Unification de la gauche au Sénégal : la longue marche (1914 –2012)

 

 

 

14 octobre 2013

 

 

Les origines de la gauche sénégalaise remontent aux luttes coloniales. Entre répressions par les pouvoirs en place et processus fractionnelle, elle n’a jamais pu peser la vie politique sénégalaise à la mesure de la qualité de ses dirigeants et de la mobilisation de ses militants. Les écueils du passé, entre ego, rivalités, et suspicions continuent de gêner la mise en place de Pôle de gauche.

 

L’histoire de la gauche au Sénégal prend ses racines dans l’éveil de conscience des intellectuels et des combattants revenus de la première comme de la deuxième Guerre mondiale. En effet ’’débarqués pour sauver la France en 1914, les tirailleurs s’éveillent très vite à la vie politique en découvrant les contradictions de la société française et en saisissant la nature de la guerre à laquelle ils participent. Ces conditions rendent certains très poreux à la propagande communiste et de leurs tranchées, leur parviennent les salves de la révolution bolchevique en Russie. Dès lors, une nouvelle conscience se dégage, favorisant l’émergence de la première génération d’authentiques patriotes.

Le sentiment de lutte et de résistance s’accroît parmi les soldats gagnés à l’influence communiste. Les tirailleurs sénégalais protestent contre la poursuite de la guerre, engagent diverses mutineries sur les bords de la Méditerranée mais mieux, un bataillon Sénégalais, stationné en Roumanie, refuse d’exécuter l’ordre de marcher sur la Russie enflammée par l’insurrection d’Octobre 1917.

A la démobilisation des communistes africains tels que Tiémoko Garang Kouyaté et le Sénégalais Lamine Senghor engagent la gigantesque mission d’éveil de la conscience des peuple opprimés. Évidemment, le régime colonial déploya tout un arsenal de répression pour étouffer cette stratégie révolutionnaire et empêcher son développement dans les colonies. Et grosse perte pour la lutte anticolonialiste, Lamine Senghor meurt en 1927.

Au Sénégal, cependant, diverses réactions sont notées au niveau du peuple, dont certaines particulièrement violentes, telles que l’assassinat en 1919 de l’administrateur du Baol Chautemps et celui du commissaire de police de Rufisque Bourdenec. Les postiers africains de leur coté vont en grève pour signifier leur refus de porter l’uniforme pendant que ’’Les Jeunes Sénégalais’’ (association d’intellectuels petit¬-bourgeois) expriment leur frustration et revendiquent des emplois administratifs, des salaires plus élevés et des bourses pour les études supérieures en France. L’insoumission se développe, la cible est de plus en plus nette : le système colonial.

Malheureusement , il n’y a pas une avant-garde prolétarienne capable de concentrer tout ce mécontentement, de mobiliser tout le peuple dans une lutte conséquente et prolongée contre le système colonial.

Mais l’impérialisme ne pouvant se développer sans guerres, des puissances coloniales s’affrontèrent de nouveau dans la meurtrière seconde Guerre mondiale 39¬45. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les peuples africains des colonies manifestent leur opposition au système colonial, tandis que les tirailleurs sénégalais réclament l’égalité de traitement avec leurs frères d’armes français ce qui conduisit au massacre du Camp de Thiaroye en 1944. Le système impérialiste s’affaiblit au sortir de cette guerre alors que le mouvement révolutionnaire voit son aura grandir par suite de l’apport décisif de l’Union soviétique à la victoire sur le nazisme, le développement victorieux des luttes de libération nationale en Chine 1949, en Corée 1952, au Vietnam 1954.

En Afrique la lutte pour l’indépendance prend son essor avec les rebellions violemment réprimées à Madagascar 1947, au Maroc 1956, au Cameroun, alors qu’en Algérie le Fnl déclenche la lutte armée en 1954. Au Sénégal, des factions de la petite ¬bourgeoise intellectuelle, gagnées par la conscience patriotique, se réclament du communisme ou expriment leur profonde sympathie avec l’idéologie prolétarienne comme l’Union démocratique sénégalaise (Uds) des Doudou Guèye, Abdoulaye Guèye Cabri et les promoteurs des Groupes d’études communistes (Gec).

Le système colonialiste ne resta pas les bras croisés et poursuivit systématiquement son œuvre antirévolutionnaire pour endiguer la tempête et préserver ses intérêts à travers la promotion de valets indigènes qui, de Blaise Diagne à Senghor, se sont employés à jouer le rôle de leaders politiques soumis. Il faut toutefois relever que certains éléments avancés du mouvement ouvrier se retrouvent avec des nationalistes se réclamant du Marxisme-¬léninisme, comme le groupe de Abdoulaye Ly qui formera plus tard le PRra-Sénégal avec la fraction de gauche de l’Uds-Rda.

A partir de 1956, des intellectuels révolutionnaires d’obédience marxiste fraîchement revenus de France, développent une vaste agitation et une propagande pour contrer la Loi¬ cadre tendant à la néo¬colonisation et poser correctement la question de l’indépendance immédiate. La création du Parti africain de l’indépendance (PAI), le 17 septembre 1957, à Thiès, s’inscrit dans ce nouveau courant de gauche plus radical. Cependant, jusqu’à l’indépendance nominale du Sénégal, le courant patriotique marxisant ne réussit point à renverser l’hégémonie politique de la petite bourgeoisie réformiste néocolonialiste.

 LA GAUCHE DE L’INDEPENDANCE A L’ALTERNANCE (1960-2000)

I°) LE PAI DE 1960 A 1981 : LA CLANDESTINITE

Lorsque notre pays accède à l’indépendance nominale en 1960, les militants de gauche de l’ex U-ds-Rda étaient ’’fondus’’ dans le BDS de Senghor avec Abdoulaye Ly et son groupe pour créer le BDS en 1956, alors que le PAI naissant symbolisait l’espoir des patriotes conséquents engagés dans la lutte pour l’indépendance nationale immédiate et le socialisme. Cela, assurément, souleva l’ire des colonialistes français et leurs agents locaux qui, en organisant les élections municipales en 1957, se donneront les moyens de réprimer ce nouveau courant de gauche. Ainsi le Pai, en participant à ces élections, ne sut éviter de tomber dans le piège de la provocation en déclenchant des actions d’éclats qui se sont soldés par des morts d’hommes et l’interdiction pure et simple du parti. Et ce fut la traversée du désert de ce parti qui, malgré le premier congrès tenu à Bamako en 1962, sombra dans une période d’errements marquée par la tentative de mener une guérilla rurale de type castriste au Sénégal oriental et en Casamance qui, malheureusement fut férocement écrasée dans l’œuf par le régime de Senghor en 1964.

La suite fut pour le PAI une désagrégation totale à travers des règlements de compte et des scissions avec les départs de fractions qui vont fonder le PRS (1965), le PCS (mai 1965), le Nopa (août 1966). La Conférence rectificative tenue en mai 1967 reconnut que ’’depuis 1965 le parti était devenu débile, déliquescent, désorganisé et que son influence était en recul’’. Elle avait également suspendu Majmouth Diop et les organes centraux et élu une nouvelle équipe dirigeante qui, malheureusement, ne put assumer la direction de la grande tempête révolutionnaire de mai 1968. Et la convocation d’une Conférence nationale en 1970 chargée de discuter du thème : ’’Bilan de la première expérience du Parti, perspectives’’ ne fit que conforter les divergences de fond qui existaient dans le parti, notamment entre la direction et les étudiants du Mepai de France. Ces derniers s’attirèrent les foudres de la direction qui les a taxés de ’’gauches pro¬chinois’’ lorsqu’ils ont déclaré dans leur contribution : ’’Le Pai, création des intellectuels nationalistes révolutionnaires, n’a pas pénétré les masses populaires au point d’en susciter des cadres prolétariens et paysans. Le parti dans sa direction comme dans son noyau dynamique, est resté essentiellement petit-bourgeois’’.

La convocation du deuxième Congrès de 1972 n’empêcha pas le PAI de sombrer dans une léthargie qui se traduisit par l’attentisme politique qui n’est autre chose que l’un des aspects des tendances politiques de la petite bourgeoisie : l’opportunisme de droite. Ce qui lui vaudra les reproches des jeunes loups du parti dont une fraction importante va quitter le PAI pour fonder la LD/MPT en 1974. A partir de 1976, avec la manœuvre néo coloniale de la prétendue « ouverture démocratique » de Senghor, qui n’était qu’une limitation de la reconnaissance des partis politiques en trois courants ’’la droite, la gauche, et le communisme’’, le PAI va reprendre du poil de la bête et fit des pieds et des mains pour se faire légaliser. Pour arriver à ses fins, il tenta d’instrumentaliser le Mouvement National Démocratique dans le but de faire pression sur le régime afin d’obtenir la troisième place. Ce projet fut vigoureusement dénoncé par les maoïstes sénégalais et, comble pour les révisionnistes, Senghor coopta Majmouth Diop qu’il fit revenir d’exil pour le gracier et lui remettre le récépissé qui légalisa le PAI. Dépités, l’essentiel des dirigeants du PAI clandestin créèrent de leur coté le Parti pour l’indépendance et le travail (PIT).

Le PIT poursuivit son implication sur la scène politique nationale en s’alliant au Pds pour redorer son blason jusqu’à la légalisation en 1981. De fait la question de l’unité de la gauche n’était pas et ne pouvait être à l’ordre du jour d’un tel parti traversé qu’il était par une aussi profonde crise politique, idéologique et organisationnelle.

II- LA GAUCHE MAOISTE

a) LA CLANDESTINITÉ : 1966 à 1980

L’année 1966 était marquée par des événements politiques qui ont fortement contribué à faire germer une prise de conscience révolutionnaire à la jeunesse du monde entier et sénégalaise en particulier. En effet, alors que Senghor, après les événements de 1962 (arrestation de Mamadou Dia) et le référendum de 1963 (manifestations sanglantes des allées du Centenaire, arrestation de Abdoulaye Ly) tentait de colmater son régime avec la fusion Ups/Pra-Senegal en 1966, l’impérialisme renversait Kurumah au Ghana pour affaiblir d’avantage la lutte de libération nationale et d’émancipation des peuples sous domination en Afrique.

En Chine, la Révolution culturelle prolétarienne battait son plein et attirait des milliers de jeunes sous la bannière du maoïsme. L’université de Dakar souleva la tempête de manifestations et de protestations contre l’impérialisme suite au coup d’état au Ghana, qui prirent leur essor et connurent une ampleur sans précédent qui culmina avec les événements de 1968. Ce fut une vraie rébellion populaire qui, loin d’être un mythe, fut l’occasion pour une nouvelle génération de jeunes révolutionnaires de prendre date et de s’affirmer sur la scène nationale. Une nouvelle gauche dont l’émergence est le résultat direct d’une confrontation ouverte entre un ancien ordre et un ordre en gestation.

Au Sénégal, un détachement de cette nouvelle gauche révolutionnaire se retrouva pour créer en 1970 le Mouvement des jeunes marxistes-léninistes (MJML) qui se voulait être l’expression d’une rupture avec l’ancienne gauche allant jusqu’à l’adhésion au maoïsme. Malheureusement, il y eut une scission au sein du MJML dès 1972, donnant naissance à une autre organisation clandestine dénommée « Reenu Réew mi » (Ndlr : La racine du pays) qui se fixa pour objectif de ’’dépasser le révolutionnarisme petit-bourgeois et de se lier aux masses fondamentales’’.

Cette nouvelle organisation d’obédience marxiste-léniniste-maoïste partit à la rencontre des masses fondamentales des villes et des campagnes. Elle batailla ferme pour réduire l’influence, encore vivace dans ses rangs, du spontanéisme et de ses conséquences. C’est dans cette lancée que diverses expériences furent développées, tant au niveau des mouvements ouvrier, syndical, paysan, qu’en direction des jeunes, des femmes et du secteur culturel. Et c’est autour d’un journal du nom de Xarebi/La lutte que la jeune organisation maoïste a mené toute cette activité qui déboucha sur la fondation, en décembre 1974, de And Jëf-organisation nationale démocratique, anti-impérialiste et anti féodale non communiste, mais sous direction d’une avant-garde marxiste-léniniste-maoïste. Telle a été la spécificité de la démarche de And Jëf qui connut un grand succès en bénéficiant également de l’appui de grands patriotes sénégalais. Cependant, une répression féroce s’abattit sur ce mouvement et l’essentiel de ses dirigeants furent arrêtés en juin 1975, dévoilant une profonde crise qui reflétait « l’amateurisme » qui avait continué de gangrener l’organisation en même temps qu’elle révélait :

  • la faiblesse idéologique qui caractérisait le mouvement dans son ensemble
  • le manque de clairvoyance politique de sa direction maoïste
  • le peu de solidité de son dispositif organisationnel

Malgré tout, cette crise eut le mérite de donner lieu à une sérieuse réflexion critique et autocritique connue sous le nom de Mouvement de bilan critique rectification (MBCR), de 1976 à 1979, au cours duquel l’organisation se redéploya de plus belle dans les mouvements des jeunes élèves et étudiants (Unapes), des Associations sportives et culturelles, des sportifs, des femmes ( Yeewu Yewwi) et dans le mouvement ouvrier syndical (JOL, syndicats autonomes), etc. Le MBCR fut assurément un grand moment à la fois d’élaboration collective (Lipo) et d’action unitaire au sein de l’opposition à travers la Coordination de l’opposition sénégalaise unie (Cosu) et de rapprochement avec des organisations patriotiques telles que l’UDP (Union pour la démocratie populaire issue des flancs du MJML), et l’ODL (Organisation pour la démocratie prolétarienne de Abdoulaye LY), pour une unification de la gauche maoïste sénégalaise sur de nouvelles bases.

b) PERIODE DE LA LEGALITE : 1980–2000

PREMIERE PHASE 1980 A 1990 : LEGALISATION, UNIFICATION, ELECTION

Après avoir épuisé ses forces dans de vaines tentatives de museler l’opposition sénégalaise, notamment sa frange la plus radicale, Senghor, incapable de conduire les nouvelles orientations de l’impérialisme que dictaient les institutions de Bretton Woods, démissionne le 31 décembre 1980 et remet le pouvoir à Abdou Diouf. Celui-ci, dans ce contexte de crise aiguë aux plans économique, politique et social lance plusieurs initiatives de décrispation telles que la convocation des États généraux de l’éducation et de la formation, l’instauration de l’Ouverture démocratique intégrale qui poussa l’essentiel des organisations et partis jusqu-là dans la clandestinité, à demander et obtenir leur légalisation.

And Jëf/Xarebi, adossé aux acquis de la clandestinité, du MBCR notamment, se déploya, en se manifestant sur le terrain de la légalité d’abord, à travers le journal politique légal d’opinion et d’information Jaay Doole Bi/ Le Prolétaire (JDB) d’inspiration maoïste, dès février 1980 ; cela contribua largement au renforcement du combat pour la légalisation des partis de même que la popularisation des luttes menées par tous les secteurs des masses urbaines et rurales d’une part ; à la dénonciation de l’opportunisme de certains partis se réclamant de la gauche et enfin à jeter les bases nouvelles de l’unité des forces révolutionnaires sous la bannière de la RNDP (Révolution nationale démocratique et populaire).

Ainsi And Jëf, dès après sa légalisation à partir de mars 1981, sous le nom de AJ/MRDN et la publication de son projet de Programme en avril 1981, enregistra l’adhésion de l’ODP d ‘Abdoulaye LY et Abdoulaye Guèye Cabri le 23 mai 1981. Quelques mois après ce fut le tour de quelques militants de l’UDP de rallier le MRDN au nom de l’unification des forces révolutionnaires prolétariennes pour le triomphe de la RNDP. Dans la Résolution sur l’Unité adoptée à son premier Congrès tenu en mai 1982, AJ/MRDN appelle à la ’’constitution d’un puissant pôle de la RNDP dont l’essence est d’être anti-impérialiste, anti-hégémoniste, anti-féodal’’.

Mais AJ/MRDN connaît lui aussi une crise interne, notamment au sein du noyau dirigeant et l’aile maoïste où des cadres s’opposent à la politique d’unité d’action avec certains partis bourgeois comme le PDS, d’autres soupçonnant la direction de déviation légaliste et autres violations du centralisme démocratique. Cela conduisit non seulement à quelques départs mais aussi au boycott des élections de 1983.

Cette crise entra, en 1984, dans une phase ouverte qui se prolongea jusqu’en 1986 et tournait autour de divergences sur la lutte contre le réformisme électoraliste et la tactique de construction du parti du prolétariat. Malgré tout le MRDN préserva pour l’essentiel l’unité dans ses rangs et put, sous l’impulsion de Abdoulaye Ly, élaborer et publier en février 1986 ’’Le Projet de Programme alternatif de AJ/MRDN, conçu comme un ensemble cohérent de ’’propositions pour une alternative à la politique coloniale sur la voie de l’instauration d’une société nouvelle, indépendante et démocratique au service du peuple Sénégalais’’.

C’est sur cette lancée que le parti présenta, avec le soutien de l’OSI-IVe International, Landing Savané comme ‘candidat sans illusions’ à l’élection présidentielle de 1988 ; nul doute que cette participation a permis à And Jëf de se remettre sur une trajectoire ascendante qui débouchera , trois ans plus tard sur la fondation du PADS.

 DEUXIEME PHASE : 1991 A 2000

AJ/PADS 3e FORCE POLITIQUE – ALTERNANCE

Fondé à Dakar à l’occasion du Congrès d’unification des 14 et 15 décembre 1991, And Jëf Parti africain pour la démocratie et le socialisme (AJ/Pads) est le produit de la fusion de quatre organisations exprimant des sensibilités de gauche différentes qui se sont rapprochées dans l’unité d’action, l’échange d’expériences et le débat contradictoire au sein du premier pôle de gauche (1988–1991) à savoir : Aj/MRDN, OST IV (Organisation socialiste des travailleurs), UDP (Union pour la démocratie populaire), Cercle de lecteurs de Suxxuba. [A noter que le Cercle de Lecteurs de Ferñent/L’Étincelle ne s’est pas accordé avec les autres composantes du pôle sur les modalités.]

Dans le fond, la création du PADS apparaît comme un bilan pratique de la longue histoire de dispersion des forces de gauche dans notre pays et dans le monde. Il épouse une démarche de type front parce qu’il fait coexister plusieurs sensibilités, mais il n’est pas formellement un front dans la mesure où adhérer et militer à And Jef/PADS continuent de se faire sur une base individuelle ou personnelle, et non sur la base d’une coalition organique d’entités différentes.

Par ailleurs, entre 1991 et 1998, le PADS a capitalisé diverses expériences unitaires sur les terrains à la fois politique et électorale. Ce fut le cas avec le Rassemblement Bokk Yaakaar (RBY) qui, à la présidentielle de 1993, regroupa autour du candidat Landing Savané, Aj/PADS, le MSU du Premier Maodo Mamadou Dia, le RtzS de El Haj Momar Samb, l’UDF/Mbooloo mi de Amadou Ongué Ndiaye et Papa Demba Sy, des militants de la société civile tel Babacar Diop, Buuba.

Aux législatives de mai 1993, le RBY fut rejoint par la CDP du professeur Iba Der Thiam, le RNF du professeur Madior Diouf et la liste des indépendants de Me Mamadou Lô, pour donner naissance à la Coalition Jàppoo Liggéey Senegaal. En termes de résultats électoraux, le candidat Landing Savané se classa troisième à la présidentielle derrière Diouf et Wade, tandis qu’aux législatives, les conditions précipitées de mise sur pied de l’alliance et de confection des listes de candidats ne permirent pas, entre autres facteurs, de faire élire plus de trois (3) députés à l’Assemblée Nationale.

Mais le plus important était dans l’émergence d’un bloc de gauche potentiellement porteur sous le leadership naissant et reconnu de And Jef/Pads et de son secrétaire général. Cependant des erreurs d’appréciation et de pilotage liées à la création, sous l’impusion de Wade et de Savané, de l’alliance Bokk soppi Senegaal à leur sortie de prison, suite aux événements du 16 février 1994, n’ont guère favorisé le maintien, la poursuite, l’élargissement et le renforcement de cette dynamique unitaire à gauche.

Assurément le renversement d’alliance opéré entre 1994 et 95, en direction de Wade et du PDS, au détriment du renforcement de la dynamique et de l’ancrage à gauche, peut être considéré aujourd’hui comme un tournant dans la trajectoire politique de And Jëf, mais aussi et surtout dans l’avenir de la politique d’unification de la gauche maoïste au Sénégal.

Pour sûr, la mise sur pied du nouveau Pôle de gauche, composé principalement de And jëf, du PIT, de la LD/MPT et des autres partis de gauche, qui a donné naissance à la Coalition Alternance 2000 (Ca 2000) pour porter Abdoulaye Wade au pouvoir avec l’alternance réalisée le 19 mars 2000 n’a, en rien, modifié cette situation si déplorable.

 ALTERNANCE ET PARTICIPATION A L’EXERCICE DU POUVOIR

Après l’alternance du 19 mars 2000, And Jëf/Pads s’est engagé dans une série de mutations majeures posant en même temps nombre de défis :

• de parti d’opposition qui a systématiquement refusé de siéger dans un gouvernement sous Diouf, And Jëf a participé de 2000 à 2007 sans interruption, à la gestion des affaires du pays dans un gouvernement à dominante libérale où il a compté jusqu’à quatre ministres dans le cadre d’une coalition de majorité présidentielle autour de Wade ;

• And Jëf a été confronté à la difficulté d’articuler correctement les tâches de gestion / développement du Parti avec les exigence des responsabilités gouvernementales exercées par ces principaux leaders, ce dans un contexte d’apprentissage de la gestion des affaires publiques ;

• And Jëf a été confronté aux contraintes de la solidarité gouvernementale et au souci d’affirmation en même temps de son autonomie et de ses ambitions propres

• Organisation de gauche panafricaniste et socialiste, And jef a pris une part active, entre 2005 et 2006, à l’initiative prise par le Mouvement des Assises de la gauche (MAG), mais cette participation n’a été une fois encore d’aucun apport tant pour l’unité de la Gauche historique en général, telle que visée par le MAG, que pour celle de la gauche maoïste sénégalaise en particulier. Ce qu’on peut retenir en définitive de cette participation de Aj/Pads à l’exercice du pouvoir, c’est qu’elle a révélé nombre de comportements malsains, de déviations opportunistes et de reniements qui ont enfoncé le Parti dans une profonde crise d’identité et de perspectives qui l’a conduit à l’implosion que l’on sait.

C’est avec peine que la gauche maoïste sénégalaise voit And jef aujourd’hui dévoyé du fait du reniement de certains de ses principaux dirigeants, perdre son âme et, avec elle, la mystique et l’espoir qu’il symbolisait dans la conscience collective de notre peuple et celle des progressistes africains. Mais And¬ jef-Pads est un patrimoine commun, construit des décennies durant par des générations de militants et militantes, qui n’accepteront jamais de laisser passer tant de luttes et de sacrifices en pertes et profits ou en offrande rituelle au nouveau dieu de l’univers : le néolibéralisme mondialisé. »

LE MOUVEMENT DES ASSISES DE LA GAUCHE

Initié par des militants de gauche autant de la diaspora que du pays, ce mouvement s’était fixé pour objectifs :

• Unifier la gauche historique sénégalaise pour lui permettre de peser de son poids réel sur la scène politique nationale et internationale.

• Faciliter des alliances pouvant conduire à une conquête du pouvoir, par la gauche plurielle sénégalaise, et sa gestion au service du peuple sénégalais. Et pour atteindre ces objectifs, le Mag ambitionnait de jouer le rôle de catalyseur dans le processus de convocation de trois grandes rencontres de la gauche sénégalaise :

a) Une Rencontre de la Gauche historique avec un agenda comportant des thèmes bien ciblés et des objectifs précis.

b) Des « pré-assises » dont l’objectif consistait à produire les repères des documents de base qui allaient permettre aux partis politiques de préparer avec leurs bases les assises de la gauche sénégalaise. Quant aux modalités
de participation aux assises de la gauche sénégalaise, le MAG proposait deux plateformes aux partis politiques sénégalais qui se réclament de la gauche : la plate-forme de la gauche historique dont l’objectif était la poursuite du processus de son unification et la plate-forme de la gauche plurielle dont l’objectif était de définir les exigences de la gauche plurielle dans le cadre d’un gouvernement d’alliance.

c) Les Assises dont la finalité était de sceller l’unité de la gauche sénégalaise. Cette unité se ferait à deux niveaux : – concrétisation de l’unification de la gauche historique sénégalaise ; – mise sur pied de l’Alliance de la gauche sénégalaise.

Certes le bilan complet de cette expérience inédite et originale dans la quête de l’unification de la gauche sénégalaise reste à faire par ses initiateurs et toutes les parties intéressées et/ou impliquées. Mais force est de reconnaître que les nobles objectifs visés ont été loin d’être atteints car «  le bloc de gauche, uni par une ambition commune et structuré pour cette fin, n’a pas vu le jour pas plus que n’a été vulgarisé l’idéal social et politique de la gauche, qui une fois bien compris, devait être, dans un pays où plus de 2/3 des habitants vivent dans la pauvreté, le choix naturel de l’écrasante majorité des populations »

Il faut cependant se rappeler qu’à l’époque (2005/2006), la situation politique était marquée par une grande dispersion des partis et personnalités de la gauche dite historique : certains dans la majorité présidentielle au pouvoir aux cotés des libéraux ; d’autres dans l’opposition aux cotés des tenants de l’ancien régime. Mais surtout, cette initiative n’a pas réussi à éviter les écueils du passé (ego, rivalités, suspicions) ni à surmonter l’écueil des divergences de stratégie et de tactique liées aux élections présidentielle et législatives de février et juin 2007.

De nouvelles initiatives sont en cours et il semble prématuré, de vouloir en faire un bilan tant soit peu sérieux. Il faut certainement s’en féliciter et espérer qu’elles sont basées sur les enseignements tirés des expériences antérieures et qu’elles ne seront pas classées… sans suite. Cela exige l’implication de tous dans un élan de grande solidarité et… disons alors, tout pour l’unification de la Gauche sénégalaise.

Bougouma Mbaye

REFERENCES

  • Manifeste du Parti Africain de l’Indépendance – 1957
  • Front Culturel Sénégalais : « Lamine Senghor » – Vie et Oeuvre – Juillet
  • Le Communiste : « Contribution à l’étude critique du PA » – 1980
  • Document du Deuxième Congrès de And Jëf/Pads – Février 1998
  • Document du Troisième Congrès de And Jëf/Pads – Novembre 2005
  • Documents du Mouvement des Assises de la Gauche (Mag) – 2005
  • Manifeste de Yoonu Askan Wi – Mouvement pour l’Autonomie Populaire – Mai 2008

 

 

* Pambazuka News numéro 298, 14 octobre 2013 : http://www.pambazuka.org/fr/categor…

* Bougouma Mbaye, membre fondateur d’Aj/Pads a été membre de la direction de ce parti.

* Bill Van Auken est un politicien et un activiste pour le Parti de l’égalité socialiste qui participe régulièrement à l’élection présidentielle américaine. (sources : afriquesenlutte.org)

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