Arabie saoudite : « Conduire nuit aux ovaires des femmes »

Global Voices"
Rayna St., traduit par Stephanie Camus
En Arabie saoudite, les femmes préparent une journée de protestation pour le droit de conduire, prévue le 26 octobre. Un mouvement attisé par la prise de position d’un cheikh estimant que les femmes ne doivent pas conduire à cause de… leurs ovaires.
Alors que 11 000 d’entre elles ont décidé de braver l’interdit par le biais d’une pétition, un homme d’une grande sagesse a enfin pu expliquer, preuves scientifiques à l’appui, pourquoi il était préférable que les femmes ne conduisent pas.
Dans une interview donnée à la version en ligne du journal Sabq, le cheikh Saleh al-Lehaydan, consultant judiciaire et psychologue pour le compte de l’Association psychologique du Golfe, a fait part de nouvelles révélations dans le domaine médical de la reproduction humaine :
« Si la femme devait conduire sans que ce soit utile, cela pourrait l’affecter d’un point de vue physiologique ; le cas a été étudié dans le domaine de la physiologie fonctionnelle et il s’avère que les ovaires sont automatiquement affectés, que la poussée du bassin est contrariée.
C’est ce qui explique que la plupart des femmes qui conduisent régulièrement des voitures donnent naissance à des enfants qui présentent des problèmes de santé d’ordre varié. »

« Nourris au sein de l’Occident »

L’appel du cheikh Lehaydan aux femmes à « bien réfléchir aux conséquences négatives » d’une telle activité a trouvé écho chez d’autres citoyens saoudiens au sens civique poussé. L’un d’eux écrit :
« Ceux qui appellent à une manifestation pour autoriser les femmes à conduire le 26 octobre ont été nourris au sein de l’Occident, et ce lait les a rendus grands et gros. Cette tribu imite maintenant l’Occident et tente d’américaniser notre société. »
« Les mains étrangères », un refrain qui revient souvent au Moyen-Orient quand il s’agit de dénoncer les atteintes faites aux droits de l’homme…

La drogue, le libéralisme, le communisme…

Un autre tente une explication complémentaire :
« Que Dieu me soit témoin, les laïcs et les chiites travaillent main dans la main pour que les femmes puissent être autorisées à conduire. Voilà qui prouve que ce sont les pays de l’ouest qui ont amené et soutiennent ce débat. »
Une activiste, Eman al-Nafjan, a publié sur sur son compte Twitter une image de l’apocalypse à venir, avec le slogan suivant sur l’affiche : « Ils veulent qu’elles conduisent pour qu’elle soit conduite. »
 
Son commentaire :
« Quelque Saoudien misogyne a crée cette affiche pour expliquer que si les femmes se mettent à conduire, cela mènera au communisme, à la drogue, au libéralisme… »

« Au moins, trouvez une raison valable »

La fabuleuse découverte scientifique faite par le cheikh al-Lehaydan ne pouvait pas rester longtemps dans l’ombre. Sur Twitter, le « hashtag » (mot-clé) « les femmes qui conduisent se créent des problèmes aux ovaires et au bassin » a connu un vif succès et les commentaires liés aux connaissances scientifiques d’al-Lehaydan ont été nombreux :
Commentaires énervés de Saoudiennes sur Twitter :
« Quelle mentalité nous avons : / L’homme est allé dans l’espace et vous interdisez toujours aux femmes de conduire ? Idiots. »
« S’il vous plaît, un peu de respect, si vous ne voulez pas nous voir conduire, tâchez au moins de trouver une raison vraiment valable. »
Un homme en profite pour lâcher un sarcasme :
« Après de longues études cliniques et psychologiques, les scientifiques ont enfin découvert pourquoi les femmes ne savent pas faire un créneau : à cause de leurs ovaires »…

Une longue lutte pour le droit de conduire

Sarcasme mis à part, l’opposition à cette interdiction pour les femmes de conduire en Arabie saoudite est une bataille menée depuis longtemps. Le premier mouvement d’opposition à cette interdiction a eu lieu en novembre 1990 quand 47 femmes ont pris le volant pour traverser Riyad, la capitale.
Elles ne furent pas seulement arrêtées mais nombre d’entre elles furent également interdites de voyage et suspendues de leur occupation professionnelle.
Mai 2011 fut un moment marquant de ce mouvement de protestation après que l’activiste saoudienne pour le droit des femmes Manal al-Sharif fut arrêtée pour avoir diffusé une vidéo sur YouTube dans laquelle on la voit conduire.
Manal al-Sharif au volant (sous titres anglais)
Elle resta en prison plus d’une semaine, devenant ainsi un modèle pour de nombreuses femmes en Arabie saoudite et dans tout le Moyen-Orient.
En juin 2011, de nombreuses Saoudiennes à travers le royaume ont suivi l’exemple de Manal al-Sharif en participant à la campagne Women2Drive ; elles ont défié l’interdiction qui leur était faite en conduisant dans les rues de leurs villes.

La charia et le droit de conduire

D’ailleurs en Arabie saoudite, il n’est écrit dans aucun texte de loi que les femmes n’auraient pas le droit de conduire.
Le responsable de la police religieuse saoudienne lui-même a également dit que « la charia ne dit nulle part que les femmes ne doivent pas conduire », insistant sur le fait que, depuis qu’il était à la tête du Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, la police religieuse n’avait poursuivi ou arrêté aucune femme qui conduisait.
Cet interdit tient donc bien ses racines dans les traditions conservatrices du pays.
Depuis, la mobilisation pour mettre un terme à cette prohibition oppressive ne cesse de grandir et les actes de désobéissance citoyenne se sont multipliés.
En plus des courageuses prises de position des principaux médias en Arabie saoudite, la campagne du 26 octobre a également reçu l’immense soutien de nombreuses personnalités publiques du pays.
Madeha Al-Ajroush, l’une des courageuses activistes qui a pris le volant en 1990 et en juin 2011, a annoncé qu’elle conduirait de nouveau le 26 octobre. Dans un « tweet », elle déclare : « Lever l’interdiction faite aux femmes de conduire est une révolution culturelle, pas politique. »
 
Sur Twitter, par le biais du hashtag « je suis un homme et je soutiens », des hommes ont également montré publiquement leur soutien.
Sur les réseaux sociaux, soutien d’homme au droit des femmes à conduire (Via Global Voices Online)
Un homme avec une pancarte : « J’en ai marre de travailler comme chauffeur pour mes six sœurs » (via @Manal_alsharif)
Rendez-vous donc le 26 octobre
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