. Après les vivats de la foule à “la liberté en train de naître”, c’est la machine à confisquer les journaux et à fermer les chaînes de télévision qui s’est mise en marche. Visés évidemment, les médias favorables au président déchu. Et, loin de la réconciliation nationale annoncée, c’est le rouleau compresseur des arrestations qui a été lancé contre les dirigeants des Frères musulmans. “Mesures exceptionnelles”. Je crains que, si la liberté continue de naître de cette manière, il ne reste bientôt plus aucune voix, aucune plume, pour critiquer les maîtres de notre avenir. Pendant l’année de la présidence Morsi, il a été la cible d’insultes, d’invectives et d’accusations de trahison qui n’ont reculé devant aucune bassesse verbale. Pourtant, les chers défenseurs de la liberté d’expression justifiaient les violations de la déontologie journalistique tant que cela allait dans le sens qui les arrangeait, c’est-à-dire pour aboutir à la destitution du président. Aujourd’hui, les vaillants blogueurs qui étaient toujours prompts à dénoncer les arrestations de militants sont au mieux silencieux ; au pire, ils justifient les arrestations actuelles en disant qu’il s’agit de “mesures exceptionnelles”. Ils sont pourtant bien placés pour savoir que les “mesures exceptionnelles” deviennent permanentes dans une telle “révolution bottée”. Elle est belle, la liberté en train de naître ! —Waël Qandil Publié le 6 juillet

Cri de colère de l’éditorialiste Waël Qandil contre la mainmise de l’armée sur le pays avec le soutien de nombreux démocrates. AL-SHOUROUK

WAËL QANDIL 11 JUILLET 2013

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