Le bisou, les islamistes, la gauche … et moi. (Première partie)

 

Le bisou, les islamistes, la gauche ... et moi. (Première partie)

Quand je vivais encore au Maroc, il y a un peu plus de 7 ans, je ne m’occupais pas trop de la chose politique, j’habitais dans une ville totalement déconnectée du reste du pays, une sorte de microcosme, où la norme était doucement le matin, pas trop vite le soir, advienne que pourra, chacun pour sa gueule et tous pour moi, un repère d’analphabètes politiques selon Bertolt Brecht en gros.

J’en étais la première j’avoue, au point d’avoir des tendances monarchistes.

Dans ma ville, les barbus vendaient des strings et des tenues en latex aux putes dans le souk municipal, Rihana crachait ses poumons dans le magasin de maquillage juste à côté du vendeur de cassettes du coran et celui des DVD’s piratés de films américains, turcs ou mexicains et si on insiste un peu, de films porno égyptiens ou marocains.

Les femmes voilées ou en slim serrant leurs petits culs arrogants déambulaient les unes à côté des autres, les barbus et les gamins aux jeans ras les fesses aussi, quelques homos marocains en débardeur et démarche excise faisaient leurs courses, et les touristes en famille ou en bande de prédateurs complétaient le tableau, le tout dans une joyeuse cacophonie bien marocaine avec comme principaux débordements, un “kksss, psss, tssss, a fine a sder manchoufouch” (Ksss, psss, tsss, Viens “poitrine”, il y a moyen de …) ou alors : “Awili choufi douk zwamel ki kaytmechaw” ( wouw, regardes la démarche de ces PDs).

Moi, j’y trouvais une certaine homogénéité et une délicieuse cohérence, rien ne me gênait fondamentalement dans ce tableau, je ne me sentais pas en danger et mon idéologie n’était pas touchée.

Mais là, je vous parle d’un temps que les moins de sept ans ne peuvent plus connaître.

Au fil des années et de mes fréquents retours dans cette même ville, les choses ont glissé petit à petit vers un autre délire, une autre ambiance. Les barbus ont commencé à mettre le coran plus fort, et ont acquis cette sensation de légitimité à scruter, juger et maudire en invoquant Dieu, Rihana a baissé d’un ton, les foulards se sont reproduits sur les têtes, les homos se sont faits plus discrets, les pédophiles n’ont rien changé à leurs habitudes et les vices sont devenus plus extrêmes et plus violents puisque l’interdiction plus marquée et plus présente.

Et moi, jusque là, ça ne me dérangeait toujours pas. Il faut dire que j’évoluais dans des circuits fermés où je pouvais avoir mon vin blanc servi en terrasse un jour de l’Aid, je pouvais bronzer dans des plages privées sans me faire tripoter les fesses ou traiter de pétasse et je mettais des shorts ou des robes moulantes pour rentrer dans ma voiture depuis mon garage et en sortir juste devant la porte du resto, de la boite ou de la maison d’amis, quand à la rue, ça faisait des années que je l’avais désertée.

Je ne me suis pas vraiment rendue compte de la mutation de la société marocaine jusqu’à ce fameux voyage en voiture avec mes Bo&Zin à travers plusieurs villes marocaines, jusqu’à ce que les magasins soient désertés pendant les heures de prière et que le coran à fond ait remplacé Médi 1 dans certains d’entre eux.

J’ai commencé à intégrer quand le prêche de l’Imam arrivait jusqu’à ma tanière dans le village de pêcheurs de mon enfance grâce aux nouvelles infrastructures des mosquées marocaines et quand j’ai failli me faire lyncher par un troupeau de barbus parce que j’avais insisté pour savoir si “Inchallah” qu’ils me lançaient pour un rdv de chantier voulait plutôt dire Oui ou plutôt dire NON. WTF.

Et ne me dites pas que ça c’est l’Islam, parce que l’Islam, je connais, j’y ai grandi.

Mon premier réflexe évidemment est de les détester, tous autant qu’ils sont, la connasse voilée qui lance un regard dégoûtée sur mon décolleté, le serveur dont chaque cellule du corps me criait “pute mécréante” en me servant mon verre de vin, le commercial barbu qui ponctuait chacune de ses phrases par des “macha allah”, “incha allah”, “a3oudou billah”,”Rjou3 lillah” et tous les trucs en llah, au point que j’ai développé une aversion inconsciente envers ce mot.

J’ai commencé à détester certains de mes anciens amis de lycée, qui jusqu’à des temps pas si lointain, me prenaient dans leurs bras pour me dire bonjour, et m’emmenaient bronzer dans leurs terrasses de plage en faisant tourner un joint et qui aujourd’hui me lancent un “assalamou 3alaykoum wa rahmatou llah wa barakatouhou” quand ils me croisent, en évitant soigneusement de toucher une quelconque partie de mon corps et en adoptant cet air suffisant de ceux qui sont dans le droit chemin et qui de temps en temps sont obligés de s’abaisser à se mélanger à… des putes mécréantes. WTF. Tfouuu 3la guenss, lkalakh lmoubine.

Puis j’ai été amoureuse, je vous ai connus vous et vous m’avez remplie de bonheur, mon fils grandit à mes côtés et me comble de joie. Je me suis épanouie dans mon boulot et j’ai pu m’offrir tout ce que j’ai toujours voulu avoir, à commencer par une liberté totale et absolue. J’ai rencontré de magnifiques gens, j’ai vu un psy une fois par semaine, et j’ai commencé à régler plein de choses avec moi-même. Je me suis pardonnée, j’ai pardonné aux femmes et aux hommes, parce que j’ai plu et qu’on m’a dit que j’étais jolie. J’ai fait l’amour encore et encore puis j’ai dansé, j’ai crée, j’ai voyagé, en avion, en train, en voiture ou par la culture, j’ai voyagé dans ma tête, dans mon cœur, puis en moi.

J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai lu, j’ai écouté, j’ai compris puis j’ai joui.

On voit les choses autrement quand on vit toutes ces choses là, la tolérance s’installe inconsciemment, la haine primaire diminue, et l’humanisme remplace petit à petit tous ces réflexes incontrôlables d’animal apeuré et agressé, exercice qui était au dessus de mes moyens quand j’étais installée dans une destruction polie due à un mariage médiocre, à une vie sociale hypocrite, quand mon corps ne jouissait pas des hommages répétés qui lui étaient dus, et dans les règles de l’art, et quand ma vie professionnelle ne me donnait pas encore cette arrogance des femmes libres et indépendantes.

Et pour être tout à fait honnête, j’ai pris des raccourcis vers cet état d’esprit en fréquentant des gens bien et surtout que des gens bien.

C’est comme ça que les femmes voilées, quelque soit leur nombre et l’évolution de celui-ci, ne m’ont plus dérangée. En vérité, elles ne m’ont jamais dérangée. Elles portaient le voile et moi le short, ça n’allait pas plus loin dans mon esprit.

Je ne voyais pas pourquoi je m’immiscerai dans leur façon de s’habiller, de vivre ou de se comporter.

Ce qui me dérangeait par contre, c’est le fait que certaines d’entre elles prennent la liberté de ne pas respecter la réciprocité, qu’elles le manifestent par un regard de mépris, une remarque déplacée ou une tentative de me montrer la voix du Paradis, en faisant écho à un discours patriarcal et machiste, religieux ou sexiste de ceux qui se sentaient castrés par l’existence de femmes comme moi dans les parages.

Ce qui m’aurait dérangée, c’est qu’elles installent ce discours patriarcal, machiste, religieux et sexiste dans l’esprit de leurs petits garçons et de leurs petites filles et que d’ici 10 ou 15 ans, mon fils me dise : « C’est quoi ce pays ? Tu m’as menti, ce n’est pas celui que tu m’as décrit, Vas-y si tu veux mais moi non merci. »

Cela me déchiquetterait le cœur.

Quand à celles d’entre elles qui se font défoncer le cul en gardant leur voile et leur virginité, elles ont tendance à m’inspirer une sympathie toute particulière. Elles ont réussi à adapter les contraintes de leurs croyances à celles de leur temps et de leurs culs et moi, je trouve cette charmante hypocrisie mignonne, du moment qu’elles restent cohérentes avec leurs mécanismes psychologiques de gestion et qu’elles ne viennent pas m’expliquer avec un air suffisant, et du sperme qui coule encore de leur cul, que je suis une mécréante parce que je fais l’amour avec mon chéri hors lien du mariage, parce que je bois du vin, que je ne porte pas le voile et que j’ai signé un pacte de non agression avec Dieu qui m’a dispensée des cinq séances journalières de connexion, du régime annuel, de tourner au rond autour d’une bâtisse .. et toutes ces choses là.

Les hommes barbus du visage ou du cerveau, qui au nom de la religion, n’ont pas le droit de me toucher pour me dire bonjour ne me posent pas de soucis non plus, et pour être tout à fait honnête, m’arrangent un peu. Ils sont rarement beaux et rien qu’à l’idée d’avoir ma paume ou ma joue collées aux leurs, j’ai tout mon corps qui rentre en grève.

Et quand je sens des dérapages sexistes de comportement, du genre: “ Toi femme, ferme ta gueule, baisse les yeux et respecte l’homme, c’est ta religion qui te l’impose”, généralement en deux ou trois mots, leurs testicules rétrécissent et ils font demi tour la queue entre les jambes.

Par prudence, je mets quand-même une certaine distance de sécurité entre eux et moi au cas où il leur viendrait à l’idée de soigner leur « virilité » blessée en me défonçant la gueule.

C’est que depuis que mon chéri me fait jouir, que mon père me trouve belle et intelligente, que mon fils me lance son regard adorateur, depuis que des hommes instruits et civilisés me parlent d’égal à égal et que mes frères me demandent conseil, les dérapages de ces imbéciles ignorants prétentieux déstructurés du cerveau n’ont plus le même effet sur moi. J’ai forcé mon inconscient à intégrer que ma valeur de femme est ailleurs que dans le regard et la barbe de ces fous.

Évidemment, je ne décris que ma propre expérience, et ne parle qu’en mon nom propre.

Évidemment, ces questions là ne se résument pas à une voilée jugée ou qui juge, ou à un barbu jugé ou qui juge.

Puis le bisou des deux adolescents de Nador m’a donné l’état des lieux de tout le pays alors que je n’avais que celui de mon microcosme et je suis restée sur le cul de stupeur. J’étais loin de m’imaginer l’étendu du massacre. J’ai écouté, totalement interloquée, des témoignages de marocaines et de marocains, de tout âge et de tout milieu et j’ai eu peur.

J’ai senti le souffle qui venait de Turquie, d’Arabie saoudite, en passant par l’Egypte et la Tunisie, arriver petit à petit dans le plus beau pays du monde.

J’ai réalisé que la question était beaucoup trop sérieuse pour la laisser aux jugements et aux appréciations individuels, et j’ai eu en mémoire plusieurs discussions des derniers mois dont je n’ai pas mesuré l’importance sur le champ : à l’aéroport de Bruxelles quand un homme nous a expliqué qu’une conférence sur « LeJournal » c’est très bien mais que maintenant il faut œuvrer pour une coalition entre la gauche et les islamistes pour éviter tout dérapage au Maroc, une autre discussion sur une terrasse d’un appartement à Rabat où un autre homme nous expliquait que pour éviter le scénario égyptien, il faut négocier avec les islamistes avant toute pression électorale et ne pas attendre jusqu’à ce qu’ils aient les pouvoirs absolus par les urnes puis crier :” Ah non, moi je veux boire mon verre de vin en terrasse et en short pendant le mois de Ramadan”.

J’ai aussi eu en mémoire une phrase de mon ami tunisien dans un Lounge tunisien, entourés de magnifiques femmes tunisiennes en shorts, robes moulantes et têtes hautes :’’on s’est fait avoir, on ne peut pas négocier avec ces gens là”. Ma reine païenne qui était à côté de moi a confirmé en proposant de tous les tuer.

Moi j suis restée silencieuse, parce que je ne sais pas quoi penser, je ne suis pas assez outillée pour le faire. Je sais juste que les effusions de sang, quel qu’en soit le motif, ce n’est pas mon truc, ce que je ne sais pas, c’est le degré de concessions que je suis prête à accepter pour les éviter.

Je suis rentrée à Paris, j’ai envoyé un message à toutes ces femmes et à tous ces hommes, parce que je voulais savoir ce que la société civile et les groupuscules de partis politiques qui comptent devaient faire pour éviter que le souffle islamiste n’emportent nos jolies petites fesses dans les méandres de l’enfer.

Parce que Le Mekhzen, évidemment, si « bourquiser » et « barbiriser » les corps et les cerveaux servait ses intérêts à court, moyen ou long terme, il n’en a rien à foutre des conséquences, il le permettra. Il veut juste sauver son cul, ce con. Quel qu’en soit le prix pour les marocaines et marocains, de cette génération ou de celles qui suivront.

J’ai eu les réponses de ceux qui sont pour une coalition gauche islamistes, et ceux qui sont contre, j’ai eu les réponses de ceux de Dar El Mekhzen et ceux du monde de la militance, j’ai eu les réponses de marocains qui se sentent concernés et de ceux qui n’en ont rien à foutre.

Et toutes ces réponses là donneront : “Le bisou, les islamistes, la gauche et moi (deuxième partie)”, parce que moi quand je ne sais pas, je me tais ou je demande.

Et là, je ne sais absolument pas, je me suis tue un moment, ça m’a brûlé puis j’ai demandé.

Marocaine Version “ Négocier ou ne pas négocier, That is the question”

Publié par La version marocaine

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