Les questions d’un écrivain égyptien au général Abdelfattah Al Sissi

egypte sit-in disperséLa dispersion des sit-in des Frères musulmans au Caire a été une opération d’une rare violence.

Dans ce texte publié le 18 août 2013 par le quotidien égyptien Al Chourouk sous le titre: « Avant qu’il ne soit interdit de poser des questions », l’écrivain Bilal Fadl, un opposant radical au président destitué Mohamed Morsi, adresse quelques questions gênantes au pouvoir en place, dominé par les militaires.

Qu’est-ce qui donc (…) empêche beaucoup de gens de comprendre qu’on peut s’opposer aux Frères musulmans, maudire leurs dirigeants et condamner les agressions commises par leurs sectateurs armés contre les églises et les commissariats, et, dans le même temps, avoir la ferme conviction que les solutions sécuritaires, quelles qu’elles soient, ne régleront pas le conflit avec eux et qu’au contraire, elles ne feront que le compliquer ? Serait-ce la mêmechose (…) que ce qui empêche les partisans des Frères musulmans d’admettre que Mohmaed Morsi ne reprendra jamais le pouvoir et qu’en ne faisant pas de propositions politiques réalistes (pour sortir de la crise, NDLR) et en persistant à exiger « tout ou rien », ils rendent difficile leur survie politique – et notre survie à nous tout court ?

Où sont passées les « armes chimiques » et les « armes automatiques lourdes », dont tous les médias, privés et publics, assuraient que les sit-in de Rabêa Al Adawiya et d’Al Nahda en débordaient (…) ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu un seul de ces respectables messieurs au pouvoir commenter les dizaines de vidéos montrant des francs-tireurs visant la tête et la poitrine des manifestants désarmés et n’épargnant pas ceux d’entre eux qui secouraient leurs camardes où filmaient les événements? Existe-t-il une vidéo montrant les forces de sécurité découvrant ensevelis sous la tribune du sit-in de Rabeâ Al Adawiyades dizaines de dépouilles carbonisées ? Ou bien sommes-nous censés croire que c’est une pure vérité rien que parce que des médias discrédités ont diffusé des images de policiers se tenant à côté de corps calcinés(…) ? Pourquoi pas un seul média égyptien, par respect du droit à l’information à défaut que ce soit par respect pour leur humanité, n’a publié les noms et les photos des victimes de la dispersion des deux sit-in ? Comment croire ceux qui pleuraient les martyrs tombés sous le règne de Mohamed Morsi lorsque que nous les voyons se taire sur le maintien à son poste du ministre de l’Intérieur, Mohamed Ibrahim, coupable de leur mort et aujourd’hui, de nouveaux flots de sang, le sang de ceux sur l’ordre de qui il massacrait hier (…) ?

Je n’adresserais pas mes questions au président de façade Adli Mansour. Je les adresserais à ceux qui gouvernement réellement le pays, le Premier ministre Hazem Al Biblawi et le ministre de la Défense Abdelfattah Al Sissi. Je leur demanderais: comment avez permis que la scène du crime, celui de la dispersion des deux sit-in, soit nettoyée le jour même, avant d’être inspectée par la justice et les organisations des droits de l’homme? Un Etat qui se préoccupe si peu des montagnes d’immondices s’amoncelant dans les rues des mois durant se serait-il soudain souvenu que « la propreté est un acte de foi » ? Ou bien s’agissait-il d’effacer les traces d’une barbarie dont le spectre vous poursuivra toujours et dont vous porterez toujours la responsabilité¸ vous et ceux qui l’ont bénie, justifiée ou passée sous silence ?

Pourquoi certains, qui applaudissaient la moindre réaction internationale (…) condamnant les agissements des Frères musulmans, dénoncent-ils toute autre désapprouvant la gestion sécuritaire tyrannique (de la situation politique, NDLR) et mettant en garde contre ses dangers pour l’Egypte ? Rejetez-vous « l’ingérence étrangère dans les affaires égyptiennes » par principe ou bien ne la rejetez-vous que quand elle ne coïncide pas avec vos positions ? (…)

Lorsque le général Al Sissi a demandé aux Egyptiens de le mandater pour lutter contre le terrorisme, n’avait-il donc pas la moindre idée du nombre effrayant de déclarations sectaires ignobles (antichrétiennes NDLR) faites depuis la tribune des sit-in de Rabeâ Al Adawiya et d’Al Nahda ? Pourquoi n’a-t-il pas ordonné à l’armée de sécuriser les églises, particulièrement celles de Haute-Egypte, où, comme il le sait, les partisans des groupes extrêmises ne sont pas peu nombreux (…) ? A-t-il prêté l’oreille aux paroles terribles de Monseigneur Makarios, l’évêque d’Al Minia : « Nous avons pris contact avec les forces de sécurité mais elles se sont excusées de ne pouvoir venir (à notre secours, NDLR) » ? S’agit-il de complicité, d’impuissance ou bien s’agit-il d’un dangereux jeu avec le feu ? (…)

Pourquoi le général Al Sissi ne réprouve-t-il pas ceux qui déclarent que Mohamed Morsi et Mohamed El Baradeï, (…) sont des espions au service de puissances étrangères ? Ne sait-il pas que (…) ces accusations sont une offense pour lui en tant que chef des Renseignements militaires qui a (…) a prêté serment devant l’un et accepté la présence de l’autre à ses côtés, après le 30 juin 2013,le jour où il rendait publique la feuille de route (pour sortir de la crise, NDLR)? Le général Al Sissi pense-t-il  qu’un jeune homme qui a vu ses amis les plus intimes se faire abattre comme des animaux (…) restera insensible aux balivernes de Sayyid Qotb, Chokri Mostafa et Oussama Ben Laden(…) ? Croit-il ces intellectuels flagorneurs lorsqu’ils affirment que l’Egypte peut devenir un pays développé, civilisé, par la force des armes ? (…)

Traduit de l’arabe par Yassin Temlali

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